Music Box This is my music box, this is my home

17avr/090

Peter Doherty – Grace/Wastelands

Que dire sur Pete(r) Doherty que les tabloids n'ont pas encore dit? Évidemment, énormément de choses. D'abord, que les Libertines étaient le dernier groupe anglais auxquels on pouvait croire, s'identifier. Oh, il y en aura sûrement d'autres, mais de ce genre, on en a quelques uns par siècle. Ensuite, que Doherty, malgré les frasques, est un poète et un compositeur de talent, même s'il ne sera jamais un grand chanteur. Enfin, que son premier album solo, Grace/Wastelands, comprend sans aucun doute ses meilleurs morceaux depuis le premier Libertines.

Babyshambles, il faut bien le reconnaître, c'était pas terrible du tout. Un premier album calamiteux, un second juste meilleur. On ne ressortira de cette période que le magnifique Albion, mais le morceau était aussi vieux que What a Waster. Doherty devait donc s'en sortir, au risque de - littéralement - disparaître. Et il a trouvé une aide précieuse, auprès de quelqu'un à qui on ne le fait plus : Graham Coxon.

Coxon, aussi Londonien que Doherty, est passé par l'immense succès, l'adulation, et les abus de substances (plutôt alcool pour lui). Il pouvait donc aider Doherty, qu'il a vite qualifié de "scumbag magnet", à sortir du trou, tant musicalement qu'humainement. On ne saura jamais ce que Graham Coxon - l'être humain - a fait pour Peter, mais par contre, il a prêté ses talents de guitariste à onze morceaux sur douze. Et il a bien fait.

Doherty, comme dit plus haut, ne sera jamais un grand chanteur, il se complait d'ailleurs encore parfois dans cet espèce de murmure de sdf alcoolo dans un couloir de gare. Dommage, parce que quand on écoute ce qu'il dit, on se rend compte qu'il ne reste plus beaucoup d'auteurs de talent. Vous connaissez encore beaucoup de monde qui écrit des rimes enchâssées comme "my rival the sun / who ripens the plum", vous? Contrairement à ce qu'on pourrait croire, les guitares de Coxon sont quasi toutes acoustiques (comme son prochain - et excellent - album solo, on en reparlera), ce qui accentue l'aspect "chanson".

La majeure partie des morceaux sont assez simples d'accès, des chansons acoustico-romantiques, mais bien écrites et parfois vraiment touchantes : Salome, I Am The Rain comptent parmi les meilleurs morceaux écrits par Doherty. Mais il tente de surprendre, avec un Last of The English Roses formaté pour ressembler fort bizarrement à Gorillaz, ce qui ne marche pas trop bien. De même, l'obsession maladive de Doherty avec le classicisme british le pousse parfois à faire un peu n'importe quoi, comme le music hall douteux de Sweet By and By. Mais ces influences arrivent à pénétrer l'essence même d'autres morceaux, comme Arcady ou un poème de guerre appliqué en 2009, 1939 Returning.

Ce qui surprend surtout, c'est la solidité de l'album. On avait l'habitude d'avoir 3-4 morceaux valables par album de Babyshambles, ici tout se tient presque, on a même de très bons morceaux pour finir, dont Sheepskin Tearaway (encore un vieux morceau) avec Dot Allison, ou Broken Love Song, coécrit avec Wolfman (remember For Lovers?). Coxon se laisse parfois aller dans des paysages sonores parfois Sonic Youthiens (Palace of Bone, New Love Grows On Tree), mais l'ensemble reste étonnamment discret et d'autant plus impressionnant.

Il faut toutefois garder une certaine objectivité, ce n'est pas l'album du siècle non plus. Mais si Doherty continue à se ressaisir, à se montrer en concert (on ne parle plus de ses retards et annulations, maintenant qu'il n'y en a plus...) et à bien choisir ceux qui l'entourent, alors, il reste de l'espoir. Surtout que les Libertines vont probablement se reformer l'an prochain...

13avr/090

Yeah Yeah Yeahs – It’s Blitz!

