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Top 100 Albums 2013

Comme d’habitude, il y a certainement eu des oublis, des albums qui sont placés plus haut ou plus bas qu’ils ne devraient, mais j’avoue ne pas avoir accordé énormément d’attention à la précision du classement, le 91e pourrait être 23e et ainsi de suite. Une fois de plus, ce ne sont que mes albums préférés. Il y a beaucoup de listes comme celle-ci, mais celle-ci est la mienne.

La playlist Spotify reprenant un morceau de chaque album est à la fin (écoutez-la en lecture aléatoire, please), et n’hésitez pas non plus à aller écouter celle de MDEIMC, reprenant ses morceaux préférés de l’année, il n’y a rien à jeter. Let’s go.

100 Haust – No. Punk hargneux norvégien à riffs rendu amusant par mes recherches menant à www.haust.no.
99 Jagwar Ma – Howlin. Si les Stone Roses ne sortent jamais de troisième album, c’est leur faute.
98 Eisley – Currents. La famille DuPree switche (parfois) les guitares pour des rythmes plus dansants, tout en conservant les plus belles harmonies que vous entendrez cette année (Haim qui?)
97 Splashh – Comfort. Dans ce classement, il y aura quelques groupes qui auraient vraiment bien aimé qu’on soit en 1993 et pas en 2013 et qui ont un autel avec des photos de Kevin Shields et de J Mascis dessus. Voici le premier. Désolé (pas désolé, en fait) mais c’est mon classement.
96 Johnny Marr – The Messenger. Parce que c’est Johnny Fuckin Marr, c’est tout.
95 The History of Apple Pie – Out of View. Shoegaze pop adorable, juste arrivé quelques années trop tard pour Lost in Translation.
94 Bass Drum of Death. Guitare, batterie, garage.
93 Phoenix – Entertainment. Merci Daft Punk d’avoir sorti l’album la même année…
92 Public Service Broadcasting – Inform Entertain Educate. Curieux, intéressant, fascinant même si probablement éphémère. Ils me rappellent un peu The Avalanches en moins cinglé. C’est quand vous voulez, au fait, The Avalanches.
91 Camera Obscura – Desire Lines. Toujours là quand on en a besoin, toujours excellent.
90 I Is Another – I Is Another. Premier album/EP du duo Ian Love/Jonah Matranga, criminellement trop court.
89 Paul McCartney – New. On parle du retour de Bowie, mais New est le meilleur album de Macca depuis bien longtemps.
88 Touché Amoré – Is Survived By. Oui, c’est plus mélodique et moins intense qu’avant. Mais c’était le seul moyen.
87 Bad Religion – True North. Un des meilleurs albums de Bad Religion, et c’est le seizième. Si on me demandait par quoi commencer BR, je dirais True North.
86 Front Bottoms – Talon of the Hawk. Comme MDEIMC l’explique très bien, duo folk-dance-pop-punk, ce qui sonne bien mieux qu’il n’y paraît.
85 Potty Mouth – Hell Bent. Post-Riot Grrrl punk rock comme on n’en faisait plus. Cool.
84 Tegan & Sara – Heartthrob. Les sœurs Quin expérimentent avec des sonorités plus modernes sans sombrer dans la dance pop FM.
83 Milk Music – Cruising Your Illusion. Le successeur de l’incendiaire EP Beyond Living ne pouvait être qu’un ton en dessous, mais ce n’est quand même pas mal du tout, juste plus Neil Young que J Mascis.
82 Rival Schools – Found. Après avoir de nouveau perdu Ian Love, un des seize groupes de Walter Schreifels retrouve son fameux second album “perdu” et lui offre une véritable sortie.
81 California X. J’ai déjà parlé de J Mascis?
80 Purling Hiss – Water on Mars. Maintenant, on peut enfin parler de descendants de Nirvana plutôt que d’imitateurs. Parfait exemple de fuzz pop homogène.
79 Deap Vally – Sistrionix. White Stripes féministes revendicatrices, moins homogènes mais avec 100% de déclarations stupides en moins.
78 Mudhoney – Vanishing Point. Mudhoney = Sub Pop. Et avec eux, un album qui personnifie parfaitement ce qu’a toujours été Mudhoney. Pas leur plus expérimental, mais pas leur moins bon non plus.
77 Suede – Bloodsports. Des groupes qui se reforment et sortent un nouvel album, ce n’est pas si fréquent. Quand l’album en question soutient la comparaison avec le reste de leur discographie, c’est encore plus rare et mérite d’être souligné.
76 Drenge. J’imagine qu’on doit dire que c’est une sorte d’équivalent anglais des Black Keys, mais ça serait assez stupide, Drenge semble vraiment aimer leur musique pour ce qu’elle est.
75 Hunx and His Punx – Street Punk. Fun + punk + revendications sociales. What’s not to like?
74 Babyshambles – Sequel to the Prequel. Alors qu’on l’avait totalement oublié, Pete Doherty sort le meilleur album de Babyshambles et probablement son album le plus concentré. Pendant ce temps, il est où Carl? Il attend le coup de fil?
73 The Knife – Shaking the Habitual. Leur spectacle (plutôt que concert) aura bien fait parler de lui cette année, mais l’album qui l’accompagne n’est pas mal du tout, juste beaucoup trop long et trop bizarre. Mais est-ce que c’est vraiment une mauvaise chose?
72 Boards of Canada – Tomorrow’s Harvest. Détenteur du titre de buzz marketing de l’année jusqu’à Reflektor. Un album dense, riche, cinématique.
71 City and Colour – The Hurry and the Harm. Dallas Green, mélancolique à souhait. C’est beau, c’est triste, c’est nécessaire.
70 Jimmy Eat World – Damage. Finalement, ce n’est pas une mauvaise chose que Jimmy Eat World n’a jamais connu un énorme succès commercial : ils sont toujours excellents.
69 White Denim – Corsicana Lemonade. Rencontre du rock psyché 60s et du math rock, avec une touche de classic et southern.
68 Joanna Gruesome – Weird Sister. À cause de Google, il faut trouver des noms de groupe aussi percutants/pourris que possible. On en a un quelques uns cette année, mais aucun aussi amusant que ce combo gallois indie-punk éclectique. Et ça marche.
67 Pearl Jam – Lightning Bolt. Toujours capables de remplir des salles n’importe où en Europe en un clin d’œil, Pearl Jam sort son dixième album qui a l’infinie vertu d’être bien meilleur que le précédent.
66 David Bowie – The Next Day. L’immense buzz autour de sa sortie a probablement troublé la relative objectivité du jugement, mais The Next Day est quand même le meilleur Bowie depuis un certain temps.
65 Nine Inch Nails – Hesitation Marks. L’album le plus inégal de l’année?
64 Chelsea Light Moving. La meilleure manière de ne pas regretter Sonic Youth (voir aussi Body/Head).
63 Bleached – Ride Your Heart. Fuzzpop indé, deux soeurs, Haim qui?
62 Yo La Tengo – Fade. 45 minutes d’indiepop (trop) parfaite.
61 Yuck – Glow and Behold. Loin de couler le groupe, le départ du frontman Daniel Blumberg a modifié leur modus operandi en gagnant en textures ce qu’ils ont perdu en énergie.
60 Bored Nothing – Bored Nothing. Délicatesse indé, quelque part entre Pavement et Elliott Smith.
59 Palms – Palms. Isis + Deftones. Exactement.
