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1mai/104

Deftones – Diamond Eyes

Quatre ans entre deux albums, c'est une éternité pour certains (en quatre ans, Arctic Monkeys sort trois albums), ou rien grand chose pour d'autres (Tool, évidemment). Dans le cas des Deftones, c'est le délai le plus long jamais enregistré entre deux albums, mais pour une raison hélas assez bonne. Saturday Night Wrist est sorti fin 2006, sous d'excellentes critiques qui louaient en groupe en danger, qui avait profité des difficultés pour se sublimer. Le groupe travaillait sur son nouvel album, l'agressif Eros, quand un accident de voiture envoya le bassiste Chi Cheng dans un coma duquel il n'est toujours pas sorti. Après réflexion, Deftones a décidé de ne pas sortir Eros tant que Chi était absent, et d'écrire un nouvel album reflétant leur état d'esprit. C'est dans ce contexte très particulier qu'il faut placer Diamond Eyes, album d'une nouvelle énergie, d'une nouvelle force de vie... et meilleur Deftones en dix ans.

Aussi cliché que cela puisse paraître, Diamond Eyes est vraiment le son d'un groupe qui s'est retrouvé. Chi est donc absent, remplacé par Sergio Vega (ex-Quicksand), mais ce n'est pas la seule différence visible : le chanteur Chino Moreno a subi une modification physique assez impressionnante, perdant ses (nombreux) kilos en trop pour retrouver une forme proche des débuts, mais aussi une voix : Chino n'a simplement jamais chanté aussi bien. Même s'il était facile de les catégoriser dans le mouvement nu-metal, les 'Tones ont toujours eu quelque chose en plus, et Chino incarne en grand partie ce quelque chose. Personnalité attachante et émotive, fan de Cure et des Smiths, il semblait assez loin des considérations gothico-cocasses de Jonathan Davis ou du rap macho stupide de Fred Durst. Chino approche la dualité de la musique de son groupe à la perfection : ses cris sont toujours perçants et puissants (Royal, Rocket Skates), mais ils sont généralement entrecoupés de passages mélodiques qui voient parfois Chino crooner. Souvent, les deux facettes du personnage se suivent dans une même respiration, rappelant avec plaisir White Pony, pour moi, un de mes albums préférés de tous les temps. Le morceau-titre et introduction de l'album donne le ton, avec des guitares crunchy et un refrain hypermélodique. Le duo Royal/CMND-CTRL est aussi agressif que possible, le guitariste Stephen Carpenter semblant jouer avec des lames de rasoir, mais Chino chante et hurle comme bon lui semble, emmenant deux morceaux apparemment simples vers des niveaux étonnants d'émotion.

On pouvait se douter que l'album posséderait une charge émotionnelle forte, mais rien ne fait directement allusion à la condition de Chi. Cependant, chaque morceau est à fleur de peau, surtout à partir de Beauty School, où la voix de Chino arrive à un niveau littéralement jamais atteint, sur un riff de guitare hypnotique et lancinant. Une des meilleures choses jamais réussies par le groupe, qui place Diamond Eyes dans la catégorie chef d'oeuvre sans hésitation. La suite ne fera que confirmer, que ce soit le mouvementé Prince (où Sergio Vega montre qu'il n'est pas juste un remplaçant), l'agressif et répétitif Rocket Skates ou l'extraordinaire final. Parce que comme White Pony, Diamond Eyes est un album qui s'écoute du début à la fin sans une seconde d'ennui. Il est peut-être l'album le plus "calme" du groupe, il est aussi le plus maîtrisé : outre Beauty School, Sextape et Risk ("I will save your life") atteignent des niveaux inouïs de beauté pure tandis que This Place Is Death conclut magistralement un album passionnant, qui prend aux tripes, qui tire sur la corde de l'émotion sans jamais verser dans l'emo.

Passionnant, parce que Deftones n'a jamais essayé de faire du bruit, de faire un truc du genre "c'est pas juste, notre bassiste n'a rien demandé et il est dans le coma le monde c'est de la merdeAAAARGHHH" alors qu'ils auraient facilement pu le faire, et tout le monde aurait trouvé ça normal. Au contraire, la seconde partie de l'album serait très confuse pour l'auditeur qui se serait arrêté à Around The Fur : pas specialement de passage mosh-friendly, mais beaucoup de sentiments et d'émotion. Chino Moreno, et tout le groupe se place vraiment à part dans le paysage musical contemporain. Un des meilleures groupes metal de l'histoire vient encore de sortir un album extraordinaire. Maintenant, il faut juste attendre que Chi se porte mieux pour enfin entendre Eros, et encore beaucoup, beaucoup d'autres albums : les Deftones sont incapables d'autre chose que l'excellence.

