Music Box This is my music box, this is my home

19avr/100

Blur – Fool’s Day


Pour une surprise, c'était une surprise. Aux dernières nouvelles, Blur était de nouveau en pause, sans projet à venir. Leur petite tournée estivale, suite à une reformation très attendue, fut énorme : deux Hyde Park remplis, un Glasto triomphant, deux albums live et une compile qui leur faisait enfin honneur. Néanmoins, les quatre membres ne semblaient pas vouloir donner suite à l'aventure, ayant tous d'autres activités : Damon Albarn et Graham Coxon sont toujours dans la musique, Alex James, lui, fait du fromage tandis que Dave Rowntree est devenu avocat et politicien.

L'annonce de Parlophone, en début de semaine dernière, venait donc vraiment de nulle part. À l'occasion du Record Store Day (samedi 17 avril), journée de promotion des disquaires indépendants, le label de Blur édite un vinyl simple face, avec rien de moins que le premier nouveau morceau de Blur depuis 2003 et le premier single avec le guitariste d'origine Graham Coxon depuis 1999. Le vinyl est sorti en édition limitée (1000 exemplaires), ce qui a forcément créé une frénésie quelques heures avant l'ouverture des magasins, et une fameuse activité sur eBay également. C'est pour cela que le groupe a décidé de mettre le morceau à disposition, gratuitement, sur le site officiel du groupe, et en format .wav, s'il vous plaît. Tout le monde peut donc écouter le premier morceau du Blur original depuis plus de dix ans.

Fool's Day commence par un beat sec de Dave Rowntree et une boucle de guitare acoustique. La voix de Damon Albarn arrive quelques mesures plus tard, et on peut déjà en tirer deux conclusions : Albarn a adopté un ton de voix proche de The Good The Bad and The Queen, tout en accentuations londoniennes et il retourne enfin (pour Blur) à un de ses thèmes de prédilection, l'observation et la description de la vie de tous les jours, en l'occurrence la sienne.

On comprend vite le sujet du morceau et son titre : il raconte simplement la journée de Damon Albarn, le 1er avril 2010, jour où il va enregistrer un morceau qui s'appelle... Fool's Day. On suit Damon au réveil (il a rêvé d'un accident d'avion), il allume (forcément) la tv, se sert un café : "another day on this little island". Tout cela est typiquement Blur, certes, mais un vieux Blur, celui de Parklife, qu'on pensait oublié suite aux expériences de Blur, 13 et Think Tank. Musicalement, le premier couplet est assez minimaliste : le beat, la basse ronflante de James, quelques accords secs de Coxon et parfois, une couche de claviers.

Le second couplet nous plonge totalement dans l'anglophilie d'Albarn : il mange du porridge, il emmène sa fille à l'école en passant à côté de Woolworths. Prend le métro, jette un oeil au Westway (l'autoroute, rendue notamment célèbre par Clash), mais c'est en vélo que Damon se rend au boulot, en passant par Ladbroke Grove (où se trouve les locaux de son label world Honest Jon's). Et ce sont ces quatre vers qui seront probablement disséqués par des critiques et fans en quête d'indice sur la prolongation de l'activité de Blur.

Albarn se rend donc en studio, où se passent quelques "forthcoming dramas", qui n'ont que peu d'importance, car ils sont là "for the love of all sweet music." Albarn achève : "we just can't let go". Si ce n'est pas un message définitif sur le fait que Blur ne peut simplement pas, plus, s'arrêter d'exister, alors, je ne sais pas ce que c'est.

Après ce "let go" répété, la guitare de Coxon prend une allure étonnante, qui rappelle carrément les débuts baggy du groupe et l'album Leisure, avec évidemment des années d'expérience en plus. Albarn commence son dernier couplet, qui est nettement plus généraliste : on ne parle plus que de la vie rangée londonienne d'Albarn, mais aussi, par la même occasion, de la condition existentielle occidentale passée sous le tamis du socialisme cher à Albarn : "so meditate on what we've all become", "civil war is what we all were born into, raise your left hand, right, sing", "don't capitulate to the forces of the market place", et, le plus important de tous : "consolidate the love we've had together". Après un dernier rappel du thème ("a cold day in springtime"), les guitares de Coxon peuvent se lâcher : sous un fond d'orgue carnavalesque, d'accords répétés et de feedback, le motif à la Leisure se répète pendant une bonne minute, devenant facilement une de ses récentes performances les plus mémorables.

