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Octobre – décembre 2014

Cette fois je bats des records, même pour moi, et je n’en suis pas fier. Mais bon, quand je me suis rendu compte que je serais encore plus en retard que d’habitude pour octobre, je me suis dit que j’allais mettre novembre avec. Et comme rien grand chose de nouveau ne sort en décembre… Voici donc le dernier (et très chargé) trimestre 2014, le prochain article, ce sera le top de l’année.

Un album du mois (parce qu’il fallait bien en piocher un) et le reste en ordre alphabétique + compiles et playlist Spotify à la fin.

Bass Drum of Death

Bass Drum of Death – Rip This. Je ne connais pas personnellement John Barrett, tambour de la mort en chef, mais je me demande s’il en veut à Royal Blood de lui avoir dérobé le trophée officieux de nouvelle sensation rock de l’année. Je n’ai rien contre le duo de Brighton, mais Bass Drum, c’est carrément autre chose, amplis sur 11, riff qui défonce tout et rythmique impitoyable. C’est surtout le gros pas en avant depuis le précédent album qui est impressionnant de maîtrise et de musicalité, comme un Cloud Nothings qui prend la voie la plus rapide entre les points A et B. Énorme.

Allo Darlin’ – We All Come From The Same Place. Leur précédent album Europe avait été un de mes préférés de cette année-là, et son successeur prend le même chemin, toujours grâce à une superbe voix, des mélodies douces-amères et une utilisation régulière mais parcimonieuse de l’ukulélé. Le groupe se permet même quelques sorties de leur zone de confort, comme le duo (avec le guitariste) Bright Eyes et son solo de guitare rock garage. Un peu plus abrasif donc, mais toujours superbe et adorable.

Bored Nothing – Some Songs. On pourra difficilement reprocher à quelqu’un d’avoir exactement la même voix qu’une autre personne (sauf Scott Stapp). Donc on ne dira rien sur Fergus Miller, qui vient de Melbourne, qui aime enregistrer des morceaux lo-fi probablement dans sa chambre, et qui sonne exactement comme Elliott Smith. Les morceaux eux-mêmes y ressemblent parfois, mais pas seulement : les synthés de l’intro de We Lied font quasi new wave alors que d’autres morceaux plus charnus peuvent faire penser à un autre artiste aux débuts solo lo-fi et un nom en Nothing… Fergus Miller a le droit d’avoir son propre nom, ceci dit : sa musique parle d’elle-même.

ChumpedTeenage Retirement. Pop-punk énergique terriblement fun, comme un Johnny Foreigner plus direct et rapide. Les influences semblent évidentes, mais l’album est tellement bon (de bout en bout!) qu’on s’en fiche complètement.

Détroit La Cigale. L’album live à chaque tournée, tradition française à laquelle ne coupe pas Détroit, à savoir Bertrand Cantat, Pascal Humbert et une série de musiciens de tournée. La setlist reprend presque tout l’album ainsi que des greatest hits de Noir Désir, mais ne parvient pas, du moins sur disque, à captiver ni même à émouvoir. Cantat fait beaucoup d’efforts, notamment en allongeant certains morceaux, mais cela dessert plutôt l’album, qui manque très étrangement d’intensité.

Ex-Hex – Rips. C’est le nouveau projet de Mary Timony, qui avait déjà donné ce nom à un album solo. Ici, elle continue ce qu’elle faisait chez les regrettés Wild Flag, à savoir du punk rock poppy et mélodique, avec des acrobaties guitaristiques bien senties. On appréciera beaucoup les harmonies girl band (How You Got That Girl), et même si l’album n’est pas très varié, ce qu’il fait est excellent.

Foo FightersSonic Highways. La critique fut rude pour le dernier album des FF, qui ont certainement visé beaucoup plus haut que leur talent. L’album est peut-être bien leur moins bon, se traînant systématiquement en longueur sans raison valable, et pâtissant de paroles tellement littéralement inspirées de l’expérience vécue par Dave Grohl (8 morceaux partiellement écrits et enregistrés dans 8 studios différents) qu’elles en sont ridicules. Mais la série TV est passionnante si l’histoire du rock vous intéresse, ce qui est probablement le cas.

GirlpoolGirlpool. Quinze minutes de pop-punk féministe détonnant et explosif.

Iceage Plowing Through the Fields of Love. Toujours aussi mystérieux et captivants, les (plus aussi) jeunes danois augmentent leur palette sonore mais les nouveaux instruments prennent une couleur malsaine et inquiétante, ce qui est exactement l’impression que l’on a du frontman Elias Bender Ronnenfelt, 2/3 rock star auto-destructrice, 1/3 Pete Doherty.

Alain Johannes – Fragments and Wholes Vol 1. Multi-instrumentaliste au CV équivalent à l’ego la bonne volonté de Dave Grohl, Johannes nous présente son second album (qui sera apparemment bientôt suivi d’un second volume) plus varié que Spark, mais tout aussi excellent. On comprend aisément l’influence énorme qu’il aura eu (et a toujours) sur, par exemple, Queens of the Stone Age : penser le contraire serait une hérésie. Les morceaux sont directs, sans perdre de temps sur des arrangements artificiels (oui, je pense encore à Sonic Highways), et quand il rappelle le génie maudit d’Elliott Smith (Pebble Tears), on fond.

