Archives par mot-clé : DZ Deathrays

Juillet / Août 2014

Avec un retard malheureusement habituel encore plus important, voici ma sélection d’albums sortis en juillet et août 2014, période traditionnellement creuse en matière de sorties, même si on est maintenant dans une période ou tout peut arriver plus ou moins n’importe quand à ce niveau-là. Pas de complications artistiques en ce qui concerne mon texte, juste mon album du mois et une liste commentée alphabétisée de ce qui a attiré mon attention pendant ces deux mois.

Ty Segall Manipulator

Ty SegallManipulator. Que dire de plus sur Ty Segall? Ce type est tellement génial que son bassiste est lui-même un auteur/guitariste fantastique. Et même si tous ses albums précédents valent le déplacement, Manipulator est peut-être son meilleur. C’est en tout cas son album le plus construit, le plus travaillé. Attention, on est ici bien loin de la surproduction, mais Segall a apporté un peu plus de soin au produit fini qui est quand même son septième album depuis 2008 et compte 17 morceaux en une petite heure : il reste très, très prolifique et passe d’un genre à l’autre, tout en étant, finalement, toujours dans son propre genre.

Biffy ClyroSimilarities. C’est maintenant une tradition pour le trio écossais, après chaque album sortent les faces B associées, compilées sur un album au titre évocateur (l’album s’appelant Opposites). Ceux dont la direction mainstream prise par Biffy voici déjà quelques années rebutent ne trouveront pas spécialement leur bonheur ici, on ne peut pas vraiment parler de grande différence musicale. Maintenant, la quasi absence d’intérêt commercial leur ont peut-être permis de lâcher prise sur des morceaux moins contrôlés et assez solides.

DZ DeathraysBlack Rat. On risque de se demander à quoi ils servent, maintenant que Death From Above 1979 est de retour parmi les vivants, mais en attendant, on profite de cet album plus mélodique et un peu moins in your face que le précédent (comme le DFA, en somme).

Earthless & Heavy Blanket – In A Dutch Haze. Attention ovni. Earthless prête sa section rythmique epoustouflante (Mike Eginton et Mario Rubalcaba) aux deux guitaristes de Heavy Blanket (Graham Clise et un certain Joseph Mascis) le temps d’un concert unique aux Pays-Bas. En découle cet album instrumental d’une heure, sans aucune pause mais sans une seule seconde d’ennui. Les musiciens jouent ensemble avec une précision phénoménale, Rubalcaba créant un canevas infini sur lequel Mascis peut poser sa créativité débordante.

FKA twigs – LP1 J’ai une grosse impression qu’on veut rejouer la hype (méritée, pour moi) autour de The XX avec cette altpop contemporaine chuchotée et hyperproduite. Très bien produite, cependant, et la voix de Tahliah Barnett est carrément surnaturelle. Cela me semble fort léger, mais bon, c’est sans doute moi.

The Gaslight AnthemGet Hurt. Ce n’est pas la première fois que j’émets des doutes sur ces braves gens, mais là, ça commence à bien faire. Ce qui devait être leur No Code (selon eux) est en fait un album plat et transparent.

The Icarus LineAvowed Slavery. Slave Vows était un album remarquable de 2013, et les inédits compilés ici (c’est le mois de compiles d’outtakes avec jeu de mot dans le titre) le sont aussi.

The Last InternationaleWe Will Reign. Histoire sympa que celle de ce duo engagé qui a tellement plu à Brad Wilk (Rage Against the Machine, Audioslave, Black Sabbath) qu’il a demandé de les rejoindre. Sa frappe monolithique est reconnaissable, mais le groupe est bon même sans lui. Malgré quelques morceaux musclés (Killing Fields, assez RATM), leur son est plutôt folky et très bien chanté. Merci Brad pour la découverte, et vive le communisme.

Manic Street Preachers – Futurology. Quand on est fan d’un groupe depuis longtemps, ce n’est pas toujours gloire et beauté. Au mieux, on est content qu’ils existent toujours et que leurs concerts, à défaut de leurs albums, soient toujours extraordinaires (Pearl Jam), au pire, on regarde ailleurs en étant vaguement gêné (je ne cite personne, mais fans de U2, je pense à vous). Les Manics, c’est autre chose. Chaque album aura été différent, pas nécessairement fantastique et parfois médiocre, mais on ne s’est jamais ennuyé. Et au fond, on espérait qu’un jour, le nouvel album ne serait pas juste “bon pour un vieux groupe” mais carrément excellent. Devinez quoi? C’est arrivé! Sans problème leur meilleur album depuis “longtemps” (je ne me mouille pas), Futurology chope des influences krautrock, synthrock européen, Simple Minds pré-succès pour un album cohérent, pas évident et passionnant de bout en bout. Les highlights sont nombreux, de l’évident single Walk Me To The Bridge à l’auto-caustique The Next Jet to Leave Moscow, en passant par l’exercice de style vocal à la Holy Bible Misguided Missile, deux instrumentaux menaçants et les collaborations de Georgia Ruth Williams, Green Gartside et Nina Hoss (le fantastique Europa Geht Durch Mich).

