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20juin/080

The Offspring – Rise And Fall, Rage And Grace

Coup de vieux de l'année #65 : j'ai wikipédié Offspring, et ils ont allégrement dépassé la quarantaine... Smash a accompagné mon adolescence, et évidemment, je me suis écarté du groupe dès qu'ils ont commencé leur phase gimmicks stupides (Pretty Fly, Original Prankster). Ils s'en sont rendu compte : Rise and Fall, Rage and Grace, leur huitième album, est annoncé comme leur retour vers leurs racines punk californiennes.

En réalité, c'est plus ou moins le cas. On ne trouve pas de novelty songs, mais une majorité de morceaux punk classiques, qui auraient pu sortir de n'importe qui (Bad Religion, Rancid, ...) n'importe quand. Half-Truism, You're Gonna Go Far Kid, Hammerhead, Takes Me Nowhere et surtout Stuff Is Messed Up sont donc tout à fait acceptables. L'ennui, c'est qu'en essayant de revenir à une vieille formule, ils provoquent une inévitable comparaison, et niveau inspiration, on est loin de Smash ou de Ixnay On The Hombre. On fait peut-être les meilleurs plats dans les vieilles casseroles, mais les ingrédients (et les cuisiniers?) ne sont plus de première fraîcheur.

Mais il y a pire : les ballades. Offspring avait déjà commencé sur Ixnay, avec un Gone Away aux relents de Bon Jovi. On en trouve quelques unes ici, et on les zappera sans remords. Sinon, on sera indulgent, cette fois : ce n'est pas mauvais, juste un succédané du passé, une sorte d'anachronisme, là où Green Day s'est réinventé (avec des fortunes diverses).

Oubliable, loin d'être indispensable mais acceptable au vu des circonstances, Rise and Fall etc (c'est quoi cette tendance aux titres kilométriques?) se laisse écouter une fois ou deux, avant de ne plus sortir de l'armoire/du disque dur/de l'iPod.

17juin/080

Coldplay – Viva La Vida or Death and All His Friends

Ahhh, Coldplay... Quand on écrit du blabla sur des albums (« critique rock » c'est encore plus naze que « bloggeur » comme terme), on a forcément des a priori et des attentes. L'idée, et le but, est parfois de les transcender et de se remettre en question. Donc, j'essaie d'avoir l'esprit le plus vide possible avant d'écouter le quatrième album de Coldplay, groupe que j'appréciais un peu à l'époque du premier album, Parachutes (Don't Panic est toujours un bon morceau), nettement moins à la sortie du dernier, X&Y. De plus, les rumeurs étaient, si pas prometteuses, au moins intéressantes : on parle d'album expérimental, rompant avec la tradition Coldplayienne d'inoffensifs morceaux d'ascenseur. La présence à la production de Brian Eno est une autre inconnue (quoique, en parlant d'ascenseur...).

J'ai essayé. Essayé de ne pas détester Coldplay, et je recommence à chaque album. Mais c'est impossible. Totalement impossible de supporter une heure, qui paraît une éternité, de morceaux sans aucune inspiration, répétitifs en diable, chantés avec la passion d'un lecteur d'annuaire téléphonique.

Oh, oui, c'est expérimental : Coldplay utilise des instruments moins traditionnels, notamment dans l'excellente intro Life In Technicolor. De même, ils rompent avec la tradition couplet/refrain/couplet. Mais si peu, trop peu. De toute façon, il n'y a pas grand chose à sauver : Chris Martin ne chante pas mal, mais ne provoque aucune émotion, rien du tout. Et il écrit mal, très mal. On va sans doute dire que je ne ferais pas mieux (litanie classique de fans à l'orgueil blessé), mais écoutez Cemeteries of London, vague histoire de pirates, d'océan, de sorcières et de malédictions. Manque plus que Jack Sparrow. Et si c'est Brian Eno qui a décidé de rajouter des claquements de mains après une minute trente, il devrait se retirer au plus vite, à la Syd Barrett. Après deux minutes de morceau, on en a déjà marre, et c'est très souvent le cas ici.

Coldplay aime U2, et donc Lost! sera leur Where The Streets Have No Name. Je suis très loin d'être fan de Bono et compagnie, mais au moins ils servent à quelque chose, ils ont une certaine légitimité. Coldplay est le groupe le plus inutile de notre époque. Ca n'empêchera pas d'entendre ce morceau partout, de docus sur animaux en détresse aux pubs pour l'Unicef.