Mark Lanegan BandPhantom Radio. Après avoir surtout aidé les autres (Soulsavers, Isobel Campbell, Queens of the Stone Age), Lanegan pense plutôt à lui ses dernières années : Phantom Radio est son troisième album en trois ans. Et même s’il ne fera pas beaucoup pour confirmer sa légende, il reste éminemment écoutable, grâce à la voix de Dark Mark, forcément, mais aussi à la multi-instrumentation d’Alain Johannes, qui joue de 23 instruments différents sur l’album, si Wikipedia dit vrai. Mais j’ai quand même préféré son album à lui.

Johnny Marr – Playland. Il est lancé, Johnny, à peine un an après son premier (enfin, plus ou moins) album solo, voici déjà un second. Et bien que l’intention est louable et que Johnny me semble toujours sympathique, Playland est juste un album compétent, avec quelques bons morceaux mais rien de bien transcendant, la faute notamment à une voix trop passe-partout.

MogwaiMusic Industry 3 Fitness Industry 1. Comme de coutume avec les Ecossais, un EP suit la sortie d’un album, cette fois l’excellent Rave Tapes. L’EP est un paquet surprise de remixes, de morceaux sans doute pas assez intéressants pour se retrouver sur l’album et de Teenage Exorcists, morceau totalement atypique avec chanteur et refrains limites pop. Mais ce qui est dingue, c’est que même si c’est le truc le plus pop jamais fait par Mogwai, c’est excellent.

Thurston MooreThe Best Day. Toujours pas de nouvelles concernant un éventuel retour de Sonic Youth, mais ce ne semble pas concerner Thurston Moore, même si c’est sa vie privée qui mit un terme (momentané?) au groupe alternatif le plus important de tous les temps (selon l’orthodoxie). Après Chelsea Light Moving, c’est maintenant un album solo relativement direct que sort Moore. Enfin, par direct, je veux dire que les morceaux semblent avoir des couplets et des refrains, c’est juste qu’ils ont des sortes de solo de guitare dissonants et infinis, seul le bien nommé Detonation ne semble pas s’éterniser. L’appréciation de l’album dépendra donc fort logiquement de celle que l’auditeur a de Thurston lui-même.

Ariel Pink Pom Pom. Je me suis lancé dans l’écoute de cet album avec un esprit certes ouvert, mais quand même influencé par les conneries qu’Ariel Pink peut raconter en interview. Mais il faut bien avouer qu’il connaît son chemin autour d’un morceau, et son talent de composition et d’arrangement est proche du génie. Génie cinglé, qui devrait la fermer plus souvent qu’à son tour, et écouter les gens qui lui ont sans doute dit que son album est 30 bonnes minutes trop long, mais génie quand même. Un peu comme Kanye…

Rancid – Honor Is All We Know. Oui, on sait exactement ce qu’on va avoir, mais ce n’est pas nécessairement une mauvaise chose. S’ouvrant par la déclaration d’intention Back Where I Belong, le huitième album de Rancid est un album de ska/punk classique, c’est tout, c’est un peu limité mais c’est bien quand même.

Damien RiceMy Favourite Faded Fantasy. Huit ans après le magnifique 9, le triste troubadour irlandais revient avec un album, disons, magnifique et triste. Toujours au fil du rasoir, sa voix tient à peine sur une instrumentation aux multiples textures, même si le style de production de Rick Rubin menace parfois de tout écraser et y arrive d’ailleurs à certains moments, malheureusement. Les morceaux sont étonnamment longs : quatre morceaux (sur huit) font plus de six minutes et deux dépassent les huit, mais Rick et Damien arrivent à mettre tellement de passion (et d‘instruments divers et variés) qu’on ne peut pas s’ennuyer, si l’on a un coeur, du moins. Damien Rice a réussi à démontrer que la vie était absurde et l’amour toujours douloureux. Une fois de plus.

Savages et Bo NingenWords To The Blind. Elles ne se la jouent pas faciles, les 4 Savages. Après un premier album encensé (fort justement) par la critique, elles appuyent leur côté arty avec cette collaboration avec les expérimentalistes japonais Bo Ningen. Les 37 minutes commencent par des poèmes murmurés en japonais et français, et progressivement la tension augmente, pendant que les musiciens semblent jouer sept morceaux différents en même temps. Et c’est après une bonne dizaine de minutes hésitantes que le chaos s’installe, dirigé de main de maître par Fay Milton à la batterie. Le morceau ne se calmera jamais vraiment, Jehnny Beth arrivera un peu à chanter vers la fin. Etrangement pour un project censé être intense, on n’est jamais vraiment captivé, ni dérangé par une expérience free-form assez classique, finalement.