J Mascis – Tied To A Star. Suite logique de Several Shades of Why, Tied to a Star voit Mascis en mode détendu (enfin, en a-t-il jamais été autrement?), avec encore moins de guitare électrique et Cat Power qui vient chantonner sur l’oxymore sonore Wide Awake. C’est évidemment très beau, parce que c’est J Mascis.

Merchandise – At The End. Un peu comme The Men en plus intéressant, Merchandise continue sa métamorphose progressive. Ils ont commencé par balancer des albums en téléchargement gratuit, et maintenant ils sortent de vrais disques sur un vrai label qui se révèle être leur évidente maison : 4AD. Carson Cox ne sonne plus totalement comme Morrissey (même si, Looking Glass Waltz) mais la guitare rappelle tout de même souvent Johnny Marr. Mais depuis quand serait-ce une mauvaise chose? Intense et aérien, At The End sonne comme un album perdu dans une époque qui ne lui convient pas…

Morrissey – World Peace Is None Of My Business. Steven Patrick Morrissey… Celui qui annule des tournées plus vite qu’il ne critique la famile royale anglaise et qui a passé la moitié de son autobiographie à raconter en détails un procès insupportablement emmerdant a recommencé. Il avait l’habitude de blâmer les échecs commerciaux de ses différents albums, tant solo qu’avec The Smiths, sur le manque d’entrain de ses différents labels, et il vient donc de recommencer. Quelques semaines après sa sortie, il est effectivement impossible d’acheter World Peace en digital, ou de le streamer : Morrissey a interdit son désormais ex-label de le faire. Ce qui est dommage, parce que l’album, très Morrissey niveau paroles, est varié, intelligent, touchant et toujours très bien chanté, même si évidemment assez prétentieux et parfois inutilement long. Il faudrait quand même qu’il touche terre un de ces jours, mais est-ce qu’il serait encore alors Morrissey?

The New PornographersBrill Bruisers. Après les excellents albums des membres Dan Bejar (Destroyer), et Neko Case, le “supergroupe” emmené par AC Newman repart pour un bien joli album d’indie pop expansive et très variée, notamment grâce à ses différents vocalistes. Les trois morceaux (dont un ancien) de Bejar donnent vraiment envie à d’un nouveau Destroyer.

PennywiseYesterdays. Jim Lindberg est revenu au bercail, et Pennywise en profite pour sortir un album de morceaux écrits en 1989. On sait exactement ce qu’on va avoir sur l’album, et on l’a.

The Raveonettes – Pe’ahi. Même si le duo danois exilé depuis longtemps aux USA écrit toujours des pop songs 60s dans un emballage shoegaze, ils ont produit et sorti leur album seuls, en total contrôle. Plus varié en terme d’instrumentation, l’album est aussi un peu moins tendu, même si les thèmes abordés sont toujours fort personnels et parfois violents. Probablement leur meilleur album depuis Lust Lust Lust, et cette fois, c’est vrai.

The Rentals – Lost in Alphaville.  Lorsque Matt Sharp a quitté Weezer peu après Pinkerton, ce fut fatal pour le groupe, qui s’est séparé immédiatement (ben quoi?). Heureusement, Sharp a continué son projet The Rentals, en changeant régulièrement de musiciens au fil des années. C’est notamment avec l’ami de Jack White Patrick Carney qu’il se rappelle à notre bon souvenir avec cet excellent album de pépites pop parfaites.

Rise Against – The Black Market. Produit comme le dernier Alkaline Trio par Bill Stevenson, l’album (déjà leur neuvième) est percutant, puissant notamment grâce à la voix de Tim McIllrath. Excellent punk mélodique moderne, pour mettre des étiquettes.

The Wytches – Annabel Dream Reader On recommence encore, une fois de plus, à parler de l’avenir du rock, qui est soit en résurrection (si l’on en croit le succès de Royal Blood) soit mort (si l’on écoute les conneries du cadavre vaguement animé Gene Simmons). The Wytches tentent de donner raison à la première possibilité, et pour ce faire, ils adaptent le punk crampsien des excellents 80s Matchbox B-Line Disaster avec le second album d’Arctic Monkeys, en passant par Jack White et des guitares surf. Quand c’est bordélique, c’est assez chouette (Burn Out the Bruise).