Trois minutes vingt-sept secondes, pas de refrain, une mélodie simple, une performance fantastique de Coxon et un morceau très riche : pas de doute, c'est Blur, et il ne faut absolument pas qu'ils en restent là.
19sept/090

Blur – All The People : Blur Live At Hyde Park, July 3rd 2009

C'est déjà fini. Après une dizaine de concerts et pas mal de buzz, les membres du groupe ont tous confirmé qu'il n'y avait pas de plan pour d'autres concerts, et encore moins pour un nouvel album. La porte ne semble pas être scellée, mais la réunion d'un des plus importants groupes des années 90 n'aura pas duré bien longtemps. Les deux concerts de Hyde Park ont été le point de départ de la réunion : les concerts précédant ces deux dates (Glastonbury, T in the Park, quelques dates de chauffe et le seul concert hors-UK, à Lyon) ont été ajoutés après le double sold out rapide. Le groupe sort maintenant un double album pour chaque date, aux setlists hélas exactement semblables. J'ai choisi de parler de celui du 3 juillet, sans raison particulière.

Blur a souvent été très étrange, si pas capricieux, en concert. Prenons les trois dernières tournées (sans compter celle de Think Tank, où Simon Tong remplaçait Graham Coxon) : celle de Blur était roots, punk, sans concession. Puis, la tournée 13 les voyait jouer l'intégralité de l'album (y compris en festival!) puis quelques hits en rappel. Enfin, ils ont eu l'idée originale de jouer tous leurs singles dans l'ordre pour accompagner le premier "best of", en jouant les morceaux "détestés" (Country House, Charmless Man) avec une grosse dose de second degré.

On pouvait dès lors se demander ce qu'ils allaient faire ici, devant une foule immense. Finalement, ils ont opté pour le greatest hits, avec une attention particulière à la période pop, souvent délaissée lors des dernières années du groupe. C'est très étonnant de voir Damon Albarn (et sa dizaine de kilos en plus, soit dit en passant) chanter Country House avec une telle ferveur, mais pourquoi pas : ces concerts sont une célébration, et pas une étrange expérience.

D'ailleurs, les festivités commencent par leur premier single, She's So High, immédiatement suivi d'un Girls And Boys qui ne laisse aucun doute la-dessus : c'est la fête, demain, tout sera fini. Les premiers morceaux piochent allégrement dans la période Britpop, mais c'est évidemment un peu plus tard que le concert prend une autre dimension. Graham Coxon, jusque là impeccable, lance l'anti-riff de Beetlebum. De fête, le concert se transforme en triomphe presque intime, en célébration d'un groupe qui a allié brillance créatrice et succès populaire comme peu d'artistes ont réussi auparavant. Beetlebum est immédiatement suivi par une fabuleuse version de Out of Time, extrait de Think Tank. Coxon y apporte une seconde guitare qui complémente très bien l'acoustique d'Albarn, créant ainsi une jolie surprise, et un des meilleurs moments de la soirée. Suivent enfin trois extraits de 13, stellaires. Un très puissant Trimm Trabb, puis Coffee And TV qui montre que depuis l'époque 13, Coxon a pris de la bouteille (oops, mauvais et accidentel jeu de mot) en tant que chanteur, et enfin Tender, qui clôture brillamment cette partie du concert, en faisant monter les larmes dans une bonne partie du public. Blur a été une machine à hits, mais l'enchaîment de Blur et de 13 reste pour moi leur meilleur moment.

Mais comme je le disais plus haut, l'heure est à la célébration, et les morceaux plus sombres de cette période restent minoritaires. C'est donc avec Country House que le concert reprend, voyant Blur accompagné de trompettes, etc etc. Pas ma tasse de thé, et je trouve bizarre que le groupe joue ce maudit morceau comme si de rien n'était. On le remarquera après, c'est carrément dix morceaux de la période Modern Life Is Rubbish / Parklife / The Great Escape qui vont se succéder, avec notamment un Parklife avec Phil Daniels et un frénétique Sunday Sunday avant que trois morceaux introvertis clôturent le concert : End of A Century, To The End et évidemment This Is A Low. Subtil, émouvant, techniquement parfait : Blur a vraiment écrit quelques unes des plus belles pages des années 90.