Blip.fm : Royal, Sextape, Prince
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20mar/070

Deftones – White Pony (2000)

WhiteponyUn des premiers groupes nu-metal (avec Korn, qui a débuté à la même époque), Deftones est considéré comme un des plus gros groupes metal actuel (ce qui sera le seul jeu de mot de l'article). Saturday Night Wrist, leur cinquième et dernier album à ce jour confirmait ce fait avec classe. Mais c'est avec White Pony que le groupe a pu passer du statut de groupe metal underground à potentiel vers celui de grand groupe populaire et intéressant. Les deux premiers ne sont pas mauvais, très loin de là, mais ne montrait pas encore ce dont ils étaient capable, ces variations atmosphériques qui sont leur force et particularité.

Feiticeira, le morceau d'ouverture, ne donne pas dans la dentelle, avec son superriff comprimé et un Chino Moreno (voix) qui alterne entre cri primal et chant habité, une schizophrénie qui ne le quittera jamais. Personne d'autre n'est Chino Moreno, personnalité imprévisible (YouTube est plein d'extraits de concerts montrant un Chino complètement bourré, et faisant littéralement n'importe quoi), mais génial. Si l'on excepte peut-être son comparse de douleur introspective Jonathan Davis, personne dans le metal ne chante mieux les tréfonds de l'âme humaine, la difficulté d'exister, le tout avec une pureté et une authenticité remarquables. Et c'est clairement le point fort du groupe : oui, Deftones est un groupe metal, mais qui doit autant à The Cure et aux Smiths qu'à Slayer et Black Sabbath.

La suite immédiate alterne entre calme provisoire et violence non dissimulée. On peut facilement remarquer des influences ambient et new wave, ce qui n'était pas très commun dans le metal de l'époque, peu enclin à être influencé par cette période que certains esprits étroits jugent peu recommendables. Les paroles sont aussi un voyage peu reposant dans l'esprit de Chino Moreno, ou du ses personnages, la différence étant sans doute ténue. Musicalement, aucun des membres n'est à proprement parler un virtuose, mais le but est de créer une atmosphère propre, et pas une simple collection de morceaux. Le but est évidemment atteint, en grande partie grâce aux bidouillages sonores de Frank Delgado.

Teenager pousse cette recherche d'ambiance jusqu'à éliminer complètement la guitare, alors que Korea expose un Chino plus bipolaire que jamais. En parlant de bipolaire, que dire de l'exceptionnel The Passenger, duo somptueux avec Maynard James Keenan, frontman d'un des autres groupes metal inventifs contemporains, Tool. Suit l'encore plus étrange Change (In The House of Flies) - exemple de paroles : "I watched you change / Into a fly" - et l'album peut se clôturer calmement avec Pink Maggit, qui créa assez rapidement une controverse.

En effet, leur label, se rendant compte que l'album ne comptait aucun single potentiel, leur demanda - força - d'écrire un 7 Words, ou un My Own Summer. Et de manière assez flamboyante, Moreno décida d'écrire le morceau le plus facilement commercial de leur carrière. Basé sur les accords de Pink Maggit, Back To School voit Chino rapper à la rap-metal classique, créant un hit alternatif dispensable mais terriblement efficace. Mais même s'il est présent sur certaines ressorties de l'album, Back To School ne fait pas partie de White Pony.

La suite ne sera pas une promenade de santé pour le groupe, confronté aux problèmes personnels de Chino Moreno, dont les différentes addictions le rendent complètement ingérables. Après un album (Deftones) moyen, une compile de faces B et le projet parallèle de Moreno, le groupe a très douloureusement accouché de l'excellent Saturday Night Wrist, et aux dernières nouvelles, la tournée 2007 se déroule très bien.

On ne peut qu'espérer que Chino aille mieux, car son groupe, qui a décroché une place dans la panthéon du metal, peut aller encore bien plus loin. White Pony, bien que très importante, n'est qu'une étape dans la mission de Deftones, rendre le monde tolérable, via une musique organique, personnelle et enivrante.

