Les Ardentes, Liège, 8 juillet 2010
Mise à jour : deux vidéos de Pavement au pied de l'article.
Cet article a d'abord été publié sur Visual Music, mi-juillet.
Les Ardentes, c'est un festival assez récent mais qui a déjà fait pas mal parler de lui en Belgique et ailleurs, et qui est facilement devenu un incontournable de la saison, entre le supermarché du rock conditionné Rock Werchter, les prétentieuses Francofolies de Spa et le légendairement sale (ou salement légendaire) Festival de Dour. Les Ardentes, c'est très clean, comme festival. On y mange les évidents hamburgers/frites, mais aussi toute une série de plats de cuisine du monde. On y boit des chopes, mais aussi du Get 27 et William Lawson. Quand on est habitué à la boue et aux bourrins des festivals classiques, cela surprend. L'affiche est à l'avenant : pas grand chose ne pourrait choquer le grand public, attiré par des têtes d'affiches bien sous toutes coutures, comme Ben Harper ou Charlotte Gainsbourg. Parce qu'à part le rock un peu plus dur, toujours absent, le festival bouffe à tous les râteliers : rap, techno, chanson, rock, pop, indie, un peu de tout, en somme, sans réel fil rouge ou recherche d'identité. Soit, ne faisons pas la fine bouche, pour une bonne raison : c'est la seule possibilité de voir Pavement en Belgique depuis leur reformation, si l'on excepte un concert à l'AB bruxelloise pour lequel il fallait tuer pour avoir une place.
Chaleur de plomb (non, sérieux, c'était le weekend le plus chaud de l'année) expliquant cela, je ne me suis pointé qu'en fin d'après-midi sur le site, mais à part des Plastiscines que j'aurais aimé voir entendre de près (je me suis rattrapé backstage, rassurez-vous), je ne pense pas avoir raté grand chose, tant l'affiche du premier jour était rassemblée en soirée. Petit tour dans la scène couverte, où un public clairsemé (on le verra plus tard, le public des Ardentes ne brille pas par sa clairvoyance) assistait à la prestation intense et mouvementée de Broken Social Scene. C'est là que j'ai eu la drôle d'idée de partir pour ne pas rater le début de Julian Casablancas. Que voulez-vous, je suis assez vieux pour me souvenir d'un certain album d'un certain groupe, et conserver quelques naïves illusions.
Le set de "JC" (rien que ça) a commencé avec un bon quart d'heure de retard, et surprend d'entrée : alors que son "autre" groupe est quand même assez stylé, ses musiciens ne ressemblent à rien, genre camionneur redneck, mauvais sosie de Fab Moretti et encore plus mauvais sosie de Zia des Dandy Warhols, sans ses légendaires attributs. Casablancas, quant à lui, arbore un t-shirt Ozzy, une veste en cuir rouge, un pantalon en velours tout aussi rouge et une mèche blonde. Grande classe. Heureusement, Jules s'est apparemment rendu compte que son album solo ne valait pas grand chose, et entame sur "Hard to Explain", carrément. Ce qui marche très bien, jusqu'à ce qu'il se mette, quand même, à jouer des extraits de "Phrazes for the Young", intercalés par un autre Strokes, "Automatic Stop". Et puis, c'est fini. Après 30 minutes, Casablancas se casse, histoire de forcer un rappel. On aurait du lui dire qu'à 19h30, en festival, devant un public "mitigé", ça se fait pas trop. Bon, c'était "The Modern Age", alors, on pardonne, mais le pire c'est qu'il refait ça juste après, il se barre, revient, marmonne, chante un truc pourri et repart pour de bon. Strokes = bien. Casablancas solo = pas bien. Mais Missy Elliott aura fait mieux en soirée, après avoir sorti de son chapeau les pires trucs du hip-hop live : retard, fin 30 minutes avant l'heure, "come on Brussels" à Liège, set DJ interminable, "guests", etc etc.