The Smashing Pumpkins – Monuments to an Elegy. Corgan raconte toujours autant de conneries en interview, est encore bien facile à gérer (il ne reste maintenant plus que Jeff Schroeder avec lui, la batterie a été prise en charge sur l’album par Tommy Lee) mais il semble avoir compris qu’il devait faire plus simple musicalement. Monuments est ainsi l’album de Corgan le plus facile à écouter depuis bien longtemps, neuf morceaux dépassant rarement les 4 minutes et, sauf exceptions, basés sur une structure classique guitare/section rythmique. Maintenant, il est probable que Corgan retournera à ses passions prog-rock sur son prochain album, prévu en 2015, mais en attendant, il fait mieux que rappeler les gloires passées.

2:54 – The Other I. Évolution plutôt que révolution pour les deux soeurs Thurlow, version real life de déesses goth sortant tout droit de The Wicked and The Divine. Moins dark wave et plus à l’aise, les compos sont toujours poignantes et intimes, avec de jolies lignes de guitare et une batterie très sèche. Point positif important, il est consistant de bout en bout et conçu comme un vrai album, avec deux faces et tout et tout.

TV On The Radio – Seeds. TVOTR est probablement maintenant le plus gros vrai groupe indé du monde, depuis que The National remplit l’O2 de Londres et qu’Arcade Fire est… ce qu’Arcade Fire est maintenant. Mais c’est mérité, même si on pourra les qualifier de groupe de producteurs (le CV de Dave Sitek va bientôt rivaliser celui de Pharrell), TVOTR a probablement réalisé le meilleur album indé-post-pop-machin de l’année, avec carrément de la disto guitare comme on faisait avant, et un Lazerray qui va faire découvrir les Ramones à quelques barbus aux grosses lunettes. Careful You est un des meilleurs morceaux de 2014.

U2 – Songs of Innocence. On va tenter de passer outre la grandiose stupidité de la distribution de l’album pour se concentrer sur le contenu. Mais ce n’est pas gagné : la pub Apple le single The Miracle (of Joey Ramone) est l’antithèse exacte de ce que Joey représente toujours, et la collection de ballades qui suit est aussi passionnante qu’un album de Coldplay sans les éventuels moments de brillance momentanée. On peut difficilement reprocher à un groupe approchant les 40 ans d’existence de manquer d’inspiration, ou à Bono d’avoir perdu une bonne partie d’émotion dans sa voix. Mais on peut par contre reprocher à U2 leur volonté têtue de nous imposer le contraire, contre tout évidence.

WeezerEverything Will Be Alright In The End. Ce que Weezer a du se taper à chaque sortie d’album depuis plus de dix ans est terriblement injuste : la barre était placée tellement haute par l’album bleu et Pinkerton que même de bons disques comme Maladroit ou l’album vert ont été injustement démolis. Bon, évidemment, la suite était moins glorieuse, mais à part l’infâme Raditude, chaque Weezer avait quelques morceaux sympas dessus. Rien de tout cela ici : on a peut-être bien vraiment (vraiment) le meilleur Weezer depuis Pinkerton. Pas qu’il soit parfait, aussi amusant soit-il, Back to the Shack est irritant, par exemple. Mais je n’y croyais pas : non seulement Weezer sort un album excellent, mais le morceau co-écrit par Justin Hawkins est tout à faire appréciable.

The World Is A Beautiful Place And I’m No Longer Afraid To Die – Between Bodies. Le nouvel album est une collaboration avec l’artiste spoken world Christopher Zizzamia, les rendant encore plus proches de Touché Amoré (en nettement moins violent) ou La Dispute (en moins poignant). Il me semble, mais ce n’est que mon avis, qu’ils ont un peu perdu de leur puissance en chemin, le long de ces 28 minutes liées thématiquement.

Compiles et ressorties


David Bowie
Nothing Has Changed. Quelques mois après son retour très réussi, Bowie sort sa compilation la plus complète, ou plutôt ses compilations : trois versions différentes avec tracklist et pochettes variées. On s’intéressera à la version la plus longue, sur trois CD. Le premier commence par l’inédit Sue, revisite les meilleurs moments de The Next Day et choisit soigneusement les perles des quinze dernières années de l’artiste, notamment ses collaborations avec les Pet Shop Boys (Hallo Spaceboy) ou Nine Inch Nails (I’m Afraid of Americans) tout en incluant des extraits de son album “perdu” Toy. Le second disque s’attaque à sa période de gros succès commercial (Let’s Dance, China Girl, Under Pressure, “Heroes”) alors que le troisième tape dans le mille à chaque fois, avec des morceaux fondateurs comme The Jean Genie, Moonage Daydream, Life on Mars?, Space Oddity ou encore Changes). Faisant son boulot jusqu’au bout, il comprend aussi des vieux machins comme In the Heat of the Morning (repris par The Last Shadow Puppets, ils fichent quoi, eux?) ou son premier single Liza Jane, crédité à Davie Jones and the King Bees. Un résumé efficace mais pas sans failles (il est où, Suffragette City?) de quelqu’un qui est probablement le plus important artiste solo de l’histoire du rock.

dEUS – Selected Songs 1994-2014. Autre compile saisonnière, voici trente morceaux extraits de tous les albums de dEUS tant singles que deep cuts. Comme toujours, on pourra pinailler sur l’absence de certains morceaux (Put the Freaks Up Front, Sister Dew pour ne parler que de The Ideal Crash) mais comme intro à un groupe complexe et en flux constant depuis vingt ans, il y a bien pire.