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16nov/060

Deftones – Saturday Night Wrist

On les croyait morts, les Deftones, minés par le conflit interne imposé par le chanteur, l'imposant (il a triplé de volume en 10 ans) Chino Moreno. Après le semi-échec commercial et critique de l'éponyme quatrième album, Chino décida de quitter le groupe, sans prévenir, durant les sessions d'enregistrment du cinquième. En résulta une grosse tension qui a failli faire éclater le groupe, mais aussi le projet parallèle de Chino (Team Sleep) et une compilation de raretés des Deftones. Quelques mois plus tard, après moults retards, Saturday Night Wrist voit le jour, et surprise : c'est peut-être leur meilleur album à ce jour.

Les Deftones ont toujours compté sur deux éléments pour rendre leur musique unique : la voix de Chino, murmure habité, et les atmosphères musicales, pouvant aller du (très) bruyant au calme, quasi ambient. Et c'est évidemment le cas ici, dès le morceau d'ouverture et premier single Hole In The Earth. L'album est homogène, mais compte sur quelques modificaitons de la formule pour ne pas céder à la facilité : Rapture et Rats! Rats! Rats! comptent parmi les morceaux les plus violents jamais enregistrés par le groupe, Mein voit la collaboration réussie de Serj de System of a Down, et on retrouve même un superbe instrumental dont le titre fera sourire ceux qui comprennent la (semi) private joke (U,U,D,D,L,R,L,R,A,B,Select,Start).

On peut toutefois se demander ce qui Pink Cellphone vient faire au beau milieu de l'album : ce monologue borderline ridicule de Annie Hardy (Giant Drag) n'a pas sa place dans l'album (mais la fin est tordante, si vous avez la version non censurée), mais heureusement la suite vient confirmer ce qu'on pensait déjà : SNW est un des meilleurs album s del'année, tous genres confondus, et se retrouve avec White Pony au panthéon des meilleurs albums métal contemporains. Etonnant, mais vrai.

13oct/050

Deftones – B-Sides and Rarities

En 2005, les Deftones peuvent légitimement être considérés comme des vétérans. Avec Korn, ils sont responsables du bon côté du mouvement nu-metal (avant la période Linkin Bizkit), et comme Korn, ils continuent leur chemin sans trop se soucier du succès commercial. Après quatre albums, le leader Chino Moreno s’est consacré à son excellent projet Team Sleep, et en attendant un nouveau Deftones début 2006, c’est un package cd/dvd auquel on a droit.

Passons rapidement sur le dvd, qui comprend documentaires et clips, pour se concentre sur le cd de raretés. Ce genre d’album n’est vraiment utile qu’en de rares occasions, et sert plus à finir un contrat avec un label plus qu’à autre chose. Ici ce n’est absolument pas le cas, car B-Sides and Rarities montre un côte des Deftones tout à fait méconnu par ceux qui ne connaissent que leurs albums.

Car s’il y a bien une chose que le groupe fait mieux que les autres, c’est bien les reprises. Wax and Wane (Cocteau Twins), Simple Man (Lynyrd Skynyrd), No Ordinary Love (Sade) : trois exemples d’artistes à l’univers musical très éloigné de celui des Deftones, ce qui n’empêche pas ces derniers de complètement se réapproprier les morceaux. Ces trois reprises fonctionnent le mieux, mais on trouve aussi du Duran Duran, Smiths, Cure ou Helmet.

Ensuite, on retrouve quatre morceaux d’album arrangés différemment : sans vraiment être cruciaux, on peut toujours apprécier ces versions, tout en préférant les originales. Enfin, deux inédits complètent le disque, dont un morceau rapcore avec B-Real (Cypress Hill).

Que du bon, voire du très très bon : la voix de Chino Moreno fait des merveilles, et est d’une finesse jamais entendue dans le metal, alors que le groupe se met toujours au service de la musique, sans jamais sombrer dans le bourrinage classique.

On regrettera juste quelques étranges omissions, comme une reprise de Weezer dont le groupe est spécialiste, voire quelques raretés connus des fans.

Ceci dit, B-Sides and Rarities reste un album exceptionnel, et qui, quand on connaît bien le groupe, n’est finalement pas si surprenant que ça.