58 Franz Ferdinand – Right Thoughts Right Words Right Action. Tentative relativement maladroite de se souvenir du premier album, mais avec des moments de brillance.
57 Diarrhea Planet – Rich Beyond Your Wildest Dreams. Folie furieuse avec plein de guitares.
56 The Men – New Moon. Chaque année, un nouvel album de The Men, et dans un autre style. Ici, les chansons de feu de camp et le rock n’ roll Springsteenesque. Je comprends rien à ces gens, mais ils sont forts, très forts.
55 The Strokes – Comedown Machine. Zéro promo pour un album que je n’attendais pas mais qui se révèle être bien plus intéressant qu’Angles. Le meilleur album sur lequel Casablancas a chanté cette année.
54 Daughter – If You Leave. Indiepop délicalement triste, tristement délicate, qui ne pouvait provenir que de chez 4AD.
53 Smith Westerns – Soft Will. Encore beaucoup de délicatesse pour un bel album. Le genre de groupe que l’on garde secret, rien que pour soi.
52 Wavves – Afraid of Heights. Il porte bien son titre, cet album.
51 Aye Nako – Unleash Yourself. Kathleen Hanna est responsable d’une certaine partie de ce top 100, et c’est pas fini (tip pour 2014 : Perfect Pussy). Punk rock 4 ever, etc
50 Sigur Rós – Kveikur. Apparemment leur album rock. C’est un album de Sigur Rós.
49 Kylesa – Ultraviolet. Les puristes n’aiment pas que Kylesa semble devenir “mainstream” Les puristes sont cons.
48 Pity Sex – Feast of Love. Shoegazy indie punk. Oui, encore.
47 Neko Case – The Worse Things Get… Le titre est bien plus long que ça, Fiona Apple-style, mais il est surtout excellent, frôlant la perfection dans la case singer-songwriter accessible. Et quelle voix…
46 The Wonder Years – The Greatest Generation. Les Menzingers de cette année. Punk rock intelligent et intense.
45 Mazzy Star – Seasons of Your Day. Rien n’a changé pour Mazzy Star, malgré le temps qui a bien passé autour d’eux. Ce qui donne une raison de plus pour s’y replonger.
44 Chvrches – The Bones of What You Believe. Pop music incontournable dans mon utopie.
43 Eleonor Friedberger – Personal Record. Personnel, oui mais aussi heureusement accessible et très bien écrit. Dans l’utopie mentionnée juste au-dessus, When I Knew = Get Lucky.
42 Superchunk – I Hate Music. Ouais, et moi je déteste ces vieux groupes qui sortent des albums qui insultent leur histoire.
41 Grant Hart – The Argument. L'”autre” ex-Hüsker Dü. Et un album très dense, qui part dans tout les sens mais qui ne cesse jamais d’être brillant.
40 The Bronx – The Bronx (IV). Putain de punk rock.
39 Pissed Jeans – Honeys. Putain de punk rock, l’autre côté de la pièce.
38 Los Campesinos! – No Blues. Pas de blues, non, plutôt l’écrasement de ce qui sert de coeur, lentement, douloureusement, délicieusement.
37  Ty Segall – Sleeper. Son Sea Change. Tellement brillant qu’on le prend comme acquis.
36 Détroit – Horizons. Bertrand Cantat (Noir Désir) et Pascal Humbert (Sparklehorse) chantent la misère et un rayon de soleil éphémère.
35 Motörhead – Aftershock. Ceux qui disent que Motörhead fait toujours la même chose n’ont jamais écouté Motörhead. Ceux qui écoutent Motörhead savent, même si ça dépasse l’entendement, que leur vingt-et-unième album est un de leurs meilleurs.
34 Cheatahs – Extended Plays. Oui, techniquement c’est une compile de deux EPs. Mais l’album n’a quand même plus dix ans à vivre, alors, autant tout célébrer. Notamment une autre excellente tranche d’indie shoegaze machin.
33 Merchandise – Totale Nite. D’ailleurs, en parlant de formats, on fait quoi de ça? 5 morceaux, mais une durée d’album (court, certes).  Un des espoirs de 2013 qui a choisi la voie très difficile, avec brio et suicide commercial.
32 Alkaline Trio – My Shame is True. Don’t call it a comeback, they’ve been there for years. Mais ça faisait longtemps quand même, un tel album.
31 Future of the Left – How to Stop Your Brain in an Accident. leur meilleur album à ce jour, et ça veut dire quelque chose.
30 These New Puritans – Field of Reeds. En fait l’album est bien meilleur que ça, mais je n’aime pas danser, encore moins sur de l’architecture.
29 Swearin’ – Surfing Strange. Altpunk, lofi, pédale fuzz, fille qui chante. Comme 20% de ce top 200, c’est chouette 🙂
28 Kurt Vile – Wakin on a Pretty Daze. Ou l’esthétique slacker poussé à son paroxysme, il n’a pas pensé à couper certains morceaux en deux ou en trois. C’est pas grave.
27 Best Coast – Fade Away. Grosse surprise pour moi, je ne m’y attendais pas mais Bethany et le type barbu ont sorti leur meilleur disque à ce jour. Techniquement un EP, mais voilà. Ma liste, etc.
26 Fuzz – Fuzz. Encore un petit tour pour Ty Segall, cette fois à la batterie. Plus stoner que grungy, toujours excellent.
25 Manic Street Preachers – Rewind the Film. Encore une grosse surprise, je n’écoute plus les Manics que par habitude, mais là ils sortent un album différent, roots sans être chiant, varié et plein d’espoir. Ils sortiraient un album post-punk en 2014, maintenant je les attends au tournant.
24 Janelle Monáe – The Electric Lady. Vous vous rappelez de l’utopie? Dedans, elle est Beyoncé.
23 FIDLAR – FIDLAR. Putain de punk rock.
22 Fuck Buttons – Slow Focus. Electro hautement imaginative et dérangeante.
21 Kanye West – Yeezus. Grosse prise de risque pour une superstar de ce calibre, inspiré autant par Death Grips (que j’ai honteusement oublié dans ce top 100) que par son invraisemblable mégalomanie. Mais l’album est complètement pourri par une misogynie crasse et inexcusable.
20 The Icarus Line – Slave Vows.  Post-hardcore et proto-punk, en même temps.
19 Iceage – You’re Nothing. Post-punk à couper au couteau, augmenté en cours d’année par un 7″ et le bouleversant projet parallèle Vär (un autre oubli)
18 The Julie Ruin – Run Fast. Kathleen Hanna reprend son alias, en fait un vrai groupe, ressort les guitares, garde les claviers, et rend heureux.
17 Speedy Ortiz – Major Arcana. La chanteuse Sadie Dupuis faisait partie d’un cover band de Pavement qui s’appelait Babement. Rien que pour ça, il faut écouter cet album.
16 The Thermals – Desperate Ground. Assaut punk rock direct, rageux et inspiré.
15 Surfer Blood – Pythons. Et dire qu’un jour, c’était la place de Weezer.
14 Waxahatchee – Cerulean Salt. Personnel, authentique, touchant et excellent, Katie Crutchfield oscille entre alt folk et fuzz rock pour faire vibrer tout ce qui peut encore vibrer. Elliott Smith n’est jamais très loin.
13 Nick Cave and The Bad Seeds – Push the Sky Away. Nick Cave me fait toujours peur, mais quel talent. Carrément un de ses tout meilleurs albums.
12 Thee Oh Sees – Floating Coffin. Punk, garage, psyché, etc etc. Rock.
11 The National – Trouble Will Find Me. Joie et bonne humeur toujours au rendez-vous, mais qu’est-ce que c’est beau.

