TV On The Radio – Dear Science,

TV On The Radio ne m’a jamais spécialement intéressé. Pas que je les trouvais mauvais, juste qu’ils ne me touchaient pas. L’album que Dave Sitek a réalisé pour Scarlett Johansson non plus d’ailleurs. Mais vu que Pitchfork a donné un assez hystérique 9.2 à Dear Science, il fallait quand même que j’y jette une oreille. Pour la science.

Je n’ai pas eu tort. Même s’il n’est évidemment pas exempt de tout reproche, Dear Science est un album très particulier, et surtout qui se suffit à lui même : les influences se font discrètes, l’album est fort varié et prend systématiquement l’auditeur par surprise. Le glorieux premier morceau, Halfway Home, est parfaitement représentatif : une mélodie entêtante, une instrumentation originale dominée par les claviers, et un break terrible après quatre minutes. Typiquement, le second morceau (Crying) est totalement différent, emmené par un lick de guitare terrible, une voix différente (l’avantage d’avoir deux chanteurs) et une atmosphère générale rappelant Prince, ou plus proche de nous, Andre 3000. Toujours dans le contre-pied, Dancing Choose commence par sonner comme Bloc Party devrait sonner s’ils avaient tenu leurs promesses, avant d’asséner un refrain antithétique sur fond de cuivres.

TVOTR a parfois été comparé à Radiohead, et on peut le comprendre. Musicalement, ils n’ont pas vraiment de points communs, mais ils transcendent le rock, passant d’un genre à l’autre sans se planter, en réussisant à les mélanger pour rendre le résultat final très personnel et invraisemblablement varié : Stork And Owl fait ainsi dans l’introspectif mélancolique, en utilisant des violons de manière inventive tandis que Golden Age rappelle Michael Jackson (entre Wanna Be Startin’ Somethin’ et Don’t Stop ‘Til You Get Enough, donc ça va) et le Beck de Midnite Vultures, avec peut-être un petit détour chez les Flaming Lips.

Il faudrait presque un paragraphe pour décrire chaque morceau, mais ce ne serait même pas leur rendre justice : il suffit d’écouter Family Tree pour voir où le groupe veut en venir, comment ils tentent de prendre différents éléments qui ne vont pas nécessairement trop bien ensemble et réussissent à en faire un ensemble cohérent et attachant. Love Dog et l’électro rendue célèbre par Radiohead, Red Dress et un gros beat hip-hop, Shout Me Out et un synthé reggae : bizarrement, ça marche. Il faut dire que la grande force de TVOTR, c’est d’avoir carrément trois frontmen/compositeurs : Tunde Adebimpe (celui qui sonne comme un Kele Okereke qui ne serait pas de Londres), Kyp Malone (l’autre vocaliste) et Dave Sitek, producteur multi-instrumentaliste. En résulte un album phénoménalement varié, mais qui se tient parfaitement.

Dear Science est (très) original, et élève TV On The Radio à un niveau supérieur, même si la bizarrerie intrinsèque des morceaux ne devrait pas leur apporter un succès immense (quoique, on a déjà vu plus étrange). Malgré la construction très stricte et étudiée des morceaux, les constructions alambiquées et la part non négligeable d’électronique, cet album a une âme. C’est suffisamment rare pour être souligné, et pour en reparler dans les classements de fin d’année.

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