Cypress Hill était la véritable tête d'affiche du jour. En 2008, ils avaient retourné la seconde scène, et reviennent cette année sur le main stage, avec un nouvel album ("Rise Up") à défendre, et une horde de fans prêts à avaler chaque volute de fumée provenant de la scène (ils étaient aux Pays-Bas la veille...). Cypress live, c'est souvent carré et efficace. B-Real et Sen Dog au micro, le toujours fantastique Eric Bobo aux percus et un certain Julio G comme DJ, remplaçant Muggs dont on se demande s'il fait encore partie du groupe. Concert sans surprise, mais on n'en attendait pas non plus : hits à gogo, fumette, morceaux du dernier album qui tomberont vite à la trappe, et final sur "Rock Superstar". Tout le monde était content, et tout le monde se casse : soit vers la sortie, soit vers la seconde scène, où Missy Elliott commençait 30 minutes après. Tant mieux, ça fait de la place. De la place pour Pavement.
Parce que le public du festival, sans vouloir généraliser à outrance, s'en fiche pas mal de la (bonne) musique, en fait. Trois jours plus tard, il restait un millier de personnes (sur 16 000!) pour la clôture du festival, avec Public Image Limited, qui est quand même (avec Pavement) le groupe le plus culte que Les Ardentes pouvaient s'offrir. C'est donc devant une assistance très clairsemée (et de plus en plus au fur et à mesure des nonante minutes de concert, oui, je parle wallon) que Malkmus et compagnie ont montré une fois de plus qu'on pouvait (donner l'air de) s'en foutre royalement et être magique. Malkmus balance ses accords sans médiator du haut de sa grande carcasse, Spiral Stairs porte un béret, Steve West un chapeau Jupiler très camping, Mark Ibold occupe le centre de la scène et se balade de droite à gauche comme le bassiste le plus classieusement nonchalant de l'histoire du rock, et derrière, Bob Nastanovich fait n'importe quoi. De "Silence Kid" à "Here" en passant par "Stereo", "Date w/ Ikea", "Range Life", "Conduit for Sale", plusieurs interventions de Broken Social Scene, et une quinzaine d'autres morceaux qui auraient du être autant de hits dans un univers parallèle et utopique, les cinq branleurs californiens ont séduit ceux qui étaient restés, mais de toute façon, les absents ont toujours tort. J'étais là, et je ne l'oublierai pas de sitôt. Putain de groupe.
Mise à jour :
Voici deux vidéos amateur de la prestation de Pavement, d'abord Unfair/Kennel District (avec Calum de Broken Social Scene) puis le final Range Life, avec aussi des membres de BSS. Merci aux uploaders Youtube.
Pukkelpop : mini-review
Je n'ai donc vu vraiment que trois groupes, mais quels groupes : Them Crooked Vultures, Faith No More et My Bloody Valentine.
Them Crooked Vultures, tout le monde le sait maintenant, c'est un nouveau groupe composé de Josh Homme (Queens of the Stone Age, voix + guitare), John Paul Jones (Led Zeppelin, basse), Dave Grohl (Nirvana, Foo Fighters, batterie) accompagnés à la seconde guitare par Alain Johannes (Queens of the Stone Age, Eleven).
Le concert "secret" du Pukkelpop n'était que leur troisième, mais ils étaient déjà bien rôdés, et ont ont joué une petite heure de nouveaux morceaux. Plutôt que d'essayer de les décrire, il est préférable de les voir/écouter soi-même, notamment grâce à cette playlist Youtube préparée par l'excellent webzine Antiquiet. Pas encore de date prévue pour l'album, mais il va être immense.
Le premier morceau du concert, Elephant :
Le comeback de Faith No More est un des événements de l'année, et un grand moment pour moi, qui ne les avais encore jamais vu live. Le groupe était magistral, Patton totalement déjanté, mais je reste un tout petit peu déçu par la setlist. Mais bon, le groupe n'avait qu'une heure de concert + beaucoup d'excellents morceaux à caser. Reste que RV et une interminable version de Just a Man n'avient peut-être pas leur place en festival, mais Faith No More n'a jamais fait qu'à sa tête. Il ne me reste plus qu'à espérer qu'ils repasseront en salle, on ne sait jamais, stranger things have happened... Là encore, Youtube is your friend, et permet même de voir ce fameux stagediver qui s'est fracassé la mâchoire sur une barrière de sécurité, à trois mètres de moi.