FugaziFirst Demo. Une page d’histoire redécouverte chez Dischord Records et un rappel plein d’espoir : Fugazi n’a jamais annoncé sa séparation.

Manic Street Preachers – The Holy Bible 20. Money money money, mais c’est toujours bien chouette d’avoir toutes les faces B au même endroit, de profiter de morceaux live de l’époque et de maintenant, ainsi que d’avoir un remaster de la version originale et du fameux mix US de Tom Lord-Alge, qui a les préférences du groupe. Mais évidemment, l’album en lui-même est un des tout grands chefs d’oeuvre du vingtième siècle.

PixiesDoolittle 25. Money money money, mais c’est toujours bien chouette d’avoir toutes les faces B au même endroit, de profiter des Peel Sessions (dont certains inédits) et de découvrir une partie du processus créatif avec des démos parfois assez différentes du résultat final. Mais évidemment, l’album en lui-même est un des tout grands chefs d’oeuvre du vingtième siècle.

SoundgardenEcho of Miles : Scattered Tracks Across the Path. Depuis les premières mentions de la sortie d’une compile de raretés de Soundgarden, ils se sont reformés, sont partis en tournée, ont sorti un best of, un album studio et ont ressorti leur album phare Superunknown. Maintenant elle peut enfin sortir, et l’attente valait la peine : trois cd remplis de faces B, de reprises et de bizarreries diverses et variées, dont des vraies nouveautés.

Il y avait aussi des albums pour Neil Young et Pink Floyd, mais un manque de temps (et d’envie, surtout) m’a empêché de les écouter. Neil Young fait encore plus ou moins tout et son contraire : après A Letter Home enregistré avec des moyens des années 40,  Storytone sort en version orchestrale et solo acoustique. Quant à Pink Floyd (The Endless River) ils ne m’ont jamais trop intéressé, même quand Roger était encore là, même quand Syd était encore là, finalement. Alors, maintenant… Dites-moi quand même si j’ai tort.

(oui, j’ai oublié Parquet Courts/Parkay Quarts).

Playlist Spotify avec extraits de ces albums + d’albums à venir (Sleater-Kinney!), on se revoit dans quelques jours pour mon top 2015 (quand 2014 sera fini, on ne sait jamais.)

Juin 2014

Ce n’est pas parce que je m’occupais full time de la Coupe du Monde Music Box que j’allais délaisser les albums sortis en juin, même si l’article sort aussi tard que d’habitude. Pour faire plus simple, ce sera cette fois une simple liste commentée, dans le désordre, à l’exception de mon album du mois.

White Lung

Après le très impressionnant album de Perfect Pussy, la seconde moitié du punk féministe qui gueule est aussi sortie ce mois-ci, Deep Fantasy de White Lung, emmené par la très charismatique et engagée Mish Way. Contrairement à Perfect Pussy, on peut comprendre plus facilement ce que Mish Way raconte, et la musique, aussi rapide et sans compromis puisse-t-elle être, est aussi plus accessible. C’est pour cela que Deep Fantasy est encore plus recommandable, et mon album du mois de juin.

Bob Mould avait sorti un des tous meilleurs albums de 2012 avec Silver Age, et récidive avec Beauty and Ruin. Précision mélodique, énergie, compositions parfaites : ceux qui l’ont découvert grâce à Dave Grohl ont peut-être bien laissé tomber les Foo Fighters depuis.

Second album et confirmation pour les sœurs suédoises First Aid Kit (Stay Gold). Les morceaux sont peut-être moins immédiats qu’auparavant mais sont toujours aussi bien écrits, avec des accents d’Americana, des arrangements excellents, des harmonies somptueuses et un grain de folie toujours bienvenu.

Après une relativement longue période d’attente et sa première angoisse de la page blanche, Jack White, le Willy Wonka du vingt-et-unième siècle, nous propose Lazaretto, son second album solo. C’est un album de Jack White, varié, parfois inégal et vaguement sexiste mais aussi percutant et riche. Mais je n’arriverai jamais à m’enlever de la tête l’idée qu’il n’a jamais fait mieux que les White Stripes.

Death Grips aura écrit une petite page de la musique indé de cette décennie, surtout grâce/à cause de leur instabilité. Concerts annulés, problèmes avec leur label, sorties instantanées d’albums, on ne s’est jamais ennuyé avec eux. Ils viennent de se séparer brusquement, après trois années d’existence et un double album en 2014, dont la première moitié vient de sortir. The Powers That B comprend huit morceaux un peu moins cinglés que d’habitude, mais avec l’aide de Björk, qui apparaît sur chaque morceau, même si ce n’est pas toujours vocalement.

Déjà le quatrième album en cinq ans pour Rival Sons (The Great Western Valkyrie), et ils se sont maintenant confortablement installés dans un rôle de groupe rock fiable, à rapprocher de Gaslight Anthem, par exemple. Les influences sont claires mais les morceaux sont bons, même si la seconde moitié de l’album perd progressivement en intensité.

En parlant d’intensité, Fucked Up est déjà de retour avec Glass Boys, qui continue leur progression vers une musique accessible, avec des solos, des mélodies et tout ça, mais toujours marquée par la folie furieuse du chanteur Damien Abraham.