“Weird Al” Yankovic – Mandatory Fun. Le marketing énorme autour de l’album (une semaine avec une nouvelle vidéo chaque jour) a permis à ce bon vieux Al d’enfin atteindre la première place du classement Billboard US. Je suis bien content pour lui, surtout qu’il est toujours aussi marrant dans ses parodies toujours très zeitgeist : Fancy devient Handy (les talents d’Al le bricoleur), Royals Foil (les divers usages du papier alu) ou Blurred Lines Word Crimes (la grammaire défaillante des internautes contemporains). Mais c’est surtout dans les pastiches que Yankovic excelle : ceux des Foo Fighters (avec plein de pré-refrains) et de Pixies (avec les backing vox de Kim Deal, cette fois par Amanda Palmer) sont absolument parfaits. Maintenant, pas certain qu’on va l’écouter plus d’une fois.

C’est fini pour ce mois-ci, ou pour les deux derniers mois en fait. J’essaie de faire un plus plus rapide pour un mois de septembre bien intéressant aussi, mais c’est comme ça chaque mois, maintenant. Playlist avec un peu de (presque) tout, et même encore plus.

Enjoy!

Top albums 2012 : 40-21

Music Box 2012/3Petit changement de programme, comme je n’aurai (évidemment) pas terminé à temps, on aura un top 20 dans quelques jours plutôt que le top 10 prévu au départ. Sans plus attendre, voici les albums que j’ai (futilement) classé de 40 à 21.

40 Kendrick Lamar – good kid m.A.A.d city. On risque encore de dire que je “n’aime pas le rap”, parce que c’est censé être numéro 1 partout, ce truc. Et oui, c’est un album plein de trouvailles sonores, avec assez souvent un ton autobiographique fort intéressant et parfois autocritique (l’alcoolisme social sur Swimming Pools, la dynamique criminelle de groupe sur The Art of Peer Pressure). Mais faire un morceau se rapprochant bien trop près d’une glorification du viol, ce n’est pas une très bonne idée. Inviter Dr Dre qui va évidemment parler de 2Pac, de son casque pourri et de Compton (en 2012!), pas une très bonne idée non plus. Mais il est vrai que Kendrick Lamar suit une certaine tradition, en se comparant à un roi (ou à Lebron James?) ou encore à Martin Luther King, rien que ça. Alors, peut-être qu’il fallait envoyer un album hip-hop dans le mainstream, vu les relatives déceptions apportées par le camp Odd Future (à une gigantesque exception). Mais aussi intéressant puisse-t-il être, cet album à la typographie aussi irritante que son auteur ne mérite pas tant de louanges.

39 Crocodiles – Endless Flowers. Tiens, encore un groupe qui aurait bien aimé serrer les pinces de Ian Curtis et de Kevin Shields (pardon, on me dit que la pince de Shields est toujours en train d’appuyer sur une table de mixage à l’heure qu’il est) tout en discutant de girl pop 60s avec les frères Reid. Un peu déjà vu, encore plus quand on sait que le chanteur est marié avec une autre revivaliste, Dee Dee Dum Dum. Mais avec des chansons comme My Surfing Lucifer, on pardonne.

38 Baroness – Yellow and Green. Terminant d’exploser complètement la barrière entre le metal et le reste des genres, le troisième album de Baroness est certes parfois très heavy, mais aussi étrangement  accessible et mélodique. Ils ont réussi à créer un tout qui sublime la somme de leurs influences : prog mais pas chiant, heavy mais mélodique, stoner mais focalisé. Et ceci tout au long d’un double album de 75 minutes. Très impressionnant.

37 Toy – Toy. Psyché, sombre, avec plein de flanger et des voix vaguement shoegaze, Toy a pris la place laissée vacante par The Horrors (en plus drogué). Et franchement, pas certain qu’on ait envie qu’ils la quittent, la place.

36 Paws – Cokefloat. Vous vous rappelez de Yuck l’an dernier? Cette année, on a Paws, grands admirateurs des pédales fuzz, des Fender Jaguar et des enregistrements lo-fi. Dérivatif sans être un plagiat, Cokefloat est un album de rock sale bien réalisé, qui peut aussi être une madeleine de Proust selon l’âge de l’auditeur.  Et comme j’ai trente-deux ans…

35 The Menzingers – On the Impossible Past. Dans la catégorie “groupe punk virant dans le classic rock”, The Menzingers restent du bon côté de la Force. Ce qui n’est pas le cas de tout le monde.

34 The Raveonettes – Observator. Après un Raven in the Grave en demi-teinte, le duo danois affine leur son en y ajoutant parfois un piano presque (ha) rave (Observator) et réalise leur meilleur album depuis Lust Lust Lust.

