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31déc/110

Mon année 2011, dernière partie + playlist Spotify

Voilà, 2011, c'est (presque) terminé. Encore deux petites choses avant de clôturer cette année, la huitième de Music Box. D'abord, je n'ai absolument pas pu/voulu classer mon top 5 de l'année, qui apparaît donc ici par ordre alphabétique. Pourquoi? D'abord parce que, comme déjà écrit auparavant, je n'aime pas la compétition, les classements et les listes, mais aussi parce que chacun des cinq albums qui suivent ont tous été, à un moment donné, mon album préféré de l'année.

Ensuite, j'ai compilé un (une?) playlist Spotify avec cinquante morceaux qui résument assez bien ce qui a été cette année, pour moi. Ici aussi, les morceaux sont présentés alphabétiquement, donc le mode aléatoire est très chaudement recommandé.

Voici donc mes cinq albums préférés de l'année. See you next year!

Arctic Monkeys - Suck It And See

Oui, j'aime peut-être Arctic Monkeys un peu trop. Et alors? Je constate que depuis leurs débuts fracassants, ils n'ont jamais cessé d'évoluer, et leur quatrième album est peut-être leur plus cohérent, à la croisée des trois précédents et d'un sens mélodique inné. On n'oubliera pas d'évoquer non plus les prouesses lyriques d'Alex Turner, pour qui le cliché "meilleur parolier anglais depuis Morrissey" est probablement exact, mais sans oublier l'évolution tout aussi constante des musiciens. On connaissait déjà ce que le batteur Matt Helders était capable de faire, on découvre ici encore un peu plus les lignes de basses complexes et maîtrisées de Nick O'Malley. Puisqu'il faut trouver quelque chose, on regrettera peut-être la présence du stupide Brick by Brick, mais Arctic Monkeys n'en a jamais fait qu'à leurs têtes, et placer un tel morceau comme premier extrait de l'album quelques mois avant sa sortie, était une nouvelle tentative, réussie, de brouillage de pistes. Rarement un groupe aura été aussi bon après quatre albums (Standing on the Shoulder of Giants?), et le groupe ne semble pas vouloir s'arrêter en si bon chemin. Probablement le meilleur groupe rock moderne actuel.

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The Joy Formidable - The Big Roar

J'ai écouté The Joy Formidable par curiosité, après avoir lu une comparaison avec Nirvana et My Bloody Valentine. Étrangement, la comparaison est valable : le power trio gallois alliant la puissance brute des premiers avec le maelstrom sonore des seconds. Mais ils sont bien plus que ça, que ce ne soit que grâce à la personnalité et la voix de la minichanteuse Ritsy Bryan. Un premier album très abouti, puissant et confiant, qui donne beaucoup d'espoir dans un avenir pourtant semé d'embûches. Mais ça, ils le savent probablement très bien. En attendant le syndrome du second album, le premier a bien mérité sa place cette année. Puis, Dave Grohl aime bien, qui suis-je pour le contredire?

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J Mascis - Several Shades of Why

J Mascis est un des plus fantastiques guitaristes de tous les temps, et je n'essaierai même pas d'argumenter. Il joue aussi très très fort. Quand on a su qu'il sortait un album solo majoritairement acoustique, on pouvait se poser des questions. C'était sans compter sans l'autre énorme talent de J : sa voix. Sous-évaluée derrière sa cape de guitar hero, elle est capable de transporter au moins autant d'émotions que sa Fender Jaguar. Et quand Mascis utilise ces deux talents au service de chansons superbement écrites, et parfois relevées de collaborations aussi efficace que discrètes (Kurt Vile, Ben Bridwell, Kevin Drew), on arrive sans peine à un des plus beaux albums de l'année, et un des plus chargés en émotion. Tout cela (presque) sans guitare électrique...

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Wild Flag - Wild Flag

Un nouveau groupe qui envoie toutes guitares dehors des mélodies somptueuses et des morceaux très entraînants. On ajoute à cela une alternance entre les deux vocalistes qui empêche toute lassitude, et on arrive à un des meilleurs premiers albums de l'année. Mais alors, pourquoi est-ce qu'on n'a pas encore plus parlé d'un groupe qui semble être une valeur à suivre pour l'avenir du rock? Probablement parce que même s'il s'agit du premier album de Wild Flag, ses membres ne sont pas inconnus du tout, ayant sévi dans Sleater-Kinney (Carrie Brownstein et Janet Weiss) ou encore Helium (Mary Timony). Qu'importe, Wild Flag nous a tout simplement livré un des meilleurs albums de rock de l'année. Oui, c'est sans doute assez classique, elles ne réinventent pas la roue, mais elle n'a jamais eu besoin d'être réinventée non plus. Le ton des guitares est fantastique, la batterie percutante, et comme pour Sleater-Kinney, il n'y a pas de basse mais un clavier qui ajoute une dimension supplémentaire (mais discrète) au son. Et ça fait beaucoup du bien. Rock 'n roll is dead, right? RIGHT?

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Yuck - Yuck

Bon, je plaide coupable. I'm a child of the nineties, et tout ça, c'est exactement le piège dans lequel je peux tomber. Dinosaur Jr, My Bloody Valentine, Pavement, Teenage Fanclub et j'en passe, Yuck ne fait que recopier tout ce que leurs ainés ont fait. Suicide Policeman est la plus belle chanson qu'Elliott Smith n'a jamais écrit, Operation est quasi une reprise de Teen Age Riot. Mais ils le font si bien, avec une production lofi pourrie et une guitare Mascisesque à souhait, que je ne peux rien leur reprocher. L'avenir nous dira si leur attitude slacker et leur collection de vieilles pédales pourries ne sont que des gimmicks opportunistes, mais ici et maintenant, c'est un de mes albums préférés de l'année, et un de ceux que j'ai le plus écouté.