L’intensité, par contre, ce n’est pas le truc de Kasabian. J’entends qu’ils sont très bons en concert, mais je n’ai jamais été convaincu par leurs albums, et ce n’est pas ce 48:13 qui va changer quoique ce soit, on est à la limite de l’anémie.

Cerebral Ballzy, voici quelques mois, faisait partie de cet espèce de mouvement nouvel hardcore, avec notamment Trash Talk. Mais ils ont toujours représenté un côté plus fun, qui se retrouve encore plus dans un Jaded and Faded fort mélodique et accrocheur, mais qui manque justement de puissance.

Vous vous souvenez de Klaxons? Un premier album percutant, la nu-rave, quelques hits, un lolcat en pochette du second… et maintenant un troisième album (Love Frequency) peu intéressant, qui ne parvient ni à retrouver les gloires d’antan, ni à apporter quoi que ce soit de nouveau, malgré (ou à cause de?) des productions Chemical Brothers.

Pour Fu Manchu (Gigantoid) par contre, pas de déception mais pas d’évolution non plus, c’est du bon gros stoner. Enfin, pas si gros que ça, parce que Fu Manchu alterne morceaux longs et courts, de 8 à 2 minutes. Cela surprend, mais on évite ainsi une certaine monotonie répétitive.

Premier album pour les danois de Lower (Seek Warmer Climes),  propulsés au devant de la scène indie locale suite au succès d’estime d’Iceage. Moins violents et dangereux, leur post-punk anguleux reste fort intéressant mais peut-être un peu trop générique? Mais ce n’est qu’un premier album, fort prometteur.

The OrwellsDisgraceland. Pas de réinvention de roue ni d’eau chaude, mais on ne leur demande rien de plus non plus. Parfois Strokes en encore plus rien à foutre (Southern Comfort), parfois Nirvana-lite avec moins de choses à dire (TheRighteous One), ils ont digéré suffisamment d’influences pour sortir un premier album solide de bout en bout.

Priests, quant à eux, font du punk un peu plus classique, avec la voix de Poly Styrene et la musique de X, époque Los Angeles. Mais c’est très bien comme ça, surtout que cela ne dure que 17 minutes percutantes (Bodies and Control and Money and Power)

J’ai été vaguement impressionné par Linkin Park (The Hunting Party), mais probablement parce qu’ils ont consciemment tenté de revenir aux sources, après une phase électrochiante. Ils se retrouvent finalement quelque part entre le rock classique et le nu-metal des débuts, voire en plein dans le punk/hardcore (War). Malheureusement inégal (on n’évite pas les horreurs – Until It’s Gone – ou le remplissage) il est efficace, surtout grâce à une production musclée et des morceaux plus variés qu’il n’y paraît, notamment grâce aux guitares invitées de Tom Morello, Page Hamilton et Daron Malakian.

Malgré ses menaces de quitter la musique, Lana Del Rey est bien là avec un second album, Ultraviolence, coproduit par Dan Auerbach des Black Keys. Pas de plagiat de Jack White par ici, mais des balades enfumées tristes, qui vont parfaitement à la voix de Del Rey. Mais d’un autre côté, on se fatigue très vite, vraiment très vite.

C’est aussi le moment du second album pour Parquet Courts, qui après deux disques excellents (il y avait aussi en EP) semblent un peu s’essouffler (Sunbathing Animal). Rien de grave, mais un peu de syndrome du trop, trop vite…

Enfin, chaque mois apporte ses ressorties, et on a du très lourd en juin, avec tout d’abord Superunknown, l’album de la consécration de Soundgarden qui fête ses vingt ans. Toujours aussi étrange et puissant, l’album n’a pas vieilli, et ressort en deux éditions. L’édition deluxe est accompagnée d’un second disque classique de faces B, démos et enregistrements de répétitions, mais la super deluxe (notez la différence) envoie carrément un disque entier de démos, un autre de répétitions, et un troisième avec tout le reste. Dispensable, oui, mais uniquement si vous avez l’album original. Une des influences majeures de Soundgarden (et de quiconque a un jour tenu une guitare, si possible une Les Paul) commence également un programme de ressorties, il s’agit de Led Zeppelin. On commence par leurs trois premiers albums, accompagnés d’un live à Paris de 1969 (I), ou de backing tracks, mix alternatifs et inédits (II et III). On pourra penser ce qu’on veut de Led Zep, mais historiquement, peu d’albums sont aussi importants que ceux-ci, tant au niveau de l’influence qu’ils auront envers, notamment, le heavy metal mais aussi du refus de ce genre de musique par le mouvement punk. Même si je ne serai jamais fan de Led Zeppelin…

On se revoit dans quelques semaines pour l’article Juillet/Août, en attendant, n’oubliez pas Tumblr, Twitter, Facebook et le playlist Spotify du mois de juin, avec quelques morceaux d’albums à venir en plus. Par contre, Spotify ne me laisse pas actuellement ordonner les morceaux, n’hésitez pas à utiliser le bouton shuffle, le hasard fera mieux les choses.

