Music Box This is my music box, this is my home

24oct/102

Soundgarden – Telephantasm

Telephantasm

L'information a peu circulé, mais elle est pourtant authentique. Quand Chris Cornell a tweeté, le 1er janvier 2010, que "The Knights of the Sound Table ride again", la réunion de Soundgarden n'avait pas dépassé le stade embryonnaire. La déclaration était très prématurée, le groupe s'était juste réuni pour discuter sortie d'un album de raretés, voire d'un coffret. Cornell, dont la carrière était devenue la risée de tous, aura pourtant atteint son but : tout le monde a pris la déclaration comme officielle (Cornell s'est défendu en assurant qu'il parlait juste du fan club de Soundgarden), et petit à petit, le groupe s'est laissé convaincre par l'intérêt d'une reformation.

Soundgarden n'est jamais que, grosso modo, le 137e groupe des nineties à se reformer. Mais presque un an après l'autoscoop de Cornell, la situation de Soundgarden est bien différente de, disons, Stone Temple Pilots ou Faith No More. Trois concerts et rien de concret de prévu, ni sur scène, ni sur disque. La faute au batteur Matt Cameron, qui a rejoint Pearl Jam en 1999 et a prévenu dès le départ qu'il jouerait avec Soundgarden entre les tournées et sessions de Pearl Jam, ce qui laissait donc une douzaine de jours par an. A moins que Pearl Jam entame une longue pause dans leur carrière (ce qui n'est jamais arrivé en vingt ans), il est donc probable que Soundgarden ne se relance pas vraiment. Telephantasm, leur première compilation représentative, est censée nous dire si on doit le regretter. Contrairement à A-Sides (1997), disque hâtivement compilé suite à leur séparation, Telephantasm tend à être un aperçu complet de la carrière d'un des quatre titans de Seattle. Exactement comme A-Sides, Telephantasm n'y arrive que par moments, laissant au final un sentiment de gâchis et de travail mal fait.

Pourtant, ça commence bien, avec carrément un morceau d'histoire : All Your Lies est extrait de ce qui est une de deux compilations fondatrices du grunge (il fallait bien que je sorte "le" mot), Deep Six, sortie en 1986. Le premier morceau de bravoure est Beyond the Wheel : Kim Thayil réinvente Black Sabbath, alors que Chris Cornell sort une performance vocale absolument époustouflante. Beyond the Wheel, comme la majorité des deux premiers albums du groupe (Ultramega OK et Louder Than Love) est résolument anti-commercial, lourd, puissant et terriblement impressionnant. C'est simple : personne n'a jamais chanté comme ça. Malheureusement, Telephantasm n'inclut que quelques morceaux de cette époque, dont le parodique Big Dumb Sex et une version live assez pourrie de Get on the Snake. Ce sont là les deux défauts de la compile, on en parlera.

Badmotorfinger sort en 1991, et là, évidemment, on rigole moins. 1991, c'est en même temps le début du grunge, et sa mort. En quelques mois, outre Badmotorfinger, sort Ten (Pearl Jam) et Nevermind (Nirvana), le grunge passe à la tv, Vedder se suspend aux échafaudages, Cobain devient le symbole d'une génération, Staley attend son heure et Weiland affute sa VHS. Pour Soundgarden, c'était le début de la seconde étape, celle de l'accessibilité. Les deux premiers albums étaient bien trop tordus pour pouvoir se vendre, et Badmotorfinger, probablement leur chef d'oeuvre, allait commencer à changer ça. Room A Thousand Years Wide montre le ton, un son moins brutal, plus mélogique, plus "écrit". La voix de Cornell devient plus enragée, mais le groupe ne quitte pas la bizarrerie pour autant, avec un coda de trompette et saxo, qui fait que, comme souvent, le morceau se traîne en longueur.

Rusty Cage sera le premier hit du groupe, et a même connu les honneurs d'une reprise par Johnny Cash. Thayil n'en avait évidemment pas besoin, lui qui maîtrisait, à ce moment, la science du riff et du son parfait, aussi exprimé dans le sec Outshined et le flamboyant Slaves and Bulldozers. C'est lourd, mais totalement écoutable. C'est aussi fantastique. Malheureusement, Jesus Christ Pose est présent en version live, à son détriment. Pour différentes raisons, Soundgarden n'a jamais sonné aussi bien live qu'en studio, à l'exception possible de Matt Cameron. L'époque Badmotorfinger se termine avec le quasi hardcore Birth Ritual, présent sur la légendaire BO de Singles, et l'"inédit" passable Black Rain, qui clôture le second disque.

On peut donc passer à l'explosion commerciale. MTV, à l'époque, était le media de base pour vendre du disque, il fallait donc faire de beaux clips. Voici donc Black Hole Sun, qu'on ne présente plus. En plein dans la période obsessionnelle Beatles de Cornell, BHS est un morceau passable mais qui décroche la lune à ses auteurs, et leur plus gros hit, leur "belle" chanson. Les autres extraits de Superunknown sont moins soft, mais aussi moins aventureux que ce qui précède, tout en restant tout à fait appréciables, surtout My Wave et Spoonman. On peut quand même se demander pourquoi Let Me Drown a été omis de la compile, mais il faut toujours faire des choix. Comme celui d'avoir pris l'inférieure version vidéo de Fell On Black Days.