Les rappels mélangeront les époques, avec notamment le single hors album Popscene, l'excellent extrait de Blur Death of a Party et les crowdpleasers Advert et Song 2, augmenté d'une superbe intro à la batterie. Enfin, The Universal clôture le concert, et le court mais impressionnant retour de Blur. Qu'il arrive n'importe quoi, on ne pourra pas dire qu'ils auront raté leur retour, ni qu'ils auront trait la vache à lait jusqu'à la dernière goutte. Finalement, il vaut peut-être mieux que tout cela reste comme ça.

19juin/092

Blur – Midlife : A Beginner’s Guide to Blur

Lors de la première vie de Blur, avant le récent et sensationnel retour de Graham Coxon, un Best Of était sorti, en 2000. Il avait été sévèrement critiqué, voire ridiculisé, car il ne comprenait que les gros succès du groupe, étant ainsi plus proche d'un Greatest Hits, et omettant ainsi énormément d'excellents morceaux d'album. Midlife (évidemment une opportunité d'encaisser du pognon sur le dos de leur tournée estivale, mais c'est comme ça que le business fonctionne, maintenant) corrige le tir, en modifiant drastiquement la liste des chansons.

Non seulement Midlife ajoute une quinzaine de morceaux, mais il en retire aussi sept, ce qui peut sembler étonnant. Néanmoins, malgré leur succès commercial, Country House et Charmless Man ne constituent pas vraiment des morceaux de choix, contrairement à To The End ou No Distance Left To Run, mais il fallait faire des choix. De même, pas d'inédits. On aurait sans doute pu racler les fonds de tiroirs, mais non, on a ici simplement 25 extraits déjà connus (et quelques versions alternatives). Enfin, les modifications ont sans doute aussi un but commercial, le pauvre gars qui avait déjà The Best Of a quelques bonnes raisons d'acquérir celui-ci. Même s'il est probable qu'il a depuis chopé d'une manière ou d'une autre la discographie du meilleur groupe anglais des années 90. L'album valant totalement la peine qu'on s'arrête à chaque morceau, voici donc le premier track-by-track de l'histoire de Music Box.

Beetlebum entame les affaires, avec un riff étonnant, même après 30 000 écoutes. Graham Coxon, je l'ai déjà dit maintes fois, est un guitariste absolument exceptionnel, et le prouve d'entrée, avec donc ce riff mais aussi un anti-solo époustouflant. Il est ici juxtaposé au premier gros succès du groupe, Girls and Boys, qui n'est finalement qu'un fantastique tube ironique qui explicite très bien un des thèmes dominants de Blur (même si cela concerne surtout leurs quatre premiers albums), une observation de la société qui n'a sans doute d'équivalent que chez Morrissey. For Tomorrow tombe d'ailleurs exactement dans le thème, on regrettera juste qu'il est présent dans une version alternative un peu traînaillante.

Retour au Royaume de Saint Coxon, avec Coffee + TV, single qu'il chante lui-même. C'est non seulement un moment important dans sa carrière (ses albums solo le prouvaient, et le prouveront encore ensuite) mais aussi le morceau le plus catchy et accessible de 13. Est-ce la peine de dire que son solo de guitare, qui rappelle J Mascis et Thurston Moore, est impeccable? Le final a maintenant un goût particulier : "We can start all over again". Ensuite, Out of Time est justement un des deux morceaux sans Coxon, extrait de Think Tank. Coxon avait quitté (avec fracas) le groupe pendant l'enregistrement de celui-ci, avant de revenir au bercail cette année. Influencé par les expériences africaines de Damon Albarn, Out of Time a totalement sa place sur l'album.

