Foo Fighters – Wasting Light

Et le Grammy de meilleure promotion de l’année va aux… Foo Fighters! Parce que franchement, il fallait le faire. On commence, typiquement, avec Dave Grohl qui raconte que ce sera l’album le plus heavy de l’histoire du groupe, et on ne demande qu’à le croire, surtout qu’avec le retour de Pat Smear, les FF comptent dorénavant trois guitaristes. Ensuite, on apprend que l’album sera enregistré dans son garage, en analogique, par Butch Vig, et que Krist Novoselic et Bob Mould viendront donner un coup de main. Puis vient le moment des shows secrets, annoncés le jour même sur Twitter, où le groupe joue l’album (encore sans nom) intégralement, histoire de pousser (mais pas trop) aux fuites sur Youtube. Au même moment est diffusée une vidéo pour l’effectivement très heavy White Limo, qui voit le groupe en full mode déconne se faire conduire (en limousine blanche, forcément) par Lemmy. Enfin, ils leakent eux-même l’album sur leur page Soundcloud (il y est d’ailleurs toujours dispo), et on peut effectivement se rendre compte que oui, c’est l’album le plus heavy du groupe jusque maintenant. Et ce pouvoir du marketing leur offre un numéro un partout dans le monde, avec un album qui est donc écoutable légalement et gratuitement. L’incitant à l’achat? Rien de moins qu’un morceau de la bande magnétique originale sur lequel a été enregistré l’album.

L’album, donc, Wasting Light. Pas une guitare acoustique, disait le batteur de Tenacious D. Effectivement. Le premier morceau, Bridge Burning, est une démonstration de force. Une guitare, puis deux, puis trois, puis une attaque de batterie surpuissante, et Dave Grohl qui hurle pour la première fois du disque. Bam dans les dents. Oh, évidemment, ce sont les Foo Fighters, et le reste du morceau (et de l’album) restera mélodique, mais on a déjà l’impression que le quintet est totalement libéré. Des riffs dans tous les sens, des fills de batterie qui prouvent s’il le fallait encore que Taylor Hawkins n’est pas juste un batteur de figuration, et surtout la construction du morceau qui semble enchaîner pré-refrains, refrains, post-refrains, bref, Dave a mis le paquet.

La suite est du même acabit : même si presque chaque morceau offre ses moments de répit (ces passages typiquement FF où Grohl, le groupe, et le public reprennent leur respration avant que tout explose, encore), l’album file à très grande vitesse, puissant, rapide, mais toujours facile d’accès. Dave Grohl continue la tradition de rendre une musique relativement heavy accessible au plus grand nombre, comme son ancien chanteur l’avait fait il y a presque vingt ans. Mais dire que Wasting Light, c’est juste des morceaux heavy bourrés de riffs et de vieux solos serait une insulte au talent réel d’auteur de Grohl : Dear Rosemary, Arlandria, Walk ou encore le stupéfiant I Should Have Known comptent parmi les meilleurs morceaux composés par un type qui a quand même écrit Everlong. Et même si Dear Rosemary ressemble parfois un peu trop à Steady As She Goes des Raconteurs, ça reste un très grand morceau, vraiment.

Wasting Light n’est pas un album parfait. Dave Grohl est très généreux, et sa bonne volonté le force parfois à en faire un peu trop. Comme, justement, les trois refrains différents par morceau, une dynamique quiet/loud/very loud/encore plus loud ou un niveau de testostérone que le jeune Eddie Vedder n’aurait pas renié. Butch Vig a peut-être aussi surmixé sa voix, mais c’est un avis personnel. D’ailleurs, garage ou pas, Vig a quand même emballé le tout dans une production expansive qui fait nettement plus Wembley Stadium que CBGB.

L’album offre relativement peu de variété : outre les brûlots rock comme Bridge Burning ou le single Rope, on a aussi des compos un peu plus pop comme These Days, Miss the Misery (avec des whoohoo très Bon Jovi, il ne manque plus que l’effet à la Sambora déjà entendu sur Generator) ou Walk qui commencerait presque comme Kings of ColdMuse, des morceaux plus sombres (I Should Have Known) ou totalement débridés (White Limo, donc), le template reste identique (ah, cette guitare rythmique…). Mais quand les morceaux sont si bien écrits, quand les musiciens frôlent l’excellence, pourquoi changer?

Wasting Light est un album concept, en somme, et le concept était de réaliser le meilleur album de rock ‘n roll possible en 2011. Probablement anachronique, certainement futile, mais absolument réussi, Wasting Light est non seulement le meilleur album d’un groupe pas assez pris au sérieux, mais aussi la place assurée de Dave Grohl au Panthéon des compositeurs contemporains. Surtout, Wasting Light est fun, agréable, et appréciable. Pas d’artiste torturé et incompris, pas de complexité à deux balles pour décrocher un BNM chez Pitchfork, pas de poses mystérieuses pour être rebloggé sur Tumblr. It’s only rock ‘n roll and you should like it.

Spotify : Wasting Light et Wasting Light deluxe edition (avec un remix de Rope par Deadmau5 et l’inédit Better Off). Et tant qu’on y est, ma playlist Foo Fighters.

Et si vous n’avez pas (encore?) Spotify, le groupe a le bon goût de nous laisser le stream Soundcloud jusqu’à nouvel ordre.

2 réflexions au sujet de « Foo Fighters – Wasting Light »

  1. mais je trouve qu’elle était bien faite, dans le sens des fans, quoi. Le stream Soundcloud toujours dispo, c’est assez cool. C’est déjà mieux que des promos du genre exclusivité pr certaines chaînes de supermarchés US genre Target pour le dernier Pearl Jam ou Walmart pour Chinese Democracy. Mais bon, de toute façon, je pardonnerais tout à Dave Grohl.

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