10 Parquet Courts – Light Up Gold. Je ne sais pas si le comeback de Pavement en 2010 a eu une quelconque influence sur Parquet Courts, mais s’ils ont un descendant direct, ce sont eux.

09 Queens of the Stone Age – … Like Clockwork. Très injustement critiqué pour des raisons stupides (trop de “ballades”, des guests invisibles, le Josh Homme show), … Like Clockwork est effectivement bien différent que, oh, Songs for the Deaf, mais si vous n’avez pas changé en dix ans, c’est votre problème, pas le leur.

08 Mikal Cronin – MKII. Autrefois connu comme bassiste du Ty Segall band, il devrait sortir de cette (fantastique) ombre grâce à un talent d’auteur/compositeur/multi-instrumentiste hors du commun.

07 Savages – Silence Yourself. Sérieux à faire passer The National pour Me First and the Gimme Gimmes, Savages allie intensité glaciale, rythmes no-wave et agenda socio-politique chargé.

06 Deafheaven – Sunbather. Un album post-genre, qui ne cherche pas la comparaison, et pour cause : une telle union de puissance sonore et mélodique n’a que rarement été produite auparavant.

05 John Grant – Pale Green Ghost. Des histoires sordides, glauques et autobiographiques qui initient l’ère du songwriter contemporain, qui utilise les outils électroniques avec la même évidence que la guitare acoustique. Et une voix extraordinaire.

04 My Bloody Valentine – mbv. La couleur de la pochette était un indice : Kevin Shields est le Docteur, voyage dans le temps et va chercher des sons du futur pour les mélanger avec ceux de son glorieux passé. Ce qui explique pourquoi il a fallu 22 ans pour que l’album sorte : pour Shields, seulement quelques mois se sont écoulés.

Reflektor

03 Arctic Monkeys – AM. Cinq albums, cinq réussites majeures. Celui-ci est plus introverti, plus contrôlé et sans la moindre seconde superflue.

02 Vampire Weekend – Modern Vampires of the City. On l’espérait plus ou moins secrètement et on l’a eu. Un album d’un grand raffinement et d’une extrême intelligence mélodique de la part du groupe indé le plus important au monde.

01 Arcade Fire – Reflektor. Parce qu’il est difficile de vraiment parler d’indé en ce qui concerne Arcade Fire, qui pourrait atteindre un jour le niveau de popularité U2. En attendant, profitons-en : dans ses excès de longueur et de densité, Reflektor est un album magique, presque sans temps mort, qui justifie à lui seul le concept d’album qui semblait voué à disparaître.


Playlist
Spotify de 93 morceaux / 6 heures ci-dessous, mode aléatoire très fortement recommandé. À l’année prochaine!

Octobre 2013

2013 est maintenant presque terminé, en terme de sorties de nouveaux albums. Il ne reste plus que les éditions spéciales et compiles de Noël (Bowie, Beatles et quatre millions d’autres) et des artistes en perte de vitesse qui sortent après les autres histoire de minimiser la concurrence (Lady Gaga). Mais c’est peut-être en octobre qu’est sorti l’album de l’année, ou en tout cas celui dont parle le plus (avec Yeezus, allez). Et c’est sans problème mon album du mois.

ReflektorParce qu’il était très attendu, Reflektor, et annoncé par une campagne marketing roots et efficace. Arcade Fire est le plus gros groupe indé du monde, même s’il n’est pas stupide de dire qu’ils n’arriveront peut-être jamais à dépasser l’impact émotionnel de leur début, Funeral. Alors qu’il aurait été plus simple de se répéter, les montréalais ont engagé le leader de leur groupe préféré, James Murphy, pour produire un album radicalement différent. Reflektor est long (85 minutes, des morceaux dépassant allègrement les six), ambitieux (double album en deux parties thématiques) et terriblement varié, alliant du rock indé relativement classique à des influences haïtiennes (second pays du groupe) en passant par des références littéraires (Orphée et Eurydice) illustrant les thèmes chéris par le groupe comme la perte de l’innocence, l’enfance, l’évolution vers l’âge adulte, la mort. Il faudra sans doute des mois pour décrypter Reflektor, mais est-ce bien nécessaire?

Octobre a aussi vu la sortie du dixième album de Pearl Jam, qui succède au lamentable Backspacer. L’avantage de succéder à un album oubliable, c’est qu’il n’est pas bien difficile de faire mieux. Lightning Bolt est meilleur que Backspacer, mais il est peut-être aussi le meilleur album du groupe en dix ans. Malheureusement, il reste très frustrant : à côté de morceaux intéressants comme Infallible, Pendulum, le vitriolique My Father’s Son ou le déjà classique Sirens, Pearl Jam (ou le producteur Brendan O’Brien, qui devrait subir le même sort que Jaime Lannister un de ces jours) a jugé bon d’inclure Sleeping By Myself, déjà anecdotique sur l’album solo d’Eddie Vedder (lui-même anecdotique, pour être honnête) et présent ici en version navrante ou Future Days, qui a au moins l’avantage en tant que dernier morceau de l’album d’être facilement oublié. Frustrant, donc, surtout que les fans connaissent l’existence d’excellents morceaux (Of the Earth, Cold Confession notamment) qui semblent avoir été oubliés par le groupe. Occasion à moitié loupée, donc.