Un des grands intérêts de Midlife, c'est d'inclure des extraits d'albums, et pas seulement des singles. Premier exemple, Blue Jeans, un des meilleurs extraits de Modern Life Is Rubbish, dont le refrain est exactement parfait. Désolé de remettre de l'huile sur ce vieux truc, mais le jour où un Gallagher fera ça... Song 2. Gimmick, mais tellement efficace. Bon exemple du jeu de basse d'Alex James, parce qu'aussi étrangement que cela puisse paraître, le boom du refrain vient principalement de la "lead bass". Pas leur plus grand morceau mais peut-être leur plus connu, surtout aux USA. Ben oui, 2 minutes d'attention,et tout ça, ça marchait super bien aux matches de hockey. L'album est vraiment bien compilé, car après Song 2 arrive Bugman, aux paroles tout aussi obliques et à la disto puissante, cette fois sur la guitare. Excellente illustration de l'expérimentation de 13, je ne m'attendais pas à le trouver ici, surtout qu'après trois minutes, le morceau part dans tous les sens sans jamais revenir à la mélodie de départ.

Autre surprise, He Thought of Cars. The Great Escape, malgré son succès, est le mal aimé dans la disco de Blur. Trop cohérent (!), trop proche de Parklife (leur précédent, et premier gros succès), et sans doute pas assez mémorable. La compile réussit pourtant à extraire trois morceaux excellents, dont celui-ci, parfait représentant du ton tragico-mélancolique de l'album. Gros choc sur le morceau suivant. Death of a Party montrait le début de la phase expérience de Blur, qui allait connaître son paroxysme avec 13. Le morceau est non seulement compris ici (autre surprise) mais dans une version différente, encore plus étrange et supérieure à la version sur Blur. Fantastique morceau, et jusqu'ici, Midlife fait un sans faute.

L'ambiance change de nouveau avec la mégaballade The Universal, qui rappelle à jamais son clip ambiance Orange Mécanique. Une des plus délicates oeuvres jamais mises en musique, The Universal donne envie de rire et de pleurer en même temps, ce qui, vu le thème, est exactement ce qui était voulu. It really, really could happen. And it did happen, si l'on continue la relecture des paroles. Toujours sans transition, on passe à un extrait (le premier, et un des deux) de Leisure, le premier album. Sing, qui se trouve aussi sur la BO du très 90s Trainspotting montre la face shoegaze des débuts d'un groupe qui se cherchait. Pas exactement convaincant, mais il fallait l'inclure, au moins pour le refrain déjà très albarnesque. Enfin, le premier cd se termine avec l'emblématique This Is A Low, candidat classique au titre de meilleur chanson de Blur ou des 90s en général. Des paroles romantiques sur une Angleterre qui ne subissait pas encore Pete Doherty, et surtout, un solo de guitare totalement légendaire. Ainsi se clôture la première moitié de Midlife, probablement le disque le plus exceptionnel qu'il m'ait été donné d'entendre. Tout simplement.

La seconde partie est moins percutante, c'est vrai. Mais elle ne comprend évidemment pas de mauvais morceaux, même si on commence à regretter l'une ou l'autre absence...

Tender. Premier extrait de 13, et single totalement bizarre pour le Blur de l'époque, même si Blur aurait du nous mettre sur la voie. Choeurs gospel, backing vocals à fleur de peau de Coxon, c'est une superbe intro pour 13, et aussi pour ce disque. She's So High est le tout premier single du groupe, et dès les premiers accords, on pouvait déjà déceler que quelque chose de spécial allait se passer. C'est aussi le dernier extrait de Leisure, puisque There's No Other Way n'a pas été repris. Ensuite arrive un nouvel extrait de Modern Life Is Rubbish, Chemical World. Même si le morceau est assez bien considéré, je ne l'ai jamais trop apprécié. Mais c'est vraiment une question de détails. Un autre extrait de Think Tank (le second sans Coxon, donc) suit, et c'est le très sympathique Good Song. Excellent morceau, mais on sent que depuis Tender, le niveau a peut-être un peu diminué. Mais Albarn n'a sans doute jamais chanté aussi bien ("you seem very beautiful to me..."). Coxon ou pas, Think Tank, quand il est bon, est vraiment bon. Parklife, pour moi, n'a jamais été autre chose qu'un morceau gimmick, une suralbionisation Britpop racontée par Phil Daniels. Il devait être sur l'album, clairement, mais ce n'est pas leur morceau le plus glorieux.