Top albums 2012 : 100-71

Music Box 2012 1A défaut d’avoir écrit beaucoup cette année, je me rattrape avec le plus long top (commenté!) de fin d’année de l’histoire de Music Box, cent albums. La publication se fera en quatre étapes, avec pour commencer les trente derniers. Un très long playlist Spotify reprendra un extrait de chaque album ainsi que d’autres morceaux.

100 Bloc Party – Four. Après des mois de drama concernant leur séparation, la sortie du quatrième album de Bloc Party n’a finalement pas intéressé grand monde. Malheureusement, il n’est pas très bon, tentant maladroitement de récupérer la fougue du premier album en y ajoutant des grosses guitares qui ne leur vont pas du tout. Leur temps est écoulé.

99 Therapy? – A Brief Crack of Light. Juste parce qu’ils sont là depuis très longtemps, refusent d’être mauvais et encore plus de se répéter.

98 A Place To Bury Strangers – Worship. Une grande déception personnelle tant leur album précédent était percutant. Ici, on a la même chose en moins bien, en moins inspiré, en plus mou. Et ce n’est même pas une bonne pub pour l’atelier de pédales d’effets DIY d’Oliver Ackermann.

97 Django Django – s/t. On essaie de nous forcer à croire qu’il y a une sorte de mouvement de nouvelle pop/rock indé, mené par Alt-J et comprenant quelques seconds couteaux comme Egyptian Hip-Hop ou Django Django, probablement l’équivalent de Menswear dans les années 90.

96 Breton – Other People’s Problems. Electro-math-rock claustro intrigant et intéressant.

95 Tribes – Baby. Vu qu’il faut inévitablement voir un peu partout les signes d’un retour de la Britpop, on sort de nulle part (enfin si, Camden, évidemment) un groupe à chansons de stade, qu’on qualifiera sans doute de post-Libertines et pré-Palma Violets. Pour l’originalité, on repassera, mais au moins ce ne sont pas les Vaccines.

94 Bad Brains – Into the Future. Pionniers du hardcore de DC ‘77, ils sont au moins autant reggae que punk. Trente-cinq ans après, la recette marche étonnamment toujours aussi bien (j’aime pas le reggae), surtout les voix stoned et psychocinglées de HR.

93 The Datsuns – Death Rattle Boogie. Parce qu’on les avait oublié, et que les néo-zélandais rockent toujours aussi fort qu’avant. Aucun génie, peu d’originalité, mais beaucoup de coeur et d’enthousiasme, alors que leurs rivaux de l’époque ne sont plus du tout au même endroit.

92 The Hives – Lex Hives. C’est un album des Hives. Il n’apporte rien, n’arrive pas à la cheville des premiers, mais cela suffit amplement pour le placer dans un top 100. Merci Randy Fitzsimmons d’écrire de bonnes chansons et de réussir à nous faire tomber dans les gimmicks à chaque fois.

91 Billy Talent – Dead Silence. Punk post-hardcore, rageux, efficace et ample,. même si un peu trop long. Merci d’être revenus parmi nous.

90 The Cast of Cheers – Family . Ne vous trompez pas, Bloc Party a juste changé de nom et s’est inspiré de Battles plutôt que de Soundgarden. Par contre, l’inspiration n’est pas toujours là non plus.

89 Lana Del Rey – Born To Die. Derrière les controverses et les coups marketing, on a une chanteuse qui s’est révélé, tout au début, touchante. Malheureusement, après Video Games/Blue Jeans, le reste est mauvais, médiocre et tellement plat qu’elle se sent obligée de raconter des conneries pour qu’on parle d’elle. Ce qui n’arrivera bientôt plus.

88 Soundgarden – King Animal. Personne n’en avait besoin, mais ils sont revenus quand même. Et bien que l’album de réunion n’arrive pas au niveau du modèle du genre (Dinosaur!), il est suffisamment décent pour ne pas être embarrassant, et compte tenu du passif du chanteur, c’était pas gagné.

87 Green Day – Uno/Dos/Tré. Exemple encyclopédique de quantité vs qualité. Les 14 meilleurs morceaux sur un simple album, et il aurait été bon, dans la première moitié de la disco du groupe. Mais là, on se retrouve avec trois albums tous trop longs, et souvent trop similaires. Uno est punkpoppesquement sympa, et au moins, on n’a que très peu de trucs prétentieux à la Jesus of Machinchose, mais on a dépassé l’indigestion.

86 The Smashing Pumpkins – Oceania. J’ai beaucoup de respect pour la vision intransigeante de Billy Corgan (et le fait qu’il est responsable d’au moins deux des meilleurs albums des 90s), mais c’est assez symptomatique de remarquer qu’on a accordé plus d’attention cette année aux ressorties de Pisces Iscariot et (surtout) de Mellon Collie and the Infinite Sadness. Ceci dit, Oceania est le meilleur album de Corgan depuis quelque temps, peut-être depuis Machina II. Mais cela ne veut pas dire grand chose…

85 Sleigh Bells – Reign of Terror. Tellement surévalué que même Pitchfork n’en parle plus. Il reste juste encore un peu de nouveauté et d’originalité pour qu’on lui laisse une chance.

