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31déc/090

Nirvana – Live At Reading


Des concerts légendaires, il y en a eu quelques uns, des albums live aussi. La prestation de Nirvana au festival anglais de Reading, en 1992 peut maintenant prétendre à ces deux catégories. À ce moment, Nirvana était en pleine préparation d'In Utero, et la tournée européenne qui les emmena en Angleterre fut moins mouvementée que celle de l'année suivante, qui se termina par une overdose de Cobain à Rome. Résultat, ce concert, bootleggé à maintes reprises mais donc seulement officiellement sorti cette année, reprend l'intégralité de Nevermind (sauf Something In The Way), des extraits de Bleach et Incesticide, deux reprises (les classiques protogrunge The Money Will Roll Right In de Fang et D7 des Wipers) et des futurs morceaux d'In Utero, notamment Tourette's et All Apologies. Le setlist est donc totalement irréprochable, débutant avec Breed et étalant classique sur classique, des morceaux qui ont gardé, presque vingt ans après, toute leur puissance et pertinence. On peut d'ailleurs remarquer le relatif manque de cohérence du setlist, qui alterne sans s'en soucier morceaux assez hard et d'autres plutôt lents, parfois en 5 minutes (About a Girl - Tourette's - Polly). De même, Smells Like Teen Spirit est juste balancé en plein milieu, sans être mis en avant pour un sou.

Musicalement, on n'est pas censé s'attendre à ce que le groupe soit techniquement parfait, c'est bien une pure énergie punk qui les animait. Alors, oui, Cobain rate quelques notes, mais si quelqu'un retient cela de l'écoute de l'album, je le plains de toutes mes forces. Il en profite pour lancer quelques antisolos fantastiques ; même s'il est bon ton de critiquer Nirvana pour 36 raisons, c'est en fait futile et totalement stupide, Cobain était un génie, et comme tous les génies, il a effectivement volé quelques trucs à ses prédecesseurs ("Talent borrows, genius steals", disait Oscar Wilde). Novoselic et Grohl tiennent la baraque avec une section rythmique surpuissante et précise. Novoselic n'est plus vraiment actif dans le milieu musical (il est animateur social et politicien à Seattle) mais bien sûr, Dave Grohl allait devenir une icone à son tour, grâce au succès public des Foo Fighters (au départ son projet solo) et surtout son statut de batteur fantastique au sein de Queens of the Stone Age (Songs for the Deaf) et récemment Them Crooked Vultures.

Live at Reading est un témoignage fabuleux d'un groupe qui fut un des plus importants de l'histoire du rock, dont les influences se font toujours ressentir actuellement. Il souffre toutefois d'un défaut assez stupide : la durée du concert original (1h25) ne permettant pas de le caser sur un cd (et aurait été trop court pour un double), on a décidé de couper les interventions entre les morceaux, donnant l'impression (pas désagréable mais fausse) d'un concert sans pause, mais aussi créant quelques incohérences. Pire, leur tout premier single, Love Buzz, est carrément passé à la trappe. Même s'il n'existait sans doute pas de solution parfaite pour le cd, il est étonnant de constater que le concert complet n'est pas disponible en téléchargement légal, mais uniquement sur le DVD. Autrement dit, pour avoir légalement le concert complet, il faut acheter le dvd et passer un petit bout de temps (si l'on possède les compétences techniques) à extraire les pistes audio pour en faire, par exemple, des mp3. Et après, on s'étonne...

20fév/080

Nirvana – Nevermind (1991)

folderChaque génération a son moment. Voici le mien. Nirvana n'est pas le meilleur groupe de tous le temps, a pas mal plagié à droite et à gauche, mais a réussi à toucher profondément un nombre incalculable d'adolescents de l'époque, pour qui la première vision du clip de Smells Like Teen Spirit restera un des moments les importants de leur vie.

C'est, on le sait, Smells Like Teen Spirit qui ouvre Nevermind. Que dire qui n'a pas été dit et redit, de l'intro légendaire (peut-être, mais sans doute pas, empruntée à Boston), aux paroles qui exprimaient l'angoisse, la peur à la perfection en passant par la brutalité de la production, crue, minimaliste. Derrière les fûts, pour la première fois chez Nirvana, un certain Dave Grohl, qui deviendra ironiquement un plus grande star que Kurt Cobain l'aura été de son vivant. Parce que, qu'on le veuille ou non, Nirvana, c'est Cobain.

Il n'était peut-être pas un grand chanteur, ni un virtuose de la guitare. Mais il a réussi à faire passer ses sentiments, son âme, à travers de son oeuvre, et peu de musiciens auront réussi à la faire à ce point. La ligne mélodique de Come As You Are est un bon exemple : extrêmement simple, augmentée par un leger effet, elle reste une des mélodies les plus reconnaissables des années 90. C'est d'ailleurs cet effet qui donne un étrange sentiment de malaise, amplifié par le chant décharné de Cobain.