On a eu très peur pour Lemmy, qui a connu pas mal de problèmes de santé cette année, mettant à mal l’évidence de son immortalité. 2012 était la première année paire depuis 1994 à ne pas voir d’album de Motörhead, mais la patience est récompensée : Aftershock est un très bon album (bien que le niveau du trio est ahurissant depuis des années), plus varié que ce que l’on pense (à tort!) du groupe. Si Aftershock venait (mais ce ne sera pas le cas) à être le dernier album de Lemmy, on a connu bien pire épitaphe.

Pour le reste, octobre est un melting pot de sorties diverses et variées. Après moultes tentatives (toutes foirées) d’accrocher un semblant de renouveau, Korn joue son avant-dernière carte et fait revenir le guitariste Head, parti rejoindre Jésus voici une dizaine d’années. Pour être tout à fait correct, Korn a déjà fait pire que The Paradigm Shift, mais il ne leur reste plus qu’une seule solution pour accrocher l’attention : se séparer et revenir cinq ans plus tard. Ce que n’a jamais eu besoin de faire un certain Paul McCartney, probable meilleur compositeur de l’histoire de la composition. New a été confié à quelques producteurs “modernes” (Ronson, Johns, Epworth et Giles Martin) qui réussissent à garder son inimitable son, le mettre à jour sans le ridiculiser. Une vraie bonne surprise.

Deux groupes cultes, plus ou moins gallois, et avec une attention particulière aux paroles pour suivre : Los Campesinos! et Future of the Left. On pourrait tellement comparer Los Campesinos! aux Smiths pour plein de raisons,  comme les paroles (évidemment) et leur audience fantastiquement fanatique. Mais ce serait complètement passer à côté de l’attrait de la musique du groupe, délicieusement mélancolique, recherchée, douloureuse, rassurante, glorieuse (No Blues). Quant à Future of the Left, maintenant qu’ils ont un album de plus que Mclusky, il faudrait peut-être arrêter d’en parler à chaque fois. Oops. Financé par Pledge Music, How to Stop Your Brain in an Accident est ce qu’on peut attendre de la bande à Andy Falkous, maintenant fermement un quatuor. Abrasif tant au niveau de la musique que des paroles, l’album se permet toutefois quelques excursions réussies vers une certaine idée de la musique pop (Falco chante!). Un EP 6 titres d’outtakes intéressantes, Human Death, sort en parallèle.

Sleigh Bells tente une seconde fois de nous faire croire que leur date d’expiration n’est pas dépassée depuis longtemps, mais on n’est pas dupe. Derek Miller lève un peu la main sur la production, légèrement moins bourrine qu’avant et nous dit qu’Alexis Krauss a beaucoup participé à l’écriture. Mais si l’on considère que l’album (Bitter Rivals) est constitué de morceaux de 3 minutes maximum qui deviennent emmerdants après 40 secondes, ce n’est pas suffisant, malgré les tentatives de sonner comme Beyoncé.

Plus intéressant, The Dismemberment Plan nous revient pour de bon, avec leur premier album en douze ans. Beaucoup de choses se sont produites depuis, notamment 4 tonnes de groupes influencés par Travis Morrison & co. Uncanney Valley arrive sans faire trop de bruit, et repart de la même manière. Agréable et divertissant, en espérant que c’était leur but. Cage the Elephant est annoncé comme “the next big thing” depuis quelques années, et il est possible que Melophobia soit l’album qui les fasse exploser (tout comme une tournée prochaine avec Muse). Mais je n’y connais rien à ces trucs, je trouve juste que leur son est sympa sans plus : à force d’emprunter un peu partout, on se retrouve avec peu d’identité. Poliça s’est bien détaché de l’étiquette Bon Iver (Justin Vernon vient dire bonjour sur un morceau, quand même) et sort un album d’indé-électro (Shulamith) bien réalisé mais peut-être un peu fatigant. Mais une fois de plus, qu’est-ce que j’en sais, j’ai bien aimé le dernier album d’Electric Six, Mustang, qui ressemble à un album d’Electric Six. Et j’ai bien aimé aussi Corsicana Lemonade, le nouvel album tout à fait recommandable de White Denim, qui tape un peu dans tous les sens, comme une sorte de version mathy de Soundgarden qui jouerait du classic rock.

Dans la catégorie EP, on notera avant tout Best Coast, qui revient brillamment à la fuzzpop du premier album avec la voix de Bethany qui a bien progressé depuis (Fade Away) mais aussi Albert Hammond Jr., dont AHJ ressemble plus au son Strokes que tout ce qu’ils ont sorti en dix ans. Toujours en EP, les comiques de Fall Out Boy se la jouent Black Flag sous la direction de Ryan Adams (Pax-Am Days), alors que le duo TheHELL (Atom Willard et Matt Skiba) fait nettement mieux avec le brut Southern MedicineParquet Courts confirment qu’ils sont bien la réincarnation de Pavement joué par les Beastie Boys (Tally All The Things You Broke), The Men continuent leur évolution de plus en plus loin du hardcore quasi instrumental de leurs débuts avec un EP qui porte très bien son titre (Campfire Songs) alors que Stone Temple Pilots récupèrent un chanteur fiable (Chester Bennington) mais n’arriveront jamais à sortir de la division 3 du rock indé dans laquelle ils végètent depuis toujours (High Rise).

Voilà pour octobre, il est probable que novembre et décembre soient balancés en même temps, juste avant le récapitulatif de 2013.

Playlist Spotify ci-dessous!

Pearl Jam Twenty – Le film

Plus tôt dans l’année, les Foo Fighters ont sorti un film, Back and Forth, qui accompagnait la sortié de l’album Wasting Light. Présenté de manière strictement chronologique, le film racontait simplement l’évolution du groupe, de l’époque où Dave Grohl enregistrait seul ses chansons dans l’ombre de Kurt Cobain jusqu’à leur statut actuel de stars mondiales. Mais le film ne cachait rien : l’histoire des Foo est entachée de changements de personnel, souvent de manière brutale ; de même, le batteur Taylor Hawkins fut en proie à de sérieux problèmes de drogue, qui l’ont poussé à l’overdose. Back and Forth en parle systématiquement, et n’hésite pas à faire intervenir chaque personne concernée (y compris les anciens membres) et à faire passer Dave Grohl, pourtant officiellement The Nicest Guy in Rock, pour un control freak parfois détestable. Bien que le film se terminait dans la joie et la bonne humeur, avec l’enregistrement de Wasting Light dans la piscine familiale des Grohl (ou presque), le film (et le groupe) n’a définitivement pas choisi la voie évidente de l’hagiographie.

