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15juil/080

Beck – Modern Guilt

On peut ne pas l'apprécier, pour son oeuvre ou ses liens avec l'église de tomcruisologie, il est impossible ne ne pas admirer le fait que Beck Hansen semble totalement incapable de se répéter. Hits alternatifs (Loser, Sexxlaws), album acoustique mélancolique (Sea Change), bizarreries diverses et variées : Beck se renouvelle sans cesse, avec les risques et (demi-)échecs que cela provoque nécessairement.

Cette fois, il s'associe avec Danger Mouse, sommité underground derrière Dangerdoom (avec MC Doom) le Grey Album et Gnarls Barkley, entre maintes autres choses, pour un album assez morning after, sobre et très bien fichu. On retrouve les gimmicks propres à DM : des rythmes surf-rock, un beat caractéristique, du piano et une certaine brièveté : une trentaine de minutes et l'album est déjà fini : encore une fois, on ne peut que s'incliner devant Beck, qui a osé lui confier son son pour une mutation dont il a le secret.

Modern Guilt est sans doute l'album le plus discret de sa discographie. Il n'a jamais vraiment donné dans la superproduction, mais là on se trouve dans une lo-fi assez lo. On parlait de morceaux courts, mais dans leurs trois minutes respectives se passent plus de choses que dans un album habituel. Chemtrails est emmené par un sentiment psyché médicamenteux très sixties avant de se finir dans un solo de guitare trafiqué, Soul Of A Man possède une ligne de basse extrême et des guitares très crunchy, Youthless des violons qui agissent comme une basse, et on peut retrouver des discrets bidouillages electro un peu partout.

Parfois, la sous-production de Danger Mouse atteint l'excès : Walls est un morceau fabuleux, mais il est enterré sous des couches de filtres. De même, Profanity Prayers aurait pu être le plus gros hit de Beck depuis longtemps, mais l'élement le moins audible est... sa voix.

Malgré – ou grâce à – tout cela, Modern Guilt est un album fort intéressant, qui prend systématiquement la tangente, le chemin détourné, le réseau de mobilité douce. Beck prouve, si besoin était, qu'il reste un artiste à part entière, à la discographie peut-être inégale mais jamais répétitive.

6déc/060

Beck – The Information

Beck Hansen, touche à tout de génie, est maintenant dans une position enviable de godfather de la scène indie US. Il a connu sa période de (relatif) succès commercial (entre 94 et 96, avec les morceaux Loser, Where It's At, Devil's Haircut, extraits des albums Mellow Gold et Odelay), avant de dévier vers le moins accessible (Mutations) ou l'acoustique (Sea Change). sorti l'an dernier, Guero était une sorte de retour en forme, et The Information ne fait que confirmer cette affirmation.

Beck a toujours eu cette étonnante capacité à rendre mémorable un morceau complexe, bourré de samples et de subtilités, et il y arrive de nouveau ici, comme sur I Think I'm In Love, au début de l'album. Cellphone's Dead, le premier single commence (sainte horreur) comme un récent Moby avant d'être entraîné par une ligne de basse très Dust Brothers (même si l'album est produit par Nigel Godrich) et le rap trainaillant de Beck, son trademark qui ne semble pas lasser. L'album est assez varié, et rappelle chaque période de la carrière de Beck. On y retrouve donc aussi des morceaux mélancoliques, qui suivent des tracks carrément hip-hop, le tout enrobé dans la sauce Beck, peut-être le plus grand caméléon offert par le monde indie américain. Ceci dit, The Information est sans doute trop long, et on se demande le pourquoi de la dernière piste, qui n'en finit littéralement pas. Mais ce sont des reproches tout à fait mineurs, vu la qualité du matériel.

Un artiste qui semble faire ce qu'il veut, qui ouvre des portes (ici via la pochette, entièrement modifiable via un jeu d'autocollants) et qui réussit à créer une musique qui plaît sans être élitiste : pas facile, mais ici parfaitement réussi.

4avr/050

Beck – Guero

Beck Hansen, touche à tout de génie, s'était un peu perdu ces dernières années, avec un album (Sea Change) pas spécialement mauvais, mais fort réducteur quand on sait de quoi l'artiste est capable. Guero est, clairement, un retour en forme. Beck y retrouve ses influences majeures, le funk des 70s, le hip-hop, le rock en général. Le premier single et morceau d'introduction, E-Pro, est emmené par des riffs metal, des beats hip-hop et un sample des Beastie Boys, le tout produit par les fameux Dust Brothers. Qué Onda Guero y ajoute un rythme latino, Girl de la Nintelectro, et tout l'album suit la même logique de bidouillage. L'ennui, avec ce type d'album, c'est que les atistes et producteurs doivent y ajouter ce on sait quoi de folie pour maintenir un bon niveau. Le fans de Beck seront ravis d'entendre que Guero est d'un très bon niveau, on ne s'y ennuie quasi jamais, même si tout n'est pas toujours d'un niveau exceptionnel. Ceci dit, c'est en effet un superbe retour en forme de la part du géniteur de Mellow Gold et de Midnight Vultures, et un très chouette album.