84 Best Coast – The Only Place. Bethany Cosentino tente par tous les moyens de prouver qu’elle a plus d’un tour dans son sac, et elle y arrive de justesse. En virant alt-country.

83 Jessie Ware – Devotion. Chaque top de fin d’année se doit d’avoir son truc pop “différent”. Je ne trouve pas que Devotion soit vraiment extraordinaire, mais Wildest Moments = tube.

82 Alabama Shakes – Boys and Girls. De la soul music au plus pur sens du terme. Rock teinté de blues et porté par la voix fantastique de Brittany Howard.

81 Neil Young – Psychedelic Pill. Parce que Neil Young est le seul type de 67 ans capable d’appeler un album Psychedelic Pill et de mettre une grosse tablette d’ecstasy en pochette. Mais aussi parce qu’il comprend quelques excellents morceaux, notamment les 16 minutes de Ramada Inn ou de Walk Like a Giant. Il a toujours quelque chose à dire.

80 Passion Pit – Gossamer. L’équilibre entre pop, indé, hype mais pas trop hipster n’est pas facile à réaliser. Pourtant, Passion Pit l’a fait, dans un album pourtant un peu fatigant.

79 Sigur Rós – Valtari. Les islandais n’auront sans doute plus jamais la même aura qu’il y a quelques années, mais cela ne les empêche pas de sortir des albums d’une beauté subjugante.

78 Imperial Teen – Feel The Sound. Indie pop positive, harmonies vocales, chouettes chansons simples. Parfois, on n’a besoin de rien de plus.

77 Of Monsters and Men – My Head Is An Animal. Les comparaisons avec Arcade Fire sont assez justifiées, celles avec Mumford and Sons heureusement moins. Plus légers que leurs inspirations de Montréal, les islandais sortent un album aérien, positif et tout à fait recommandable, même si légèrement dérivatif.

76 The Gaslight Anthem – Handwritten. J’ai sérieusement lu qu’on les considérait comme le futur du rock ‘n roll. Si le futur du rock ‘n roll passe par Bruce Springsteen et faire croire aux gens que Hot Water Music n’a jamais existé, personellement, je ne suis pas d’accord. Heureusement, ce n’est sans doute pas leur intention du tout, ils sont trop occupés à faire sonner leur rock en col bleu le mieux possible, ce qui est tout à leur honneur.

75 Motion City Soundtrack – Go. Le fameux album de la maturité, mais qui n’est pas chiant pour autant, juste plus sérieux et maîtrisé. Frais, intelligent et agréable.

74 Glen Hansard – Rhythm and Repose. Après un Oscar et des tournées interminables (notamment en ouverture de dizaines de concerts d’Eddie Vedder), l’ex-busker dublinois sort son premier vrai album solo, qui reste en deçà de ses albums avec The Frames ou le duo mélancolique The Swell Season. Restent quelques perles parfois sublimes.

73 The K. – My Flesh Reveals Millions of Souls. Noise rock habité, puissant et très dynamique, frôlant parfois le hardcore contemporain. Pas une seule baisse d’intensité tout au long d’un premier album excellent en soi, et très prometteur.

72 Trailer Trash Tracys – Ester. Les groupes dream pop/shoegaze se comptent par dizaines cette année, et il leur faut un petit quelque chose en plus pour se faire remarquer. Dans le cas de TTT, c’est la voix sublime de Suzanne Aztoria, qui sonne intemporelle d’entrée de jeu.

71 Guided By Voices – Let’s Go Eat The Factory/Class Clown Spots a UFO/The Bears for Lunch. Après la reformation du lineup dit classique, Robert Pollard reprend sa vitesse de croisière, trois albums cette année. Comme toujours, on aurait gagné à plus de contrôle, mais on retrouve encore quelques perles indiepunk toujours trop courtes, surtout sur le troisième album.

Soundgarden – Telephantasm

L’information a peu circulé, mais elle est pourtant authentique. Quand Chris Cornell a tweeté, le 1er janvier 2010, que “The Knights of the Sound Table ride again”, la réunion de Soundgarden n’avait pas dépassé le stade embryonnaire. La déclaration était très prématurée, le groupe s’était juste réuni pour discuter sortie d’un album de raretés, voire d’un coffret. Cornell, dont la carrière était devenue la risée de tous, aura pourtant atteint son but : tout le monde a pris la déclaration comme officielle (Cornell s’est défendu en assurant qu’il parlait juste du fan club de Soundgarden), et petit à petit, le groupe s’est laissé convaincre par l’intérêt d’une reformation.

Soundgarden n’est jamais que, grosso modo, le 137e groupe des nineties à se reformer. Mais presque un an après l’autoscoop de Cornell, la situation de Soundgarden est bien différente de, disons, Stone Temple Pilots ou Faith No More. Trois concerts et rien de concret de prévu, ni sur scène, ni sur disque. La faute au batteur Matt Cameron, qui a rejoint Pearl Jam en 1999 et a prévenu dès le départ qu’il jouerait avec Soundgarden entre les tournées et sessions de Pearl Jam, ce qui laissait donc une douzaine de jours par an. A moins que Pearl Jam entame une longue pause dans leur carrière (ce qui n’est jamais arrivé en vingt ans), il est donc probable que Soundgarden ne se relance pas vraiment. Telephantasm, leur première compilation représentative, est censée nous dire si on doit le regretter. Contrairement à A-Sides (1997), disque hâtivement compilé suite à leur séparation, Telephantasm tend à être un aperçu complet de la carrière d’un des quatre titans de Seattle. Exactement comme A-Sides, Telephantasm n’y arrive que par moments, laissant au final un sentiment de gâchis et de travail mal fait.