Il serait probablement excessif de parler de Pearl Jam Twenty comme une hagiographie. Mais force est de constater, après deux heures d’un film très soigneusement monté, aux images d’archives souvent hallucinantes, que le réalisateur Cameron Crowe n’a jamais cherché à trop bousculer le groupe ou les téléspectateurs. Pearl Jam Twenty est un documentaire, certes très bon, mais dont le degré critique est proche du zéro absolu.

Pearl Jam Twenty était très attendu. Mis en boîte par un réalisateur phare d’Hollywood qui a connu, sur place, la naissance de Pearl Jam, il devait raconter l’histoire d’un groupe qui a tout connu. Des débuts déjà marqués par le malheur, un succès interplanétaire très rapide et mal vécu par certains membres du groupe, des tragédies individuelles et collectives ainsi qu’une seconde décennie nettement plus introspective, jusqu’à une certaine résurgence commerciale. Tout ceci se trouve dans le film. Une bonne partie du début est consacré à Pearl Jam avant Pearl Jam, à savoir quand Stone Gossard (guitare) et Jeff Ament (basse) étaient membres d’un groupe de glam rock alternatif mené par le flamboyant Andy Wood et appelé Mother Love Bone. Après l’overdose fatale à Wood Gossard et Ament (depuis rejoints par un autre guitariste nommé Mike McCready et aidés par le batteur de Soundgarden Matt Cameron) envoient une cassette instrumentale de trois titres à un chanteur/surfeur de San Diego via Chicago, et le reste est Histoire.

Et l’Histoire, on la voit se dérouler sous nos yeux, dans un montage rapide mais pas hystérique. Beaucoup d’images inédites et légendaires : le deuxième concert de Pearl Jam (alors appelé Mookie Blaylock) avec la seconde prestation publique d’Alive (596 suivront à ce jour). Les fans connaissaient l’existence d’un concert acoustique à Zürich, en 1992 où, selon le groupe, la scène était plus petite qu’une estrade de batterie : le film prouve que cette affirmation est correcte. On voit aussi un jeune Vedder sérieusement bourré insulter MTV dans une salle plein d’exécutifs artistiques lors de la présentation du film (de Cameron Crowe) Singles, ainsi qu’une compilation des sauts de Vedder dans le public, qui restent absolument ahurissants. Mais l’image d’archive la plus extraordinaire provient de la collection personnelle de l’ex-guitariste de Hole Eric Erlandson, qui ne l’avait jamais rendue publique auparavant.

Il faut savoir qu’à l’époque, MTV diffusait de la musique, et la presse musicale avait un réel pouvoir. Et donc, on s’amusait à créer une guerre infondée entre Nirvana (les punks, les vrais) et Pearl Jam (les vendus influencés par Van Halen). Cobain et Vedder étaient donc censés se détester, même s’ils ne se connaissaient pas vraiment (et s’appréciaient plutôt pas mal). Un jour, lors des MTV Video Music Awards 1992, Eric Clapton joue Tears in Heaven, et en dessous de la scène, Kurt Cobain et Eddie Vedder dansent, dans les bras l’un de l’autre. L’histoire était connue, mais on ne l’avait jamais vue. C’est chose faite, et c’est aussi le seul document connu à ce jour où les deux porte-drapeaux du (désolé) grunge se retrouvent ensemble.

Rien que pour cela, PJ20 vaut tout l’or du monde (ou en tout cas les 14€ du ticket de cinéma et les 60 dollars de l’édition spéciale dvd/blu-ray) pour les fans du groupe, ou n’importe qui un tant soit peu intéressé par l’histoire du mouvement. Malheureusement, on ne voit que peu d’interactions avec d’autres musiciens, probablement par maque de temps (le film aurait facilement pu durer six heures, on annonce d’ailleurs quatre heures de bonus sur le DVD). A part Chris Cornell, qui intervient souvent lors de la première partie, on aperçoit en vitesse Alice in Chains, mais c’est plus ou moins tout. C’est d’ailleurs une caractéristique du film, la vitesse à laquelle tout est décrit. A peine finie la longue introduction au groupe, tout défile, à la vitesse du narrateur de la chanson MFC, extraite de Yield. Le bipolaire Vs, l’ambitieux Vitalogy se partagent quelques minutes de temps d’écran, mais beaucoup plus que l’expérimental No Code, album adoré des fans mais définitivement mal aimé du groupe. Et pendant ce temps, on se pose une question dont on n’aura jamais vraiment la réponse : mais que se passe-t-il dans la tête du groupe? Qui est Pearl Jam?

On connaît les démons du groupe, les problèmes qui ont entaché leur première décennie. La personnalité parfois écrasante d’Eddie Vedder, leur obsession criante pour le respect de la vie privée (amateurs de détails croustillants, passez votre chemin, et le – superbe – livre-compagnon ne vous dira rien de plus), les addictions de McCready, pour ne citer que quelques exemples. On en parle, un peu, en passant, mais sans jamais s’y attarder, comme Back and Forth pouvait le faire. Un exemple assez parlant : on voit Pearl Jam jouer Do the Evolution, live en studio, en 1998. McCready est en très mauvais état. Il est bouffi, a pris dix ans dans la tronche et est encore plus mal sapé que Cobain au Unplugged. Quelques secondes après, McCready version 2010, en pleine forme (il fait des marathons, maintenant, figurez-vous), parle de “sa mauvaise période”, en passant, alors que sa fille, qui ne devait pas avoir beaucoup plus d’un an, joue devant lui. Que les choses soient claires, loin de moi l’envie de voir McCready en pleine crise de dépendance alcoolique, mais je ne peux m’empêcher de penser que Crowe n’a pas voulu aller au fond des choses, peut-être pour ne pas choquer un groupe composé avant tous de ses amis.

Mais le point le plus étonnant concerne sans doute les batteurs. McCready compare Pearl Jam à Spinal Tap, et n’a pas tort : avant même que le premier album ne sorte, Pearl Jam avait déjà utilisé quatre batteurs, et en utilisera encore deux par la suite, même si le premier, Matt Cameron, se retrouve être le dernier. Jack Irons est parti pour raisons de santé, on le sait, mais l’histoire du premier batteur, Dave Abbruzzese, est nettement plus confuse. Il aurait été viré parce qu’il n’avait pas la même vision de la célébrité que le reste du groupe (autrement dit, alors que Vedder voulait se retrouver le plus loin possible des médias, Abbruzzese embrassait un mode de vie de rockstar). On dit même que Vedder l’a viré parce “qu’il était plus beau que lui”. La vérité, cela semble clair, ne sera sans doute jamais connue : Crowe ne lui a (probablement) pas donné la parole.