33 Jack White – Blunderbuss. Après trois groupes et pas mal de choses sur le côté, Jack White sort enfin son premier album solo. Et il faut reconnaître qu’il est assez différent de tout ce qu’il a fait auparavant, avec une importance accrue au clavier et au gospel. Cependant, il peut faire parler la poudre quand il le veut (Sixteen Saltines) et est toujours capable de jouer de la guitare comme personne (I’m Shakin’). On pardonnera la relative inégalité des morceaux et le manque de punch sur la fin, parce que finalement, ce n’est que son premier album.

32 Bob Mould – Silver Age. Mais si, Bob Mould, vous voyez, le type qui traîne avec Dave Grohl. Et qui sort un des meilleurs albums de “rock” de l’année. Attaque frontale sans répit, sans artifice ni distraction, très (trop?) carré. Gros refrains, grosses guitares, Dave aime bien, moi aussi.

31 DZ Deathrays – Bloodstreams. 2013 verra sans doute un nouvel album de Death From Above 1979, en attendant, leur ersatz australien vaut bien mieux qu’une simple copie, étant moins furieux et plus mélodique que l’original canadien.

30 Grimes – Visions. Ok, on a quelques morceaux énormes, et la (horrible double jeu de mot à venir) vision de Claire Boucher est assez prodigieuse. Mais Visions comprend un peu trop de fillers qui sonnent parfois comme un preset de clavier resté bloqué en place trop longtemps, tout comme son vocoder en mode chipmunk. Ou pour être moins sévère, l’effet de surprise et l’attrait de l’originalité passe un peu trop vite. Mais j’écris peut-être ça juste pour tempérer la dithyrambe lue ailleurs.

29 Disappears – Pre-Language. Hey, du rock alternatif avec des guitares, comme avant. On a parfois l’impression d’écouter un cours tant la musique semble technique, mais cela reste très bon, avec une rythmique parfaite et une voix no wave.

28 Alt-J – An Awesome Wave. Un bon album follement original, mais je reste un peu dubitatif quant à sa véritable importance, surtout de la part de certains qui le voient déjà comme un nouveau Kid A. On verra si Alt-J n’a juste pas trouvé un créneau très particulier qu’ils utilisent plus qu’ils ne devraient. En attendant, c’est un album qui ne ressemble à aucun autre.

27 Off!. De 42 secondes à 1 minute 37 par morceau pour un album intense de vieux types qui refusent de vieillir. Même la casquette d’Anthony Kiedis ne leur a pas porté préjudice, c’est dire qu’ils sont bons.

26 Ty Segall & White Fence – Hair. Ty Segall se retrouve trois fois dans le top 100, et c’est uniquement parce qu’il n’en a sorti que trois cette année. Sa collaboration avec White Fence mêle mélodies beatlesiennes et psyché moderne à la Tame Impala. A moins que ce soit le contraire. Plein de guitares fuzz, j’adore.

25 Jeff the Brotherhood – Hypnotic Nights. Potes de Jack White, ex-Be Your Own Pet, produits par Dan Auerbach, pas facile d’assumer de telles références. Pourtant, les frères Orrall y arrivent, avec un album rappelant parfois les meilleures heures pop-punkesques de Weezer (celles avec la pédale d’effet qui donne un son délicieusement pourri après quelques accords clairs) mais avec plus d’ambition, un peu de psyché par-ci, quelques cuivres par-là et un sens mélodique avéré. Nettement plus intéressant que le groupe principal du producteur.

24 Frank Ocean – Channel Orange. Je ne sais pas si tout ce qu’on dit ailleurs est vrai, mais Frank Ocean est un énorme talent, à la voix merveilleuse et à la vision stupéfiante. Pyramids est un monument, mais je ne peux m’empêcher de penser que l’album est parfois inégal, ce qui n’est vraiment pas un problème pour un artiste au tout début d’une carrière qui sera probablement immense. Laissons-lui juste le temps, et surtout, l’espace et l’air.

23 Ty Segall Band – Slaughterhouse. Ty et son groupe de scène. Plutôt rock n roll / garage, il confirme que Ty est le talent de 2012.

22 DIIV – Oshins. Beaucoup de groupes ont tenté de sortir le meilleur album dreamy/shoegazy de l’année, mais un seul a réussi. Ils traitent la voix comme un élement comme les autres, avec beaucoup de passages instrumentaux réussis tant techniquement qu’émotivement. Un très bel album.

21 Godspeed You! Black Emperor – Allelujah! Don’t Bend! Ascend! Retour (in)attendu de 2012, ils n’ont rien perdu de leur puissance et encore moins de leur pertinence. Mais deux morceaux, aussi fantastiques puissent-ils être ainsi que deux drones, c’est trop court, pour une si longue période.

Suite et fin dans quelques jours…