42, autre morceau choisi, à classer sous « ballade pour gsm ». Un bon point pour la référence à Douglas Adams dans le titre, sinon, voilà : Radiohead fait Videotape, Coldplay 42. « Those who are dead / Are not dead / They're just living in my head. » Si. Et pour finir, histoire de sonner, hmmm, rock, ils piquent aux Strokes le riff de Hard To Explain. Comme c'est malin. D'ailleurs, en parlant de piquer : Violet Hill ressemble tellement à Oasis que c'en est ironique. Au moins, pour The Scientist, ils piquaient aux morts (George Harrison). Mauvais, très mauvais, Viva machin est mauvais. Aussi mauvais que les titres, Lovers in Japan, Reign Of Love, I Love Gwyneth but We're Still Probably Gonna Divorce Next Year, etc etc. Et pour la fameuse expérimentation, ok, si on considère que les claviers amenés par Brian Eno et qui datent de vingt ans sont innovateurs, alors oui, c'est expérimental. Expérimental comme un vendeur de fish and chips qui change d'huile. Il y a deux ans, j'ai vécu l'exposition Frida Kahlo à la Tate Modern de Londres. Ce fut une des expériences les plus intenses de ma vie, une telle passion, vie et mort traduites sur toile. Coldplay qui emprunte à Kahlo le nom d'une de ses plus fameuses oeuvres est une insulte à la création artistique. Coldplay, c'est de la musique pour ceux qui n'écoutent pas de musique, le degré zéro de la culture. Tout, mais pas ça.
13juin/080

N.E.R.D. – Seeing Sounds

Tout le monde connaît Pharrell Williams. Il y a cinq ans, une étude montrait que plus de 40% du top radio US était passé entre ses mains, faisant de lui le Midas du hip-hop mondial. Depuis, Timbaland et Kanye West lui ont un peu volé la vedette, et son album solo n'a pas vraiment fait l'unanimité. Qu'à cela ne tienne, Pharrell a rappelé ses troupes (Chad Hugo, alias l'autre moitié de son duo de production The Neptunes et le rappeur Shay) pour ce troisième album de NERD, le « groupe » de Pharrell, entendons son projet avec des vrais instruments et des vrais gens derrière.

In Search Of était roots, Fly Or Die nettement plus étrange. Seeing Sounds est pile entre les deux. L'album commence par un Pharrell expliquant la synesthésie qui donne son nom à l'album avant qu'une ligne de basse monumentale montre la voie : celle du groove. Il ne faut plus grand chose d'autre qu'un ordinateur pour faire un album, Pharrell le sait, mais ici il fait exactement le contraire. Tous les sons auraient pu être obtenus autrement, mais non, les beats sont réels, ainsi que la basse et la guitare, souvent vicieuse. On retrouve également d'autres trouvailles neptuniennes, comme des vieux synthés limite space rock, une disto dans la voix et un soupçon de folie.

Pharrell chante au-dessus de tout cela, et se débrouille pas mal, en ne forçant pas trop sur son falsetto. Mais c'est un album de groove, et quelques beats sont affolants : Everyone Nose, Spaz, Laugh About It rendraient dingue n'importe quel dancefloor.

Vers la moitié de l'album, on peut observer un virage vers des morceaux plus lents, mais on ne parle pas de (argh) R'n'B, plutôt de soul et de funk: les répères sont Michael Jackson (Yeah You) ou Prince. Malgré tout cela, et des influences qu'on entend sans trop savoir les situer, Seeing Sounds n'est pas un album-plagiat et comprend suffisamment d'originalité, comme Anti Matter et son riff rappellant (si!) Mudhoney. Enfin, Chad et Pharrell ont eu l'intelligence de ne pas trop marquer l'album niveau zeitgeist, lui conférant une impression générale d'éternité : Kill You fait penser à Run-DMC ET aux Beatles.

Tout n'est pas parfait, ni aussi percutant (la seconde moitié s'essoufle), mais le bon domine le reste, et prouve que Pharrell n'a rien perdu de son talent. Seeing Sounds est un excellent album, versatile et intelligent.

6juin/080

Weezer – Weezer

Un nouvel album de Weezer, c'est avant tout un plongeon dans le psyché de Rivers Cuomo, auteur/compositeur/geek en chef, qui a décidé de ne pas donner de nom à l'album, pour la troisième fois. Après le bleu, le vert, voici donc le rouge. Ensuite, c'est aussi une interrogation après les relatives (et moins relatives) déceptions des précédents. On n'a pas spécialement envie que Weezer revienne au style des débuts, mais faire mieux que Beverly Hills, ça serait bien quand même.