Malgré ces points d’ombre, Pearl Jam Twenty reste un documentaire passionnant, également lorsqu’il évoque la seconde décennie du groupe, au succès commercial très mitigé. Les albums BinauralRiot Act et Pearl Jam sont rapidement passés en revue, et on pourra être très surpris que pas un seul mot n’est dédié à ce qui reste, très étrangement, le morceau de Pearl Jam qui aura eu le plus grand succès commercial, Last Kiss. De toute façon, comme évoqué ci-dessus, Crowe aurait eu six heures de film et cela aurait quand même été trop court, et on pourra gloser pendant des heures sur les bienfaits et méfaits de l’édition du film : était-ce, par exemple, utile de montrer une longue audition de Gossard et Ament devant le sénat US lors de l’affaire Ticketmaster. La scène est souvent drôle (en fait, chaque scène avec Stone est drôle, Stone devrait avoir sa propre sitcom, si possible chez lui), mais elle a sans doute privé le film d’autres images émouvantes.

Ecrire une chronique sur un tel film est un exercice relativement futile, surtout quand l’auteur connaît beaucoup plus de choses qu’il devrait sur le monde de Pearl Jam. Il est très probable qu’un spectateur qui a perdu moins de temps sur MTV, à lire des magazines d’époque, ou à traîner dans des magasins de disques douteux à dépenser l’équivalent de 50€ pour un bootleg au son tout aussi douteux ne se posera pas le même genre de questions. Et si Crowe avait effectivement développé une partie un peu plus personnelle de la vie du groupe, d’autres passages en auraient nécessairement souffert. Je pense que les heures passées en salle d’édition ont du être particulièrement cruelles, et j’espère que le dvd/blu-ray pourra combler certains trous (mais pas ceux de la vie privée, on n’en saura absolument jamais rien).Oh, et tant que j’y suis : la musique, elle est vraiment, vraiment bien.

NB : après avoir écrit la chronique, j’ai appris qu’une édition spéciale du film, qui sortira le 25 octobre en dvd/blu-ray (exclusivement via pearljam.com) comprendra quatre heures de bonus, un cut spécial ne reprenant que les performances musicales du film ainsi qu’un documentaire inédit sur la principale force de Pearl Jam, son public.

NB2 : Pearl Jam Twenty, c’est aussi un livre passionnant, mais au même ton relativement détaché que le film. On y retrouve toutefois des images somptueuses ainsi que des essais intéressants sur chaque album du groupe. Il est d’ores et déjà disponible en version originale, et sera disponible fin octobre en version française aux éditions Autour du Livre.

NB3 : Pearl Jam Twenty, c’est aussi une bande originale passionnante, que je chroniquerai bientôt…

Pearl Jam – Live On Ten Legs

Pearl Jam a vingt ans. Pour entamer une année de célébrations (leur propre festival cet été aux USA, les ressorties de Vs et Vitalogy, notamment), le groupe sort Live on Ten Legs, reprenant dix tournées, entre 2003 et 2010.

On va vider le sac d’entrée : non, LOXL n’est pas représentatif d’un concert de Pearl Jam, surtout que quasi tous leurs concerts depuis 2000 sont sortis officiellement en cd, la plupart était disponibles gratuitement. Non, la sélection de morceaux n’est pas irréprochable : pourquoi Arms Aloft et Public Image (des reprises de Joe Strummer and the Mescaleros et de PiL) et pas, par exemple, Sonic Reducer ou Kick Out the Jams? De même, les premier et dernier albums sont fort représentés (5 extraits de l’époque Ten, six de celle de Backspacer) alors qu’on ne compte qu’un seul représentant  pour Binaural (mais c’est le merveilleux Nothing as it Seems), YieldRiot ActAvocado et… aucun No Code. Enfin, personne ne pourrait imaginer un concert de Pearl Jam qui dure 75 minutes, ou qui commence avec un Eddie Vedder essoufflé : le morceau choisi comme ouverture du disque a en fait été joué en plein milieu d’un concert de fin de tournée, à Werchter en 2010.

Voilà. Maintenant, on peut se concentrer sur l’album, imparfait mais phénoménal témoignage de la puissance, de l’énergie, et de la passion de Pearl Jam en concert. Animal, Porch, State of Love and Trust, Rearviewmirror sont autant de monstres rock ‘n roll intemporels, exécutés, comme à chaque fois, comme s’il s’agissait de la dernière. Le groupe joue comme une mécanique très bien huilée : Jeff Ament et Matt Cameron donnent le rythme, Stone Gossard offre des riffs légendaires et des soli précis, alors que Mike McCready fait plus qu’honneur à ses idoles ses idoles Hendrix, Vaughan et compagnie. Eddie Vedder, quant à lui, est Eddie Vedder. Malgré tout, on n’a jamais l’impression que Pearl Jam est en pilote automatique : on ne le remarque pas sur cet album, mais deux mêmes morceaux ne sont jamais joués à l’identique. Even Flow, notamment, bénéficie toujours d’un solo de McCready, souvent improvisé, toujours différent. Beat that, Kirk Hammett.

Malheureusement, l’essence même de la compilation crée des baisses de régime. On pourrait toutefois dire qu’un concert de plus de deux heures doit aussi comporter ses baisses de niveau. Certes, mais elles sont sans doute moins évidentes qu’ici, où les morceaux de Backspacer (surtout Unthought Known et Just Breathe) peinent à soutenir la comparaison. I Am Mine et Nothing as It Seems, rarement joués en concert, sont d’excellentes “surprises”, tout comme le subtil In Hiding. On peut toutefois s’étonner de la relative mollesse de Spin the Black Circle, qui semble presque joué au ralenti. L’album se conclut avec une triade (de vingt ans d’âge) qui elle, pourrait se retrouver telle quelle en concert : Porch, Alive, et le classique final, Tellow Ledbetter. A ce moment-là, après les dernières notes du dernier solo de McCready, on peut enfin imaginer qu’on est vraiment à un concert de Pearl Jam. Dommage que ce sentiment n’est pas présent tout au long de l’album.

Un fan de Pearl Jam (inutile de déguiser la vérité, Pearl Jam est sans doute mon groupe phare de ces quinze dernières années, et celui que j’aurai vu le plus souvent – douze fois – en concert) aura maintes raisons d’être déçu de cet album, mais il aura, nécessairement, accès à des dizaines de concerts complets et de tonnes d’autres morceaux tout aussi indispensables (ne citons que Long Road, Release, Why Go, Leash, Immortality, Faithful, ou encore les reprises Baba O’Riley ou Rockin’ in a Free World), ce qui n’est pas le cas de tout le monde. L’utilité de LOXL est peut-être d’introduire une nouvelle génération de fans à Pearl Jam, ceux qui n’achètent peut-être plus de musique, mais qui vont plus souvent aux concerts, et qui savent distinguer un grand groupe de scène d’un honnête groupe de studio. Et même si je n’écouterai sans doute plus cet album, il reste impressionnant, et doit être une porte d’entrée vers le monde fascinant d’un des meilleurs groupes que le rock ait engendré. Depuis vingt ans, et c’est bien loin d’être fini.

