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28août/080

Bloc Party – Intimacy

Hop là, encore un! Quelles que soit les opinions individuelles sur le filesharing, difficile de ne pas être d'accord sur ce point : des artistes qui annoncent la sortie de leur nouvel album trois jours après, c'est fantastique. C'est donc au tour de Bloc Party de s'y lancer, quelques jours après leur single Mercury. Ce dernier annonçait des influences assez dance (comme Flux avant lui), Intimacy va permettre de les vérifier. Ares commence puissamment, avec une programmation électro implacable, et la voix de Kele Okereke qui joue au ping-pong entre nos oreilles. C'est puissant, dansant, entêtant, et cela ne ressemble ni à l'indie-rock-acéré Silent Alarm ni au plus atmosphérique A Weekend In The City. Bloc Party nous prépare encore un album très spécial.

On connaissait donc déjà Mercury, et force est de constater qu'avec sa basse ronflante et son rythme endiablé, il fonctionne mieux dans le contexte de l'album qu'en single solitaire, surtout quand les cuivres font leur étrange entrée. Mais j'entends déjà la grosse question post-Kid A : elles sont où, les guitares? Pas loin. Halo rappelle les heures de Silent Alarm, mais en nettement, nettement plus puissant. Voilà un groupe qui a grandi, et qui s'est terriblement amélioré, entre autres grâce au fameux difficile second album.

Okereke conserve ses habitudes au niveau des paroles : assez cryptiques, elles demandent assez clairement qu'on leur foute la paix, comme le titre de l'album peut le confirmer. Okereke a déclaré dans une interview qu'Intimacy était son break-up album, et on peut supposer que les supputations aussi incessantes que futiles sur sa sexualité l'ont également inspiré. Bloc Party a toujours laissé la musique parler d'elle-même, et c'est tant mieux : Biko rappelle la mélancolie sous fond de delay de guitares de So Here We Are, accentuant la variété impressionante du début d'album. Les éléments électro continuent à être présents, et on peut parfois craindre qu'ils déforcent un peu le propos, les beats de Biko sont peut-être un peu trop appuyés.

Trojan Horse, quant à lui, fait la parfaite synthèse entre l'atmosphère aérée du second album, les guitares du premier (quoiqu'ici sérieusement déformées) et la touche dance de leurs dernières productions. On notera aussi une insistance à refuser les constructions classiques : on se perd parfois au sein d'un morceau pour ne pas toujours s'y retrouver, ce qui n'est pas un défaut pour autant. One Month Off ressemble à un étrange mélange entre AC/DC et eurohouse, mais ça marche, très bien même. Intimacy est clairement un album dansant (dans sa majorité), et même si cela semble bizarre, c'est tout à fait réussi.

La fin de l'album est épique. Better Than Heaven commence par rappeler Depeche Mode mais se termine dans un maelstrom sonore totalement jouissif alors que Ion Square est peut-être le meilleur morceau de leur phase (si l'on peut dire) électro, en plus d'incorporer un poème de e.e. cummings.

Bloc Party réussit ici un troisième album impressionnant, rappellant l'énergie des débuts, y ajoutant des accents électro sans perdre leur pertinence. Ils ne sont pas encore arrivés à produire leur chef d'oeuvre, mais ils peuvent le faire, ils l'ont en eux. Encore un peu de patience...

10fév/070

Bloc Party – A Weekend In The City

Doit-on encore invoquer le fameux syndrome du deuxième album, celui où le groupe qui a bien réussi le premier est face à un choix : continuer dans la même veine ou évoluer, au risque de surprendre. La liste des artistes se trouvant dans chaque catégorie est très longue, et on se bornera donc ici à étudier le cas Bloc Party, dont l'excellent premier album retentit toujours dans pas mal d'oreilles aujourd'hui.