Troublemaker, annoncé erronément comme premier single, sera sans doute le second : sympa mais sans grand intérêt, ce qui n'augure rien de bon pour la suite. Mais en parlant de suite, Rivers en a dans les idées : The Greatest Man That Ever Lived est de loin le morceau le plus complexe du groupe, et ferait passer Bohemian Rhapsody pour un morceau des Ramones. Petit résumé : intro au piano / grime avec sirène et Cuomo qui rappe (mal) / guitare sèche / un choeur big band / un falsetto à la Mercury avec la guitare de Brian May / un couplet punky / j'en passe et des meilleures / un spoken word sur un solo de basse / une polyphonie à la (encore) Bohemian Rhapsody / encore d'autres trucs, et un final tout en riffs metal.

C'est étrange, mais assez bien réussi. On peut regretter que certaines idées n'ont pas été développée en chansons entières, mais on est surpris, ce qui est toujours agréable. Pork and Beans suit, et est sans doute le meilleur single de Weezer depuis Hash Pipe, voire même avant. On peut se moquer des paroles de Cuomo, mais le morceau n'est pas mal du tout.

Problème : l'album ne garde pas du tout le même niveau. Heart Songs, une ballade (évidemment) est sauvée par son thème, à savoir une liste des artistes et chansons qui ont influencé Cuomo, dont un couplet entier sur un extrait d'un album sorti en 1991 avec un bébé nu sur la pochette (réponse sur carte postale à l'adresse habituelle). C'est bien parce que ça parle personnellement à beaucoup de monde, sinon, délit de kitscherie intense. Que dire d'Everybody Get Dangerous, alors? Rivers rappe encore, les paroles sont pourries et le middle eight me rappelle Papa Roach. Papa Roach! Evidemment, comme souvent avec Rivers Cuomo, il est difficile de savoir s'il faut prendre tout cela au premier degré, mais si je voulais de la parodie, j'irais écouter Weird Al.

La suite et fin de l'album est assez oubliable et fort peu inspirée. Rivers cède le micro sur deux morceaux, mais il n'aurait pas du. Ok, quasi chaque morceau possède au moins un bon plan, mais cela reste assez médiocre. Ceci dit, comparé à l'innommable Make Believe, c'est un mieux indéniable. Mais c'était mieux avant, ma ptite dame.

2juin/080

Panic At The Disco – Pretty. Odd.

Je sais, je ne suis pas censé écrire sur Panic At The Disco, mais j'ai une bonne raison : depuis qu'ils ont supprimé le point d'exclamation dans le nom, la police du bon goût nous autorise officiellement à en parler. Ben non, c'est juste que 1) l'album n'a plus rien à voir avec ces falloutboyeries emo auxquelles le groupe été accolé et 2) il n'est pas mal du tout.

Il débute par une référence métatextuelle : « We're sorry we've been gone / We were busy writing songs for you / ... / You don't have to worry / We're still the same band. » We're So Starving est non seulement un avertissement pertinent, mais une référence évidente à Sgt Pepper's Lonely Hearts Club Band, intro de l'album du même titre, lui-même nouvelle référence étonnante du groupe.

En effet, non seulement Brendon Urie peut chanter comme Paul McCartney dans un bon jour, mais les références beatlesiennes période Sgt Pepper's sont légion : trompettes, rythmes ou parfois une certaine complexité de structure. Il suffit d'écouter le début de The Piano Knows Something I Don't Know pour s'en persuader, et quand la référence vient d'ailleurs, c'est de la britpop anglaise des années 90 (That Green Gentleman).

Mais l'album n'est ni un pastiche ni une copie sans âme : Nine In The Afternoon est terriblement catchy, She's An Handsome Woman plein de vie, Do You Know What I'm Seeing arrive à sonner classique mais pas (trop) kitsch. On pourrait être un peu fatigué par le caractère baroque de l'ensemble, et par une certaine longueur, mais l'effort fourni est suffisamment important pour être remarqué. De plus, le bon submerge largement le reste, comme le très Beach Boys Behind The Sea fait oublier I Have Friends In Holy Spaces : trompette et ukulélé = un peu too much quand même. On est toutefois surpris par la qualité de l'écriture, qu'on attendait pas de leur part : She Had The World est vraiment bon, et c'est loin d'être le seul.

En fait, le gros point positif, c'est la folie ambiante : ils ne font rien d'attendu, de prévisible, surtout quand on pense à leurs antécédents. Behind The Sea mute en plein milieu et est suivi par un « intéressant » mais apparemment ironique Folkin' Around. Cependant, Pretty. Odd. est long, et pas facile à digérer du premier coup, comme si (et c'est sans doute le cas) le groupe avait voulu caser le plus d'éléments possible : ça déborde un peu de partout. On ressent aussi un effet de dents de scie : le très bon cotoie l'oubliable.

Pretty. Odd. n'est pas l'album de l'année, mais, pour emprunter un terme de sport US, Panic At The Disco est clairement le Most Improved Player de la saison 2008, à défaut de son MVP.