Et puis, la merde a atteint le ventilateur. On pouvait déjà le pressentir : le talent de Soundgarden, ce qui les rendait unique (en gros, un guitariste qui faisait passer Tony Iommi pour un jazzman et un chanteur qui pouvait surpavarotter Pavarotti), se diluait petit à petit. Et alors que leurs contemporains connaissaient des fortunes diverses, Soundgarden s'est mis dans le soft rock chiant, avec un chanteur plus proche de Céline Dion que de Robert Plant. Down on the Upside est un chant du cygne indigne de la légende du groupe, et Telephantasm aggrave encore le cas, en choisissant des versions live boîteuses, dont un Pretty Noose carrément horrible. La séparation du groupe était aussi logique qu'inévitable.

Telephantasm donne une impression mitigée, limite désagréable. Oh, les morceaux sont bons (surtout le premier disque), mais les deux gros défauts de la compile (surreprésentation de la seconde période, présence de versions live foireuses) pourraient faire croire que Soundgarden était le groupe surestimé du Big Four de Seattle. Pendant ce temps, Alice in Chains nous a fait le coup du phénix, Pearl Jam vieillit avec grâce et Nevermind n'a pas pris une ride.

Spotify : Telephantasm

18sept/100

Video : Soundgarden – Black Rain

Non seulement Soundgarden revient (bien que leur réunion ne semble pas aller très loin), mais en plus ils nous rappellent la tradition des vidéos, qui nous ramène à une époque où MTV en diffusait. Réalisé par le créateur de Dethklok Brendon Smalls, le clip de Black Rain, outtake de Badmotorfinger et inédit de la compile Telephantasm (on en reparlera) est assez over the top et montre une version cartoon de Soundgarden qui défend le monde contre des méchants et gros aliens. La bataille se termine avec le groupe qui conduit une sorte d'hybride Iron Man/Goldorak, pourquoi pas.

Bon, la promo pour Guitar Hero (les exemplaires initiaux de la prochaine itération du jeu offriront Telephantasm) est assez naze, mais non seulement ça fait bizarre d'écouter un "nouveau" Soundgarden en 2010, mais encore plus de voir une bonne vieille vidéo.

Voici la madeleine.

Remplis sous: Tracks Aucun commentaire
3jan/100

Deux de plus : reformation de Soundgarden et Hole (1)

Le but de ce blog n'a jamais été d'apporter des news, d'autres le font mieux et bien plus rapidement. J'aimerais toutefois apporter un commentaire aux deux nouvelles qui ont fait débuter 2010 sur les chapeaux de roues, à savoir le retour de deux groupes cultes du rock alternatif des 90s, Soundgarden et Hole.


Ce type de nouvelle parle forcément aux gens de la génération qui a grandi au son de tout ce qui sortait de Seattle. J'avoue que Soundgarden était sans doute le groupe que j'aimais le moins du "Big 4" (avec Alice in Chains, Nirvana et Pearl Jam), notamment parce qu'ils ont commencé un peu plus tôt (1984), et comme j'ai pris le train en marche, ils n'ont pas vraiment pu être "mon" groupe. De plus, j'ai souvent eu du mal à apprécier les acrobaties vocales parfois exagérées du frontman Chris Cornell. Soundgarden était toutefois un groupe fantastique, aux influences classic rock/metal/punk, avec un côté Led Zep fortement marqué.


Soundgarden a connu un certain succès commercial, surtout grâce à Black Hole Sun, dont la vidéo surréaliste fit les beaux jours de MTV. Puis, quelques années après, suite à un album flop et les classiques disputes internes (surtout entre Cornell et le guitariste Kim Thayil), Soundgarden est devenu le premier (et seul à ce jour) du Big 4 à se séparer. Thayil et le bassiste Ben Shepherd se sont fait discrets, par contre, le batteur Matt Cameron est devenu membre de Pearl Jam en 1999. Reste le cas Cornell...

On connaissait la propension du gars aux prouesses vocales parfois peu justifiées (dans le genre je fais ma Céline Dion quand je veux), mais il reste un excellent vocaliste et (surtout?) compositeur. Au cours des 10 dernières l'années, l'ami Cornell s'est un peu perdu. Le tout a commencé avec un album solo tiède (Euphoria Morning) puis par un nouveau groupe, Audioslave. L'idée pouvait être intéressante (Cornell + les trois musiciens de Rage Against The Machine) mais la collaboration a vite perdu tout intérêt, au point que pour le second album, ils jouaient autant de reprises (Soundgarden et RATM mais pas seulement) que d'originaux, et pour le troisième, ils n'ont même pas bougé de chez eux.