Spotify : Pearl Jam – Live on Ten Legs

Nothing as it Seems :

Les paroles de Backspacer (Pearl Jam)

En presque vingt ans de carrière, il semble évident de dire que les paroles de Pearl Jam sont généralement lourdes de sens. Pour ne reprendre qu’un exemple par album, Pearl Jam (principalement son chanteur Eddie Vedder) a évoqué l’inceste (Alive), les armes aux USA (Glorified G), une réflexion sur la mort (Immortality), sur la célébrité et son refus (In My Tree), la théorie de l’évolution (Do The Evolution), la tuerie de l’école de Columbine (Rival), l’avidité de notre société (Green Disease) ou encore les réservistes de l’armée US (Army Reserve). Bien sûr, certains de leurs morceaux sont différents, mais PJ n’est pas connu pour sa légèreté, et cela ne s’est pas arrangé avec le temps : Riot Act était le premier album majeur parlant avec un certain recul du 11-Septembre alors que les morceaux de Pearl Jam avaient souvent un titre qui parlait de lui-même, comme Worldwide Suicide, Life Wasted, Comatose, Severed Hand. Leur nouvel opus, Backspacer, est leur album le plus court et, dit-on, le plus optimiste. Eddie Vedder, qui a écrit l’entièreté des paroles, s’est concentré sur quelques thèmes qui lui sont chers, et qui apparaissent souvent de manière récurrente ici, ce qui n’empêche pas quelques surprises.

Vedder a commencé par raconter des histoires assez glauques, parsemées de malheurs et tristesses en tout genre. On retiendra évidemment la trilogie Mamasan, racontant l’histoire d’un garçon se faisant abuser sexuellement par sa mère (Alive), avant de devenir un tueur (Once) et d’attendre la fin dans le couloir de la mort (Footsteps). Jeremy tente de décrire ce qui est passé par la tête d’un gosse qui s’est suicidé en classe alors que Black est une chanson d’amour contrarié de plus, mais quelle chanson. Au fur et à mesure, Vedder élargira ses horizons, en étant notamment plus personnel (Animal, Rearviewmirror, Blood) ou justement plus général (Indifference, Leash). Il se lancera aussi dans l’engagement politique (Dissident, W.M.A) et attirera l’attention de critiques féministes par son étonnante capacité à se mettre dans la peau du sexe opposé (Daughter, Betterman). Enfin, on ne peut pas parler des textes de Vedder sans évoquer la mer. Surfeur avide, Vedder parsème ses textes de références aux vagues, notamment comme source de changement (Oceans) ou comme motivation (Release).

Le succès immense que connaîtra Pearl Jam va aussi lui inspirer quelques réflexions, la majorité se trouvant sur ce qui est sans doute leur album le plus radical, Vitalogy. On a souvent tendance à tracer une ligne entre cet album et le suivant, No Code. Même s’il n’y a pas vraiment de cassure, No Code marque le moment où Pearl Jam a pris conscience du concept de liberté artistique, et a pu sortir des albums sans trop s’inquiéter de leurs chiffres de vente (le but de cet article n’est pas de se demander si cela a changé ou pas). De même, les textes sont peut-être aussi moins marquants, Vedder ne ressentant peut-être plus le besoin de marquer les esprits. C’est aussi à partir de No Code qu’il laissa ses bandmates écrire quelques textes, parfois avec brio (Rival, Gods Dice, Nothing As It Seems, Inside Job).

Comme évoqué plus tôt, Riot Act et Pearl Jam sont sombres, tout comme les textes de Vedder. Paradoxalement (ou pas?) c’est aussi dans ces deux albums qu’il osa parler d’amour, comme s’il se sentait libéré de certaines contraintes. Etre lui-même amoureux a sans doute aussi aidé. Et comme les premiers pas d’un amoureux, Vedder a parfois pêché par maladresse. Un sujet si grave que la mort de neuf fans pendant un concert (Roskilde 2000) méritait un autre titre que Love Boat Captain, et des métaphores un peu plus légères (un bateau n’a pas de rênes). L’important était toutefois là : l’amour comme force qui guide l’être humain dans la tempête. Ce thème allait devenir récurrent chez Vedder, et empreindre virtuellement chaque morceau de Backspacer. Un autre thème récurrent, lié à l’amour, est celui du carpe diem. Le premier single de Riot Act, I Am Mine, l’explicite très bien : “I know I am born, and I know that I’ll die / The in between is mine”.

Pearl Jam, dit “Avocado”, est aussi assez chargé en thèmes sombres, comme déjà évoqué plus haut. Hélas, ces idées sont parfois évoquées de manière peu subtile, comme sur l’assez lourdaud Come Back. Mais les rayons de soleil viennent surtout de Parachutes (“What a difference had I not found this love with you”, de Big Wave (au texte aussi explicite que le titre) ou de Inside Job, dont le texte motivant est écrit par le guitariste Mike McCready, une première pour le groupe.

Ce qui nous amène à Backspacer. Effectivement concis, l’album est une photographie précise de l’état d’esprit actuel du groupe, et donc, bien sûr, de son parolier. Gonna See My Friends introduit le thème principal des textes de Backspacer : la mort. Ou plutôt la conscience de la mortalité. C’est véritablement une obsession : Gonna See My Friends est ponctué de images s’y référant. “I wanna shake this pain before I retire”, “won’t be long before we all walk off the wire” et surtout “wanna leave it all, wanna give it up, wanna see it, gone once and for all.” Faire une interprétation définitive d’une oeuvre artistique est aussi dangereux qu’inutile, mais il n’est pas impossible que le morceau parle de suicide. Mais l’autre face de la même pièce indiquerait plutôt l’envie de faire le plus possible, de saisir sa vie au maximum avant qu’elle se termine. Carpe diem, donc.

Les deux morceaux suivants partagent une caractéristique déjà vue auparavant : on pense rapidement qu’elles parlent de drogue, mais ce n’est pas (directement) le cas. Voyez-vous, au début de Vitalogy, on a Spin The Black Circle, un des morceaux les plus hard du groupe, qui leur a d’ailleurs valu un Grammy pour meilleure performance hard rock. Spin The Black Circle, comme son nom l’indique, est une ode au vinyl, mais écrite à l’aide de métaphores qu’on pourrait retrouver dans un morceau parlant d’héroïne. “See this needle, see my hand… drop, drop dropping it down” ou encore “You’re so warm, the ritual, when I lay down your crooked arm”. Franchement évident, mais quelques mois après le suicide de Kurt Cobain, on cherchait des indices un peu partout.