Les apparitions successives d'Advert (Modern Life Is Rubbish) et Popscene (standalone single entre les deux premiers albums) attirent l'attention sur ce qui est un (petit) défaut de Midlife : il ne donne pas assez d'exemples de morceaux punk/rapides/funs dont Blur truffait ses albums. Les exemples ne manquaient pourtant pas : Bank Holiday, Chinese Bombs, Movin' On, B.L.U.R.E.M.I., ... Peut-être pas les meilleurs morceaux du groupe, mais un de plus aurait été bienvenu (et n'aurait pas occupé beaucoup de place). Mais mention spéciale pour avoir pensé à inclure le sautillant Popscene, dont c'est la première apparition sur un cd facilement accessible. Stereotypes conclut de belle manière la trilogie The Great Escape avec un morceau sympa, grâce au riff crunchy de Coxon.

On arrive petit à petit à la fin de l'album, et les quatre derniers morceaux sont tous des album tracks, aucun single. Etonnant, mais Midlife prend quelques risques, et c'est très bien comme ça. Trimm Trabb est un des morceaux les plus accessibles de 13, et gagne facilement sa place. Empruntant son nom à des vieilles shoes Adidas, il était parfois préfacé par Albarn chantonnant l'acronyme bien connu "All Day I Dream About Sex". Un des meilleurs extraits de ce qui est sans doute mon album préféré de Blur. Riff entêtant qui se développe lentement, sans avoir peur de faire du bruit. Bad Head est une autre surprise, extrait peu connu mais méritant de Parklife, alors que c'est Strange News From Another Star qui termine de représenter Blur. Très étonnant, mais justifiable. Enfin, Battery In Your Leg, seul Think Tank sur lequel a joué Coxon termine de magnifique manière l'album, tout en prouvant à quel point il est inimitable. Au début, je me demandais pourquoi No Distance Left To Run ne le faisait pas, mais BIYL est plus intéressant, et surtout nettement moins sinistre : comme le titre de la compilation le laisse entendre, les jeux ne sont pas finis pour Blur, on se devait donc de terminer par une note optimiste.

Vous l'aurez compris, Midlife est une merveille totale, et j'aurais vraiment envie d'être la personne qui découvre Blur via cet album, le beginner du sous-titre, qui va ensuite écouter chaque album, et trouver son ou ses préférés. En écoutant Midlife, malgré ses petits défauts (dont un second disque un peu en deçà), on a envie de considérer Blur comme le meilleur groupe anglais des années 90. Et je pense qu'on aurait même raison.

24fév/090

Blur – Leisure (1991)

LeisureUKAvant d'écouter Leisure, premier album de Blur sorti en 1991, il faut se replonger dans un contexte vieux de presque vingt ans : la scène britannique pleurait toujours la mort des Smiths et se consolait avec le baggy des Stone Roses et Happy Mondays et le shoegaze de My Bloody Valentine. Quelque part du côté de Manchester, un gamin nommé Noel Gallagher attendait son heure, tandis qu'aux USA, l'explosion de Seattle était imminente. C'est donc clairement sous influence que Damon Albarn, Graham Coxon, Alex James et Dave Rowntree, déjà partiellement produits par Stephen Street, commencèrent leur carrière discographique avec le single She's So High, qui était déjà tellement caractéristique, avec un riff déjà classique.

Leisure est probablement le moins bon album de Blur, seuls ceux qui seront allergiques aux expériences futures le contrediront. Ce qui est assez énorme en soi : quel groupe peut se dire que leur premier album est leur moins bon? (Suggestions à l'adresse habituelle.) Rien n'est à jeter ici, même si on sent parfois le poids des années : Bang est directement à inscrire dans la lignée des Roses et Mondays précités, en y ajoutant un de ces refrains qui seront une des spécialités du groupe. De même, la ligne de snythé de Repetition est trop... répétitive. L'album est d'autant plus intéressant à réécouter quand on le recontextualise en tenant en compte ce qu'on sait de Blur, 18 ans après. On trouve déjà une basse dominante, des éléments bruyants mais sporadiques (Slow Down, Fool), et la voix typiquement posh/neurasthénique d'Albarn. Encore plus étonnant, les expérimentations de Blur ou 13 trouvent déjà leur source dans un morceau comme Sing (apparemment une grande influence du dernier Coldplay, avec Satriani, je suppose). Seule différence majeure avec la suite, les chansons ne veulent pas dire grand chose. Mais oooh, ça va vite changer...