Voici un parfait exemple d'évolution musicale. Apparu dans le paysage rock en même temps que les Strokes et compagnie, les YYY ont systématiquement pris la tangente et sorti des albums diamétralement différents. It's Blitz!, le troisième, sera sans doute connu comme l'album "dance". Non, ce n'est pas une mauvais chose.

Le single d'intro Zero est un punch parfait, fait de la voix sexy de Karen O, de guitares disco et de synthés festifs. Franchement bon, et de bon augure pour la suite. Heads Will Roll et Softshock continuent cette tendance disco-dancey, mais sans jamais tomber dans le facile ou le vulgaire, grâce aux talents des musiciens, car on est loin d'un album électro : la batterie de Brian Chase est énorme de précision (Skeletons, Shame And Fortune) et Nick Zinner est toujours capable d'envoyer des tons de guitares spectaculaires (Dull Life).

Karen O est plus discrète que d'habitude, passant sans problème d'un registre à l'autre, de la déesse post-punk que l'on connaît à ... Debbie Harry. On arrive difficilement à s'ennuyer au cours des 41 minutes qui composent l'album, grâce à la variété des morceaux et des rythmes. Runaway, "ballade", fait évidemment penser à Maps, avec Karen en mode superémotif, mais c'est l'exception dans un album expansif, qui se termine pourtant de manière posée.

Difficile de cerner les Yeah Yeah Yeahs, mais une chose est sûre : ils font exactement ce qu'ils ont envie de faire à l'heure actuelle. It's Blitz! est vraiment excellent, fonctionnant aussi bien sur les pistes de danse que dans un casque, dans le noir. Contrairement à nombre de ses condisciples de la new rock revolution (copyright NME), ils évoluent très bien, et deviennent carrément meilleurs.

Oh, et dans un monde radio dominé par Timbaland et Kanye West, Dragon Queen devrait être un hit immense. Le fait qu'il ne le sera pas est encore plus rafraichissant.

4avr/090

The Prodigy – Invaders Must Die

Le temps passe, et je continue à suivre des groupes qui m'intéressaient quand j'étais ado. Prodigy est l'un de ceux-là, j'ai vécu leurs premiers succès avec le bourrin mais sympa Music for the Jilted Generation et leur méga domination mondiale (enfin, européenne) avec Fat of the Land. Puis, je n'ai plus jeté qu'une oreille à ce qu'ils font, de manière plutôt nostalgique. Je trouvais Always Outnumbered, Never Outgunned assez moyen en 2004, cet Invaders Must Die est fort différent, notamment grâce au retour des vocalistes Maxim et Keith Flint, exclus du précédent.

De manière assez positive, ils ont (ou plutôt il a, vu que Liam Howlett reste seul maître à bord) réussi à renouveler leur son, il est vrai fort daté (allez y, écoutez Firestarter maintenant. Oui, c'était mieux avant). Plus de claviers rave, moins d'attitude subpunk, l'album peut se laisser apprécier, s'il n'avait pas la subtilité de Wayne Rooney une nuit de weekend. Omen, le premier single est assez dingue, mais les voix reggae de Thunder irritent vite. Keith Flint fait un comeback rageur avec Colours et surtout Take Me to the Hospital ("along came a spiderrrrr") alors que la voix féminine de Warrior's Dance est plus Jilted que Jilted.

Les influences punk refont leur apparition sur Run With The Wolves, qui nous gratifie d'une performance de Dave Grohl très Songs For The Deaf. Très agressif et efficace. Malheureusement, la suite est nettemenrt moins heureuse, Worlds On Fire fait penser à un mauvais tube eurodance alors que le final Stand Up rappelle les pires chansons à boire d'Oasis (All Around The World en pire, même pas drôle).

Malgré quelques bons moments, Invaders Must Die ne se laissera pas réécouter souvent. The Prodigy est un autre groupe qui appartient aux années 90 et qui n'a plus vraiment sa place aujourd'hui. Par chance, ils arrivent encore à sortir de la médiocrité, même s'ils n'ont absolument plus aucune relevance. Better to burn out than fade away, etc etc...