Une seule écoute, même distraite, suffit à répondre à la question : A Weekend In The City est tout, sauf une copie de Silent Alarm. Mis à part quelques passages, notamment les riffs nerveux de Hunting For Witches, il est difficile de trouver des points communs avec le précédent. L'album est plus sombre, plus introspectif, même si les paroles passent cette fois du général au particulier, c'est à dire Kele Okereke, jeune anglais d'origine nigérianne, et à la sexualité incertaine. Kele s'impose ici comme un songwriter de talent, dont la franchise presque gênante pourrait être comparée à Morrissey.

Dès le premier morceau, Kele fait porter sa voix très haut, et évoque la mémoire d'un personnage de Bret Easton Ellis, aux antipodes de sa propre personnalité. Il est d'ailleurs assez difficile d'interpréter les paroles sans faire de raccourcis probablement erronés, comme la chanson d'amour gay I Still Remember ou Where Is Home, l'interrogation d'un gosse sur ses origines ethniques. Musicalement, l'album est fort varié, mais nettement moins bruyant et rythmé que le précédent, et agrémenté de quelques touches électro, parfois maladroites, placés par le très bourrin producteur Jacknife Lee.

De même, la cohésion n'est pas le point fort de Weekend : il semble évident que deux ou trois morceaux ont été placés là en tant que singles potentiels, il faut dire que l'album est long (51 minutes pour 11 morceaux) et pas vraiment aisé d'accès. il n'est pas très marrant non plus, comme peut en témoigner SXRT, qui raconté le suicide d'un dépressif ("Tell my mother I'm sorry, and I loved her").

A Weekend In The City est un album courageux, sans doute nécessaire pour la survie du groupe, et le développement de Kele Okereke, en tant que songwriter et être humain. On regrettera juste que tout cela soit au détriment de l'accessibilité. Malheureusement, malgré les points forts de cet album, il souffrira toujours de l'ombre de son prédécesseur, moins ambitieux mais mieux réalisé, et nettement mieux produit.

21fév/050

Bloc Party – Silent Alarm

Attention, très gros hype en vue... Détenteur du titre de "Franz Ferdinand potentiel 2005", Bloc Party sort enfin son premier album, après quelques singles et EP très prometteurs. Résultat : rien à voir avec Franz Ferdinand, évidemment. Bon, ils jouent tous deux des instruments classiques, et leurs morceaux sont plus dansants que d'habitude, mais la comparaison s'arrête là. FF possède ce côté hédoniste et arty alors que Bloc Party la joue plus discret, plus modeste, et surtout, les morceaux de BP semblent là pour durer, alors qu'on peut craindre le futur de FF.

Silent Alarm est très bon. Original mais pas désarçonnant, musicalement solide, mélodieusement puissant. Like Eating Glass, le premier morceau possède une intro parfaite, avec un delay qui n'avait plus été aussi bien utilisé depuis les jours de gloire de The Edge. Vocalement, Kele Okereke est une (anti)-star en puissance. D'abord, il esr noir, ce qui n'arrive pas très souvent sans le milieu, ensuite, sa voix est particulière et versatile sans être dérangeante. Empruntant autant au reggae qu'à Robert Smith, Kele est une bouffée d'oxygène, et ses paroles assez obliques sont tout aussi bien senties.

Helicopter, Banquet, Price of Gas méritent d'être des tubes, mais ne le seront probablement pas ; Blue Light et Positive Tension ont autant de virages mélodique qu'un morceau de Biffy Clyro, et So Here We Are commence comme la ballade que U2 ne sait visiblement plus écrire pour se terminer en festival drum n bass ; à ce propos, la section rythmique et le guitariste du groupe sont étonnamment inventifs (She's Hearing Voices), autre différence avec Franz Ferdinand, donc. Bon, on pourra dire que la fin de l'album nage en zone face B, mais un premier album est par définition imparfait (on aurait peut être préféré d'autres extraits de leurs précédents singles, comme The Marshalls Are Dead ou Little Thoughts.

Formidable album d'un groupe qui est tout aussi bon live, et qui prend déjà sa place tout en haut des meilleurs albums de 2005. Surtout, on peut le réécouter des tonnes de fois et toujours être surpris, ce qui est quand même assez rare.