Nevermind n'est pas loin d'être l'album parfait. Il n'y a en tout cas rien à jeter, et plus de quinze ans après, il sonne toujours très frais. Le génie, car génie il y a eu, de Cobain a été d'allier musique puissante, aux influences punk/metal/hardcore à une sensibilité pop : on se souvient des morceaux de Nirvana parce que les mélodies rentrent en tête et n'y sortent plus jamais, en tout cas pour Nevermind. Oui, il s'est fortement inspiré, pour ne citer qu'eux, des Pixies. Mais, aussi immense puisse être la bande de Black Francis, Nirvana était le groupe du peuple. Et lls auront réussi à amener un type de musique peu commerciale à ce peuple, qui en redemandera pendant des années.

Nevermind comporte toute une série de morceaux cinglants, et assez violents, même si tout est relatif : il est probable qu'il aura servi de porte d'accès aux influences de Cobain, comme Black Flag ou Hüsker Dü. Reste que l'album est somme tout assez modéré, à l'exception de Territorial Pissings : Cobain changera tout ça avec le suivant (et dernier) In Utero. Breed allie à la perfection les considérations punk et pop, les yeah yeah yeahs du refrain rappelant une des autres influences majeures de Cobain , les Beatles. Sur le plan des paroles, les psys amateurs pouvaient déjà s'y donner à coeur joie, comme sur Lithium : “I found my friends / They're in my head / I shaved my head / But I'm not sad”.

L'album se clôture avec Something In The Way, musicalement calme mais atmosphériquement intense, et résumant somme toute bien Nevermind : un disque dense, qui n'a pas nécessairement besoin d'exprimer sa violence pour la faire ressentir. Tous les thèmes présents ici seront redéfinis pour In Utero, où l'âme de Cobain sera définitivement mise à nu. Les prémices du chef d'oeuvre de Kurt Cobain sont ici, et resteront à jamais inoubliables.

Breed
 

Remplis sous: Retro Aucun commentaire
18nov/050

Nirvana – Sliver : The Best Of The Box

Moins on parle de cet album, mieux c’est. Je ne fais pas partie du hate club de Courtney Love, mais bon, quand même… Cet album est une compilation 1 CD du boxset de raretés qui est sorti il y a pile un an. Les meilleurs morceaux n’ont même pas été sélectionnés, et les seuls avantages de l’album sont la pochette, apparemment choisie par la fille de Kurt et Courtney, et trois inédits, dont le plus intéressant est Spank Thru, issu d’une des premières démos du groupe, la légendaire Fecal Matter. Mais bon, pas de quoi en faire un plat, surtout que le son est atroce. Les fans ont déjà le coffret, et on se demande à qui profite Sliver. Enfin, non, ça, on le sait…

20nov/040

Nirvana – With the Lights Out

Tout au long d'une courte carrière, Nirvana a accumulé les performances radio obscures, les inédits divers et variés, jamais sortis officiellement. Des firmes de CD douteuses, puis plus démocratiquement Internet ont permis de publier ces raretés (grâce au coffret Outcesticide, huit albums de raretés, mais jamais sorti officiellement et pâtissant d'une qualité sonore très moyenne), mais la sortie officielle d'un coffret était prévu depuis longtemps (décembre 2001). Des démêlés juridiques opposant les membres survivants (Dave Grohl et Krist Novoselic) à Courtney Love ont repoussé la sortie du coffret, jusqu'à ce lundi.

Trois albums et un DVD le composent, c'est forcément moins qu'Outcesticide, mais on profite d'une qualité de mastering professionnelle et d'une sélection plus qualitative que quantitative. With The Lights Out est arrangé de manière chronologique, commençant par un morceau d'histoire : une reprise (très brouillonne) de Heartbreaker (Led Zeppelin) capté lors de leur tout premier concert, en 1987. Le reste du coffret oscille entre prestations radio d'originaux souvent inédits et de reprises (quatre reprises de Leadbelly, une du Velvet, et quelques autres) à la qualité sonore fort variable, démos, faces B et autres raretés. Le tout est plus que satisfaisant, car on y trouve pas mal de perles, dont l'excellent Sappy/Verse Chorus Verse et le légendaire I Hate Myself And I Wanna Die, où la prose ironique de Cobain atteint son paroxysme. Certains morceaux sont par ailleurs totalement inédits, et même si parfois, on ne dépasse pas le stade de l'anecdote voire du limite écoutable (le coffret fait de temps en temps penser aux Anthologies des Beatles), la qualité est souvent présente. De même, les morceaux solos acoustiques de Cobain (certains enregistrés très sommairement dans sa chambre) sont souvent très chargés émotionnellement, et l'auditeur s'en trouve parfois limite gêné par tant d'intimité.

On assiste aussi à la naissance de certains morceaux connus : les démos de Drain You, Aneurysm, Heart-Shaped Box entre autres, et surtout celle Smells Like Teen Spirit, comparée plus loin avec le mix de Butch Vig ; et le coffret se termine sur la dernière session d'enregistrement du groupe, à Rio (en découlera le "nouveau" morceau You Know You're Right, présent sur leur best of et ici en version acoustique), quelques mois avant le suicide de Kurt Cobain, icône d'une génération, songwriter extraordinaire, personnalité irremplacable et irremplacée du monde artistique contemporain. Á conseiller à tous les amateurs, mais pour les autres, ça reste tout de même dans le domaine de la curiosité.