Alain Johannes – Spark

Alain Johannes est l’exemple parfait d’un excellentissime musicien, connu et reconnu dans un cercle relativement restreint, mais pas du grand public. Qu’importe, un rapide coup d’oeil sur sa page Wikipedia nous apprend que son cv est presque aussi long que la discographie de Buckethead. D’abord un groupe qui allait engendrer les Red Hot Chili Peppers, puis l’influenciel Eleven, mais surtout des longues et fructueuses collaborations avec Josh Homme, au sein de Queens of the Stone Age, Eagles of Death Metal, le groupe de Brody Dalle Spinnerette mais aussi les enregistrements des (regrettées) Desert Sessions (il est aussi ingénieur du son), et plus récemment Them Crooked Vultures, où il jouait un rôle tout aussi important que les mégastars avec qui il partageait la scène.

Johannes est aussi passé par une terrible tragédie : le décès, suite à un cancer, de sa partenaire de longue date, tant amoureuse que musicale, Natasha Shneider. C’est pour lui rendre hommage qu’il organisa un concert, qui fut le point de départ de cet album : son premier morceau, l’émouvant Endless Eyes, fut écrit pour l’occasion. Alain Johannes a réussi à transcender une horrible expérience en morceau limpide de beauté et d’espoir. Multi-instrumentaliste, Johannes a privilégié ici la cigarbox guitar, en y ajoutant parfois l’étrangeté intemporelle du thérémin. Folk, oui, mais une étiquette serait tellement réductrice. Le tout est chanté avec une voix méconnue, mais sous-estimée : pour rester dans la famille, on y trouve tant du Homme que du Lanegan, comme sur le superbe Make God Jealous.

Spark est varié tout en restant fidèle à un univers à part. Spider comprend des subtiles influences orientales, Return to You des harmonies vocales d’un autre temps. Spark n’a pas l’intention d’être immédiat, ni de connaitre un quelconque succès commercial : si Johannes l’avait voulu, il aurait pu composer douze hits (Hanging Tree, c’est lui) et engager quelques uns de ses potes (la dernière fois que j’ai vu Johannes sur scène, il jouait Kick Out The Jams avec Pearl Jam et Dave Grohl). Le surnaturellement éthéré Unfinished Plan clôture un album court (huit morceaux, une bonne demi-heure), mais que seul un battement d’aile d’ange sépare de la perfection.

Après une telle expérience, je regrette d’être cyniquement athée : j’aimerais imaginer que quelque part, dans un endroit nécessairement meilleur, Natasha regarde ici-bas, en paix, les yeux emplis de fierté. Elle le peut : Spark est un chef d’oeuvre.

En écoute sur Spotify : Alain Johannes – Spark

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