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Novembre 2013

Les sorties, c’est plus ou moins fini pour 2013. On n’a maintenant presque plus que les ressorties et les compiles traditionnelles de Noël, et cela sera encore pire en décembre, qui sera quasi vierge de nouveautés. Ceci dit, quelques albums originaux vaguement importants sont quand même sortis en novembre, et on va en parler.

DétroitMon album du mois, c’est DétroitHorizons. Aucune envie de polémiquer, d’excuser, d’expliquer, je n’en ai pas envie et je ne m’en sens pas capable. Ce que je peux dire, par contre, c’est qu’Horizons est un album d’une infinie tristesse, d’une terrible désolation. Mis à part quelques rares saillies électriques pouvant rappeler Noir Désir, l’ambiance créée par Bertrand Cantat et Pascal Humblet est étouffante, intense et implacable de beauté triste. On pourra interpréter les paroles comme on voudra, mais pour moi, certains passages me semblent sans équivoque quant à leurs références : si Cantat ne pouvait pas parler de l'”affaire” (voire des affaires), les censeurs n’ont pas vraiment écouté l’album (mais je n’ai rien compris à ces histoires de chiens ninja).

Quoi d’autre en novembre? Tant que je parle d’un truc en français, j’ajoute le nouveau Guerilla Poubelle, qui a eu la lourde tâche de succéder à Punk=Existentialisme. Amor Fati n’est pas aussi puissant, mais comme les miracles se produisent rarement deux fois, on s’en contentera amplement. La nouvelle sensation alt-pop Lorde, néo-zélandaise alignant bien malgré elle les reviews truffés de clichés vaguement sexistes (“fraîche”, “pas vulgaire”, etc etc). J’espère pour elle qu’elle ne deviendra pas la nouvelle Lana Del Rey, ce qui serait vraiment dommage (Pure Heroine). Connan Mockasin, le chouchou des amateurs d’alt-pop (encore) luxuriante mais chantée par un homme, ce qui est *évidemment* nettement moins vulgaire, forcément. Bien, mais je trouve quand même que ça manque de substance. Mais pas autant que Jake Bugg, qui bat le fer tant qu’il est chaud en sortant déjà son second album, Shangri-La. Mais vu que le fer en question rappelle une période de la musique british heureusement oubliée, on l’oubliera aussi, le Jake. Le fait que je ne supporte pas sa voix n’aide pas, je le reconnais. Ah, et pour finir le c-c-c-combo breaker, il est produit par Rick Rubin. On retiendra aussi Swearin’ et Surfin Strange, superbe album du groupe de l’autre soeur Crutchfield, riyl : Waxahatchee. On reparlera des deux dans quelques semaines.

Vous vous rappelez de Lady Gaga? Il semble que son quart d’heure est déjà fini, Icare, le soleil, tout ça. D’autant plus dommage qu’Artpop est peut-être son meilleur album. Evidemment, il souffre de quelques fillers atroces, mais au moins la moitié de l’album est acceptable, ce qui est bien plus que le précédent (celui avec la pochette Judas Priest). Elle devrait se la jouer encore plus Bowie et fonder son Tin Machine, maintenant.

Et à part ça, compiles et ressorties, donc. The Next Day de Bowie avec des morceaux en plus et un remix de James Murphy, une compile extensive des excellents et très influents The Beta Band, un best of des nettement moins influents A Perfect Circle, une seconde compilation des passages des Beatles à la BBC (toujours aussi anecdotique, mais charmant) et c’est plus ou moins tout pour ce mois-ci. Ah oui, j’oubliais, un grand boxset très cher de Therapy? (The Gemil Box), avec leurs quatre premiers albums remasterisés, un livre, un dvd, une cassette et quatre disques remplis d’inédits. Je suis fauché, pensez à moi, merci.

J’ajoute quelques morceaux d’EP ou d’albums à venir dans la toute petite playlist Spotify, et la prochaine fois, je reviens avec mon top 100 des albums de l’année. Gros travail en perspective, parce que j’en ai quand même presque 200 sur ma liste même pas virtuelle. Who says rock is dead, etc etc.

Guerilla Poubelle – Punk = Existentialisme

Le rock français a mauvaise réputation. Souvent enclin à mal imiter les courants commerciaux anglo-saxons, leurs représentants connus se couvrent de ridicule localement et n’arrive pas à passer les frontières. De plus, l’ombre immense de Noir Désir plane au-dessus de tout le monde, et s’émanciper ne doit pas être chose aisée.

Il n’empêche qu’il existe une scène underground très remuante, notamment une mouvance punk gravitant autour de Guerilla Asso et comprenant les fondateurs Guerilla Poubelle, ou encore Dolores Riposte ou Justin(e). GxP, pour faire court, vient carrément de sortir un des meilleurs albums punk de ces dernières années, un brûlot phénoménal alliant efficacité musicale et textes engagés.

Musicalement, cela reste basique, mais c’est forcément le concept, il n’empêche qu’on ressent jamais de déjà vu en écoutant l’album, porté par des riffs destructeurs et une section rythmique très solide. L’album débute par un manifeste, Punk Rock Is Not A Job (les textes sont tous en français), avant que des morceaux à caractère social ne suivent, comme Tapis roulant, ou les non équivoques Libéral et propre et Cogne sur un flic pas sur ta femme (“Tu parles à ta blonde comme à une merde / Tu parles à ton chien comme à un roi”). L’équipe Z s’attaque aux imbécillités d’appartenance à un groupe, soit-il sportif ou national, alors que Être une femme continue ce thème féministe étonnant mais franc et rafraîchissant.

Dans le genre, un album parfait.