Un retour prévisible

Cornell s'est barré d'Audioslave avec fracas, a sorti un second album solo embarrassant et un thème de James Bond très oubliable, avant d'avoir l'idée farfelue de se la jouer RnB et de se faire produire par Timbaland. Le résultat, Scream, fut tellement ridicule qu'il n'avait plus qu'une seule option pour relancer sa carrière.

Les rumeurs se sont accentuées, notamment lorsque tout le groupe (sans Cornell) a rejoint un concert organisé par Tom Morello pour jouer trois morceaux de Soundgarden avec Tad Doyle au chant, ou lorsque Cornell a rejoint Pearl Jam pour chanter Hunger Strike (de Temple of the Dog, soit à l'époque deux Soundgarden et trois Pearl Jam), avec la présence backstage des deux autres membres. Officiellement, on ne parlait que d'un album de raretés, voire d'un boxset mais nous avons finalement droit à une véritable réunion.

Pas plus d'info en ce moment, si ce n'est un site internet (www.soundgardenworld.com) qui ne mentionne rien d'autre que la fin du "break" (tiens, il semble me souvenir que la réalité était autre...) du groupe, sans mentionner de plans, mais on sait que les festivals européens sont friands d'anciennes gloires qui reviennent, et ils offrent généralement un paquet de fric qui est, il faut l'accepter, la raison principale de cette vague de comebacks plus fracassants les un que les autres.

Matt Cameron et Pearl Jam

On aura l'occasion de reparler de tout cela. Une grande question demeure : quid de Matt Cameron? Une bonne année après la séparation de Soundgarden, Pearl Jam perd son batteur Jack Irons avant la tournée Yield de 1999. Cameron était évidemment proche du groupe (il était d'ailleurs le batteur de leur toute première démo, celle qui a été envoyée à un surfer de San Diego appelé Eddie Vedder pour qu'il y pose sa voix), et a accepté de faire la tournée.

Ce qui ne devait être qu'un interim s'est transformé en CDI, et Matt Cameron est maintenant membre de Pearl Jam depuis onze ans, ce qui est plus que le total de leurs trois premiers batteurs. Même si l'actualité de Pearl Jam devrait être relativement calme en 2010, ils ont une tournée européenne planifiée à un moment où Soundgarden aurait pu tourner, en plein été. Il n'y a forcément que trois solutions : Cameron quitte Pearl Jam pour rejoindre "son" groupe, et Pearl Jam trouve quelqu'un d'autre, avant ou après la tournée (peu probable, vu la place occupée par Cameron au sein de PJ), Cameron choisit de ne pas participer à la réunion de Soundgarden (aussi peu probable, même si l'annonce officielle de la reformation n'a pas précisé les membres du groupe) ou alors, Cameron trouve un moyen de s'organiser pour gérer les deux. Je pense que cette solution est la bonne : Pearl Jam n'a rien de prévu avant l'été (si ce n'est un concert one-off à New Orleans), ce qui laisse du temps à Cameron pour répéter avec Soundgarden, et après les deux semaines de PJ en Europe, il pourra y retourner.

Qu'en penser?

Cornell n'avait pas vraiment d'autre choix que de réactiver son ancien groupe, de plus, la mode actuelle des reformations des anciennes gloires des années 90 est toujours très lucrative, surtout en Europe. Musicalement, c'est une autre histoire. Cameron est bien ancré chez PJ, Thayil a, quant à lui, travaillé avec Sunn 0))). On sait que la voix de Chris Cornell n'est plus ce qu'elle était, mais soyons un minimum honnête : il est impossible qu'elle n'ait pas changé avec le temps, comme celle d'Eddie Vedder, par exemple. Cependant, il me semble peu probable que la réunion soit un échec, notamment parce qu'ils ont eu le temps de réfléchir du bien fondé de l'opération, et que les musiciens sont assez talentueux pour offrir une bonne performance. Sera-t-elle au niveau de Faith No More, dont les shows de réunion de l'an dernier furent souvent extraordinaires, cela reste à prouver. Mais on le saura dans le courant de cette année, peut-être lors des festivals européens de fin d'été.

Quant à l'éventuel nouvel album, je suis toujours partagé. D'un côté, on a la crainte légitime de sortir un album qui n'est pas du même niveau que les précédents (raison pour laquelle les Pixies, cinq ans après leur retour, n'ont toujours pas de nouveau matériel) mais de l'autre, un retour au but uniquement nostalgique perdrait vite de son intérêt artistique. Alice in Chains a réussi à revenir avec un nouvel album excellent, même si très profondément ancré dans "leur" époque.

Soundgarden en 1997


Mais chaque chose en son temps : maintenant, c'est simplement le moment de se réjouir du retour d'une des icônes des années 90, et/ou se plaindre du fait que tout ça, c'est juste une affaire de pognon.

En parlant de pognon, je vous parle de Hole la prochaine fois...

Remplis sous: Articles Aucun commentaire