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28jan/110

The Joy Formidable – The Big Roar

Nous vivons, ici, maintenant, une période cruciale dans l'évolution du rock. Une fois de plus, on annonce sa mort. Et une fois de plus, une kyrielle de magazines et webzines vont sauter sur l'occasion pour prouver le contraire, comme en 1991 (avant Smells Lile Teen Spirit) ou en 2001 (avant Is This It). Récupération commerciale, certes, mais qui a un gros avantage : faire sortir de l'ombre des groupes qui font une musique "à guitares" pouvant maintenant faire la couverture du NME (et la frontpage de Pitchfork). J'en ai d'ailleurs fait, presque par hasard, un thème récurrent sur le Tumblr de Music Box. Bien qu'il soit toujours très délicat de prédire le succès d'un groupe (quand j'ai vu Matthew Bellamy, avec 200 personnes, se cacher derrière le micro de l'Orangerie du Botanique bruxellois, je n'imaginais pas ce qui allait se passer quelques années plus tard), si je devais miser un euro sur un gros succès futur, ce serait sur The Joy Formidable. Bien que leur premier album, The Big Roar, soit bien meilleur que Showbiz ou Parachutes.

Même si leur son est énorme, TJF ne compte que trois membres, un power trio tout ce qui a de plus classique, emmené par la chanteuse/guitariste Ritzy Bryan. Comment arrivent-ils à sonner comme si My Bloody Valentine écrivait pour Nirvana (ou le contraire) reste un mystère, mais on n'a pas spécialement envie de l'élucider. Pour un premier album, The Big Roar est étonnant. Autant à l'aise dans les morceaux longs et sinueux (l'initial The Everchanging Spectrum of a Lie) que dans le post-grunge furieux de The Magnifying Glass, TJF écrit aussi des mélodies somptueuses, des refrains entêtants et des passages instrumentaux totalement maîtrisés, notamment grâce à une section rythmique qui permet à la voix de Bryan de respirer. Oh, et le batteur sonne comme Dave Grohl. La voix, donc. La voix de Ritzy Bryan, parfois angélique (hello, Kim Deal et Tanya Donnelly), parfois inquiétante, lorsqu'elle détache chaque syllabe (A Heavy Abacus), mais toujours accrocheuse, sans jamais être irritante (ce ne sera donc pas les nouveaux Muse).

On a donc beaucoup comparé le groupe à Nirvana, ce qui n'est pas trop faux, mais pas non plus très représentatif. Par contre, ils semblent hériter de My Bloody Valentine le sens inné du bruit comme atout artistique. Sans jamais arriver dans dans l'excès, ils aiment envelopper leurs mélodies de murs de guitares puissantes, envoûtantes et ensorcelantes, comme on peut l'entendre dans le coda de Whirring, final de concert rêvé, sans être la section holocauste de Shields et Butler. Chaque morceau pourrait être un hit, du gimmick immédiat de Austere à l'Arcade Fire I Don't Want to See You Like This, en passant par le refrain invraisemblable de A Heady Abacus : vous vous imaginez, dans une plaine de festival, à scander le mot "abacus", vous? On le fera, pourtant.

La première moitié de l'album est une superposition de hits comme on a rarement entendu dans un premier album. Definitely Maybe, Is This It, Whatever People Say I Am That's What I'm Not? Ouaip, The Big Roar est de ce genre-là, en plus fort, plus ambitieux, plus original, plus varié. Whirring conclut la face A, une pop song parfaite engluée dans un mur de son délicieusement noisy, avant de se transformer en monstre prodigieux de puissance sonore, allant même jusqu'à incorporer des beats death metal. Vraiment, vraiment impressionnant.

La seconde moitié fait un peu retomber la pression, et accorde un peu plus de place à l'expérimentation, comme l'intro très The XX de Buoy, qui laisse toutefois place à une guitare fuzz plus familière, alors la voix de Bryan se retrouve assez peu mise en avant dans le mix. Plus discrète que la face A, cette partie du disque n'est pas inférieure pour autant : Chapter 2 est leur morceau le plus... Nirvanesque, allez, alors que Llaw=Wall offre au bassiste Rhydian Dafydd (oui, ils sont gallois, mais si j'en avais parlé, j'aurais été obligé de dire qu'ils étaient les nouveaux Manics) l'occasion de pousser la vocalise tout à fait décemment. Mais ils ne savent sans doute pas (et tant mieux) s'empêcher d'écrire des tubes en puissance : Cradle (ce que Bryan fait vocalement sur ce morceau prouve qu'elle est une mégastar en puissance) et le final The Greatest Light is the Greatest Shade sont facilement l'égal de n'importe quel morceau trouvé plus tôt sur l'album.

Il faut vraiment chercher loin pour trouver des faiblesses à un album forcément imparfait, mais tellement enthousiaste et novateur, intéressant et simplement excellent qu'il serait idiot de s'y attarder. On ne sait pas si The Joy Formidable connaîtra effectivement la carrière de groupe de stade que d'aucuns promettent. On ne sait pas non plus s'ils vont sauver le rock 'n roll. On sait juste que le rock 'n roll n'a pas besoin d'être sauvé, et que The Joy Formidable a sorti un des meilleurs albums de 2011, sans le moindre doute.

Spotify :  The Joy Formidable - The Big Roar