Vidéo d'un des rares morceaux "simples" du groupe, The Gentle Art of Making Enemies
Pour My Bloody Valentine, je suis resté à l'extérieur du marquee, devant les écrans géants. Malheureusement, le concept et l'endroit s'alliaient assez mal, et le son MBV perdait en subtilité : les voix de Kevin Shields et de la toujours élégante Bilinda Butcher se perdaient dans l'éther. Mais le plus terrible, évidemment, c'était la Holocaust Section de You Made Me Realise, qui clôture le concert avec le groupe qui joue de plus en plus fort pendant 20 minutes, jusqu'à un niveau totalement insupportable. Le public partait en courant, rendant la prestation du groupe plus proche d'un happening artistique que d'un concert. Mais My Bloody Valentine reste responsable d'une musique simplement magnifique, qui a le pouvoir de transporter les auditeurs dans une autre dimension.
Voici Only Shallow, pour un tout petit peu se rendre compte :
Enfin, j'ai aussi (un peu) aperçu les Deftones, avec un excellent set dispo en proshot sur Youtube.
Mais je hais les festivals. Je n'y retournerai qu'en cas d'extrême nécessité, et là, c'était le cas.
Pukkelpop preview 8/8
Enfin se termine ces deux semaines de preview du Pukkelpop 2009, avec le main stage du samedi 22 août. Grosse artillerie, mais sélection assez étonnante.
Anti-Flag : comme le programme du Shelter n'était pas du même niveau que les autres jours, les organisateurs ont préféré placer Anti-Flag tôt sur le main stage plutôt qu'en tête d'affiche du Shelter. Soit, cela me permettra de les voir sans problème.
Dinosaur Jr. : avec Faith No More, LE groupe que je ne veux rater sous aucun prétexte. J Mascis est peut-être mon musicien préféré, et Farm un de albums de 2009. Je suis assez surpris de les voir sur le main stage, j'espère que cela ne nuira pas trop à leur puissance sonore.
N.E.R.D : déjà vus à Werchter il y a quelques années, on peut espérer que leur prestation sera meilleure, et consistera en autre chose que Pharrell Williams faisant le mariole malignre en torse nu.
50 Cent : ha. Lors de mon dernier Pukkel, il était déjà là, et a foiré sa prestation, arrivant largement en retard, et n'étant même pas toujours présent sur scène. Pourtant, il est de retour, sans doute pour attirer un contigent de fans hip-hop. Douteux quand même.
Arctic Monkeys : que dire d'un groupe qui, en trois ans, est passé du stade "club de 200 places" à tête d'affiche d'un festival de 60 000 personnes. Et contrairement à leurs pairs (par exemple Kings of Leon, excellent groupe mais dont le dernier album ne vaut pas tripette), ils le méritent amplement : Humbug est une merveille.
On ne pouvait rêver de mieux pour finir ce festival.
Les previews, c'est bien, mais les reviews, c'est mieux.
Dans une dizaine de jours, je reviendrai avec mon avis sur le Pukkelpop 2009. Est-ce que j'ai vu tout ça? Qu'est-ce que j'ai vu d'autre? Surprises, déceptions, confirmations?
Pukkelpop preview 7/8
Cinq artistes à voir dans le club ce vendredi, en tout cas, cinq artistes que j'ai présélectionnés : Brakes (excellent groupe trop méconnu), Deerhunter (qui ne m'a pas - encore? - convaincu), Florence + The Machine (que je vais probablement détester), mais surtout une autres des légendes parsemant ce Pukkelpop 2009, Tortoise. Enfin, Little Boots, pourquoi pas?
Après-demain, suite et fin de mon programme de ce festival de folie.
Pukkelpop preview 6/8
Samedi 22/8, première partie
Après avoir étudié le programme, je passerai la plupart du temps entre le club et le main stage, en espérant qu'il n'y ait pas trop de conflits d'horaires.
Mais ailleurs, ce n'est pas mal non plus. Le shelter semble moins intéressant, mais c'est notamment parce que je ne connais pas tous les groupes : je serai sans doute surpris. J'irai voir Rolo Tomassi, de toute façon. Je passerai peut-être revoir Peaches dans le dance hall, voir si ses gimmicks sont toujours aussi gratuitement horripilants.
Enfin, j'ai présélectionné trois groupes dans le marquee, Enter Shikari (je ne tiendrai sans doute pas plus de trois minutes, mais bon), Klaxons (avec aussi l'espoir de nouveaux morceaux) et, pour la seconde fois du weekend, dEUS.
Dans deux jours, le club.


