On est donc dans le domaine du « for real », et ça s’entend tout de suite, avec l’accent East London à couper au couteau, à la vulgarité des paroles (par rapport au vocabulaire de B, Eminem est un prof de maternelle) mais aussi et surtout aux thèmes limites glauques (adolescentes enceintes, viol, avortement, violence, haine du beau-père, …). Dans Mama, le narrateur exprime son immense amour pour sa mère, tout en désirant tuer son mec, accro au crack. Réminiscence d’Eminem ici aussi, sauf qu’au lieu des beats acérés de Dre, on a des riffs loopés de guitare acoustique.
L’album reste fidèle à ces différents thèmes, ce qui fatigue à la longue, mais permet de ne pas déforcer le propos. Le meilleur moment de l’album arrive vers la fin, avec No More Eatin’, ou Plan B réveille l’esprit de Zack de la Rocha, et livre une prestation littéralement inoubliable de rage et de violence contenue.
Très bon premier album, certainement un des albums hip-hop les plus efficaces de l’année, et peut-être le plus vrai, à mille lieues des artifices de Pharrell et de la folie baroque d’OutKast. Il est vrai qu’il pâtit un peu des défauts du genre, mais on pardonnera, tout en attendant avec impatience l’évolution d’un jeune artiste très prometteur.

C’est peut-être difficile à croire, mais il fut un temps au Placebo ne sortait pas des morceaux ennuyeux, des albums inutiles et des concerts moyens. Il fut un temps où Placebo ne vendait pas des albums par camions, où il n’était pas un des plus gros groupes d’Europe. Il fut un temps où Placebo était excellent.