Pourtant, ça commence bien, avec carrément un morceau d’histoire : All Your Lies est extrait de ce qui est une de deux compilations fondatrices du grunge (il fallait bien que je sorte “le” mot), Deep Six, sortie en 1986. Le premier morceau de bravoure est Beyond the Wheel : Kim Thayil réinvente Black Sabbath, alors que Chris Cornell sort une performance vocale absolument époustouflante. Beyond the Wheel, comme la majorité des deux premiers albums du groupe (Ultramega OK et Louder Than Love) est résolument anti-commercial, lourd, puissant et terriblement impressionnant. C’est simple : personne n’a jamais chanté comme ça. Malheureusement, Telephantasm n’inclut que quelques morceaux de cette époque, dont le parodique Big Dumb Sex et une version live assez pourrie de Get on the Snake. Ce sont là les deux défauts de la compile, on en parlera.

Badmotorfinger sort en 1991, et là, évidemment, on rigole moins. 1991, c’est en même temps le début du grunge, et sa mort. En quelques mois, outre Badmotorfinger, sort Ten (Pearl Jam) et Nevermind (Nirvana), le grunge passe à la tv, Vedder se suspend aux échafaudages, Cobain devient le symbole d’une génération, Staley attend son heure et Weiland affute sa VHS. Pour Soundgarden, c’était le début de la seconde étape, celle de l’accessibilité. Les deux premiers albums étaient bien trop tordus pour pouvoir se vendre, et Badmotorfinger, probablement leur chef d’oeuvre, allait commencer à changer ça. Room A Thousand Years Wide montre le ton, un son moins brutal, plus mélogique, plus “écrit”. La voix de Cornell devient plus enragée, mais le groupe ne quitte pas la bizarrerie pour autant, avec un coda de trompette et saxo, qui fait que, comme souvent, le morceau se traîne en longueur.

Rusty Cage sera le premier hit du groupe, et a même connu les honneurs d’une reprise par Johnny Cash. Thayil n’en avait évidemment pas besoin, lui qui maîtrisait, à ce moment, la science du riff et du son parfait, aussi exprimé dans le sec Outshined et le flamboyant Slaves and Bulldozers. C’est lourd, mais totalement écoutable. C’est aussi fantastique. Malheureusement, Jesus Christ Pose est présent en version live, à son détriment. Pour différentes raisons, Soundgarden n’a jamais sonné aussi bien live qu’en studio, à l’exception possible de Matt Cameron. L’époque Badmotorfinger se termine avec le quasi hardcore Birth Ritual, présent sur la légendaire BO de Singles, et l'”inédit” passable Black Rain, qui clôture le second disque.

On peut donc passer à l’explosion commerciale. MTV, à l’époque, était le media de base pour vendre du disque, il fallait donc faire de beaux clips. Voici donc Black Hole Sun, qu’on ne présente plus. En plein dans la période obsessionnelle Beatles de Cornell, BHS est un morceau passable mais qui décroche la lune à ses auteurs, et leur plus gros hit, leur “belle” chanson. Les autres extraits de Superunknown sont moins soft, mais aussi moins aventureux que ce qui précède, tout en restant tout à fait appréciables, surtout My Wave et Spoonman. On peut quand même se demander pourquoi Let Me Drown a été omis de la compile, mais il faut toujours faire des choix. Comme celui d’avoir pris l’inférieure version vidéo de Fell On Black Days.

Et puis, la merde a atteint le ventilateur. On pouvait déjà le pressentir : le talent de Soundgarden, ce qui les rendait unique (en gros, un guitariste qui faisait passer Tony Iommi pour un jazzman et un chanteur qui pouvait surpavarotter Pavarotti), se diluait petit à petit. Et alors que leurs contemporains connaissaient des fortunes diverses, Soundgarden s’est mis dans le soft rock chiant, avec un chanteur plus proche de Céline Dion que de Robert Plant. Down on the Upside est un chant du cygne indigne de la légende du groupe, et Telephantasm aggrave encore le cas, en choisissant des versions live boîteuses, dont un Pretty Noose carrément horrible. La séparation du groupe était aussi logique qu’inévitable.

Telephantasm donne une impression mitigée, limite désagréable. Oh, les morceaux sont bons (surtout le premier disque), mais les deux gros défauts de la compile (surreprésentation de la seconde période, présence de versions live foireuses) pourraient faire croire que Soundgarden était le groupe surestimé du Big Four de Seattle. Pendant ce temps, Alice in Chains nous a fait le coup du phénix, Pearl Jam vieillit avec grâce et Nevermind n’a pas pris une ride.

Spotify : Telephantasm