31mar/090

Mastodon – Crack The Skye

30mar/090

Therapy? – Crooked Timber

Il y a très peu de groupes qui font une carrière sans faute. On finit toujours par se ramollir (au mieux), par tenter de se réinventer (Radiohead étant l'exception confirmant la triste règle) ou pire, par devenir totalement inutile et embarrassant (chaussures compensées + grosses lunettes, guitariste à bonnet? Eux.). Le douzième album de Therapy? est un de leurs tous meilleurs, tout en étant, comme souvent, différent de ce qu'ils ont fait auparavant.

Therapy? est un de mes groupes préférés, que je suis depuis pas mal d'années, et qui ne m'ont jamais vraiment déçu. Cependant, les deux derniers albums (Never Apologize Never Explain et One Cure Fits All), tout en étant largement décents, n'apportaient que peu au canon des irlandais. Trois ans après, il fallait sans doute se réinventer, et c'est ce que le groupe a fait, notamment en invitant Andy Gill à la production. Gill, influence majeure de pas mal de monde s'inspirant de son groupe Gang Of Four, a réussi à insuffler une nouvelle dynamique à Therapy? Le groupe sonne très soudé, avec une mention très spéciale à la basse de Michael McKeegan. C'est simple : la basse est l'instrument majeur d'un album à la rythmique aussi impeccable que dévastatrice.

On le remarque d'entrée de jeu avec The Head That Tried To Strangle Itself, ou la dynamique (oui, je me répète) du power trio est poussée à son maximum. Therapy? n'a jamais semblé aussi tight depuis le départ de Martin McCarrick. Il faut donc souligner la place du batteur Neil Cooper : non seulement il rappelle parfois Fyfe Ewing, le légendaire premier cogneur de fûts du groupe, mais il complète McKeegan à la perfection. Reste le dernier membre, Andy Cairns, dont la guitare est donc fatalement parfois en retrait. Ce qui ne l'empêche pas d'envoyer des riffs dantesques et une guitare rythmique idéale. Enfin, Cairns profite du caractère novateur des structures des nouveaux morceaux pour tenter quelques nouvelles choses avec sa voix. Certains diront qu'il chante enfin, je dirai simplement qu'il évolue...

Après le morceau d'intro, suivent carrément deux des meilleurs morceaux jamais enregistrés par T?. Enjoy The Struggle possède une rythmique totalement inouïe alors que Clowns Galore rappelle carrément leurs débuts, et Teethgrinder. Peut-être même en mieux, c'est dire. Cairns est rageur, expédie des solos courts limite industriels, et T?, au risque de me répéter, n'a plus sonné comme ça depuis quelques années. Mais Crooked Timber est assez varié, malgré l'approche bassique (oui, j'ai fait mieux) de l'album : Exiles est étrangement atmosphérique, comme si T? se retrouve signé par Factory Records il y a 25 ans, alors que Crooked Timber commence par une intro au glockenspiel ultramélodique, avant que la basse de McKeegan ne balaye littéralement tout ce qui passe.

On se s'ennuie pas : I Told You I Was Ill pastiche leur tout premier album en ce qui concerne le son de la batterie, pendant que Cairns joue son crooner sur un accord des Ramones. Wow quoi. Somnanbulist et Blacken The Page ramènent un peu le groupe vers leurs influences punk (mais c'est pas Shameless non plus). En fait, c'est tellement varié que s'il n'y avait pas la voix de Cairns, on se demanderait pendant tout l'album de qui il s'agit, surtout avec le morceau suivant. Magic Mountain est 1) un instrumental de dix minutes 2) le truc le plus étrange jamais sorti par T? 3) un morceau qui ne leur ressemble pas 4) un morceau qui ne ressemble à personne d'autre. Parfois un peu répétitif, mais l'intention était là. Enfin, Bad Excuse for Daylight amène un peu de mélodie sur une couche grasse de basse, et clôture un album qui demande qu'on le réécoute immédiatement.

Mon album préféré de 2009 jusque maintenant. Et en plus, il sort en vinyl.