Got Some et The Fixer rentrent dans cette catégorie, et on le sait rien qu’en lisant les titres. Gonna See My Friends pourrait peut-être s’y retrouver aussi, d’ailleurs. Mais Got Some est clairement une métaphore “drogue”, même si ce que le héros du texte veut offrir est tout autre : il semble offrir l’espoir et l’encouragement. Cependant, le texte est plutôt écrit de manière rythmique, ce qui permet à Vedder d’exceller dans la diction d’un morceau rapide et enlevé, un des meilleurs de l’album. The Fixer pourrait aussi être celui qui apporte la seringue, mais non, c’est celui qui règle les problèmes. Le texte est écrit sous une structure figée, et sans refrain. Le fixer en question pourrait être Vedder lui-même, ou une personnalité hors du commun qui a le pouvoir d’améliorer la vie des gens. Bien sûr, ce pourrait être aussi l’omniprésent Barack Obama. Ici non plus, la mort n’est pas loin : les trois derniers vers sont “I’ll dig your grave, we’ll dance and sing, what say, could be our last lifetime”. J’ai parlé de carpe diem auparavant?

Heureusement, Pearl Jam (et le producteur Brendan O’Brien) ont la bonne idée de varier les plaisirs. Johnny Guitar en est un, de plaisir. Vedder raconte l’histoire, avec un phrasé assez original, d’un amoureux transi qui n’arrivera jamais a conquérir sa belle, car elle est elle-même énamourée du beau Johnny Guitar. Vedder n’a jamais été aussi coquin, lorsqu’il parle d’une chaleur qu’il (le héros) aimerait apercevoir en dessous d’une robe rouge… Interlude de taille dans un album nettement plus chargé que prévu, Johnny Guitar cède sa place au premier des deux morceaux (presque) solo Vedder, Just Breathe.

Clairement inspiré de son travail pour le film Into The Wild, Just Breathe est, selon lui sans aucune honte, sa première vraie chanson d’amour. Ses sentiments sont là (“I’m a lucky man, to count on both hands, the ones I love”) mais sont parfois retranscrits de manière décevante (“some folks just have one, others they got none”). Cependant, il est difficile de nier la puissance romantique du morceau, avec un refrain autoflagellant mais rédempteur. La grande faucheuse plane aussi sur Just Breathe, au début (“Yes I understand that every life must end”) et à la fin (“Hold me till I die, see you on the other side”). Pas la peine d’enfoncer le clou, si vous êtes toujours en train de lire, vous avez compris.

Mais quand on y pense, Backspacer n’a pas encore parlé de vagues. Amongst The Waves est là pour le rappeler, même si le morceau ne parle pas ouvertement de surf, comme on aurait pu le croire. Vedder ne s’est pas vraiment surpassé sur le début du texte (“reservoir”, “undertow”, déjà vu), mais réussit forcément à caler une référence “qui tue” (“I can feel like I put away my early grave”, carpe machin) tout en mentionnant la théorie de l’évolution. L’amour sauve encore (“if not for love, I would be drowning”) mais c’est surtout l’hommage aux grandes gueules qui est touchant : “Gotta say it now, better loud, than too late”. Sans doute un des meilleurs jeux de mots écrits par EV. Unthought Known est plus abstrait, mais tourne aussi autour de l’idée de l’amour comme force positive.

Comme Johnny Guitar auparavant, Supersonic est placé pour un peu détendre l’atmosphère. Rapide et simple, le morceau est très positif et continue le thème du carpe diem : “I wanna live my life with the volume full”. Mais ce n’est évidemment pas là-dessus qu’on doit s’attendre à quelques fulgurances de Vedder. Le trio de clôture est intéressant à plus d’un titre. Speed of Sound est une réflexion sur le passé (le titre Backspacer en est d’ailleurs une référence directe) mais cette fois, empreinte de négativité : “waiting on a sun that just don’t come”, “can I forgive what I can’t forget and live a lie”, “waiting on a word that just don’t come”. Totalement à l’opposé du positivisme du reste de l’album, Speed of Sound surprend, mais devient nettement plus logique à l’écoute du dernier morceau ; nous y reviendrons. Force of Nature est fidèle a son titre, et voit Vedder aligner une série d’images et de métaphores sur, évidemment, le thème de l’eau. Plus précisément, il compare la femme à un bateau (en anglais, on parle d’un bateau au féminin, “one man stands alone, waiting for her to come home”), attendu patiemment par l’homme (qui lui, est un phare). Il est possible que les images de vents puissants (“gale force shaking windows in the storm”) soient liés à des troubles dans une relation. “Somewhere there’s a siren singing a song only he hears,” la question est de savoir qui est cette sirène… Mais l’homme semble têtu, et toujours amoureux : “Is it so wrong to think that love can keep us safe”. Ambigu, et très intéressant dans le contexte de Speed of Sound, et surtout du morceau de clôture, The End.

The End est un morceau à part dans la discographie du groupe, car Vedder semble être le seul membre du groupe à jouer dessus. Pourtant, ce n’est pas son Yesterday, bien que là aussi, on parle d’une histoire d’amour (peut-être la suite de Speed of Sound, voire de Force of Nature) qui finit mal. Comme toujours, il est dangereux de vouloir disséquer un texte à outrance, et celui-ci est assez explicite, je ne m’y attarderai donc pas en détail. Mais c’est peut-être le morceau le plus triste du catalogue du groupe, et il détruit totalement les thèmes d’amour, d’espoir et de vie qui dominaient jusque là Backspacer. On regrettera que Vedder utilise la même image que sur Just Breathe (“I’m just a human being”), mais la fin, poignante, se suffit à elle-même : “My dear, the end is near, I’m here, but not much longer”. Et le morceau se termine sur cette dernière syllabe, terriblement accompagnée d’une profonde inspiration. Mort, suicide, départ, je vous laisse juge.

Backspacer est un album obsédé par la mort, et donc par la vie, et la conscience de sa propre mortalité. On pourrait facilement faire de la psychologie du dimanche et, par exemple, dire que Vedder écrit de manière plus réflexive depuis qu’il est (double) père de famille, mais je ne prétends pas suffisamment connaître sa personnalité pour le faire. Il semble clair, après quelques écoutes attentives, que ce n’est pas du tout l’album stupidement optimiste qu’on aurait pu penser, même si le début de l’album abonde dans ce sens. Mais les trois derniers morceaux montrent que Vedder ne peut pas vraiment s’empêcher de broyer du noir, et finalement, tant mieux : c’est lui qui écrit, et il écrit ce qu’il veut. On pourra (et on l’a fait) disserter sans fin sur la qualité de l’album “complet”, avec les musiques, mais les textes sont, comme toujours chez Pearl Jam/Vedder, suffisamment riches pour mériter qu’on en parle longuement.