Il ne manque finalement que les grandes chansons (même si, She's So High...) mais Modern Life Is Rubbish n'est pas loin. Plus qu'un guilty pleasure, Leisure est un chouette album, et une introduction aussi passionnante qu'étonnante d'un des meilleurs groupes des 90s. Certains morceaux (Wear Me Down!) mériteraient en tout cas d'être revisités lors des concerts de réunion cet été.

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22nov/060

Blur – Blur (1997)


En 1997, la guerre de la Britpop est terminée, remportée par Oasis. Blur pouvait donc se concentrer sur la qualité de leur musique, plutôt que sur un éventuel succès commercial, sachant que leurs futurs ex-rivaux mancuniens ne seront plus battus. Le cinquième album de Blur, éponyme, est aussi de loin le plus intéressant depuis le début, grâce à une variété étonnante, et à l'ajout de nouvelles influences.

Avant cela, Blur était le groupe anglais quintessentiel, celui qui parlait de la vie middle-class comme nul autre (quoique, Pulp...). Mais quelqu'un n'était pas d'accord avec tout cela, et ne se retrouvait plus dans l'image créé par Blur. Ce quelqu'un, c'est bien sûr Graham Coxon, guitariste de génie, et principal instigateur du virage musical pris par le groupe. Là où Damon Albarn (chanteur, principal compositeur et idole) puisait son insipration chez les Beatles, Faces, Jam et tout ce que l'Angleterre comptait comme pionniers, Coxon était plus intéressé par ce qui se passait outre Atlantique. Le grunge, les guitares (mal)traitées, c'était son truc.

Même si le morceau d'ouverture (Beetlebum) fait immanquablement penser aux Beatles (malgré un solo de Coxon qui donne le vertige), Song 2 montre clairement des influences bruitistes plus proche de Seattle (via Pixies) que du West End. Song 2 est peut-être leur morceau le plus connu, grâce à son refrain, mais il ne faut pas sous-estimer la crasse pure de la guitare de Coxon ainsi qu'une basse phénoménale (Alex James est un des bassistes les plus bruyants qu'il m'aie été donné de voir live). Ensuite, chaque morceau est une nouvelle exploration sonore, comme un Country Sad Ballad Man qui lorgne vers Pavement, M.O.R inspiré (et plus) de Bowie, ou encore l'instrumental très claviers retro Theme From Retro (évidemment). La première moitié du disque sur clôture sur un morceau solo de Graham Coxon (son premier) : le très lo-fi mais néanmoins époustouflant You're So Great. Coxon allait sortir son premier album solo, tout aussi lo-fi, quelques mois plus tard.

Ensuite, l'auditeur commence un peu à se perdre, dans les lignes de synthé tout droit tirée des Specials de Death of a Party au postpunk de Chinese Bombs, en passant par les expérimentaux I'm Just A Killer for Your Love et Strange News For Another Star. Seul Look Inside America fait référence à leur passé Britpop, mais les paroles ne laissent plus de doute quant à la nouvelle orientation de Blur. L'album se conclut sur un spoken word trip-hop qui déborde de partout, sans laisser aucune concession.

Blur version 2 était né, et allait donner quelques années plus tard l'excellent mais étrange 13, avant que la tension, déjà palpable ici, entre Albarn et Coxon arrive à son paroxysme : lors de l'enregistrement de Think Tank, Coxon claque la porte, préférant sa carrière solo (quatre albums à l'époque, six maintenant) à celle d'un groupe dans lequel il ne se retrouve plus du tout. Il n'est toujours pas revenu sur sa décision, malgré des appels du pied d'Albarn (par ailleurs occupé avec Gorillaz et son nouveau projet The Good The Bad and The Queen).

Blur ne sera donc sans doute plus jamais comme il était, et Blur est le meilleur moyen de s'en souvenir, juste après les excès Britpop et avant la bizarrerie totale de 13. La différence avec Oasis n'aura alors jamais été aussi claire.

PS : le jour où je publie cet article, Graham Coxon a évoqué pour la première fois un éventuel retour... Affaire à suivre.

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