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Avril 2013

Le plus gros mois de l’année en terme de sorties jusqu’à présent. Il y en avait tellement (même sans compter le Record Store Day) que j’en ai fort probablement oublié, merci de me le signaler en commentaire!

Voici une sélection très subjective, n’hésitez pas de me dire ce que j’ai oublié. Je commence avec mon trio d’albums préférés de ce mois d’avril 2013.

The Thermals - Desperate GroundThe Thermals – Desperate Ground. Après deux albums s’éloignant de la lo-fi inventive des débuts, le sixième album des Thermals est peut-être leur meilleur. Intense, court, sans relâche, il se base sur une imagerie guerrière étonnante pour livrer une demi-heure de punk lo-fi parfaite, jouée à toute allure, comme si la vie du power trio en dépendait. Pour paraphraser Banksy, ils ne réinventent pas la roue mais la détruisent en mille morceaux.

J’ai aussi énormément apprécié My Shame is True d’Alkaline Trio, qui sera sans doute l’album que j’aurai le plus écouté cette année (oui, je le sais déjà). Fidèle à une ancienne et fantastique tradition, les meilleurs morceaux du groupe se trouvent sur un EP, Broken Wing, sorti en marge de l’album mais constituant ses 4 bonus tracks en édition digitale. Leur meilleur album en dix ans (voire plus), il a aussi le bon goût de laisser s’exprimer plus que de coutume le bassiste et second compositeur/chanteur Dan Andriano.

Pour terminer le podium, je placerai (de justesse) Milk Music, dont l’album très attendu m’avait initialement déçu, mais plusieurs écoutes m’ont permis de l’apprécier à sa juste valeur. Piochant un peu plus dans le rock classique (version Neil Young) que l’extraordinaire EP Beyond Living, Cruising Your Illusion (titre de l’année, au fait) reste bien ancré dans un passé où Dinosaur Jr n’a jamais quitté SST et où Nirvana a splitté après Bleach.

Derrière tout ça, on en aura eu, des sorties en avril. Des albums, des EP, des anciens trucs aussi. Voire des nouveaux anciens trucs, comme Found de Rival Schools, alias le légendaire second album du groupe, jamais sorti pour cause de séparation, mais qui circulait sur les internets. Walter Schreifels, qui est de nouveau sans Ian Love (comme à l’époque de Found, mais on vous reparle de Ian Love très bientôt) a décidé de mixer tout ça correctement et de sortir un 3e/2e album pour Rival Schools, alors qu’il est toujours occupé avec Gorilla Biscuits et Quicksand. On aura eu, comme toujours, des reissues avec bonus, comme l’unique album de The Postal Service (Give Up) enrichi de deux nouveaux morceaux ou celui de Mad Season (Above) où Mark Lanegan est venu poser sa voix sur trois chutes de studio. Christopher Owens nous a déjà livré une nouvelle version, totalement acoustique, de son joli Lysandre alors qu’Art Brut n’a pas attendu la période classique pour envoyer un sympathique best of, forcément appelé Top of the Pops.

En ce qui concernent les vraies nouveautés, avril était aussi le mois des retours, souvent foirés. Une tentative de raviver les démons (et l’inspiration) du passé n’a pas vraiment réussi aux Yeah Yeah Yeahs (Mosquito), alors que la maturité (et l’exclusion de deux membres fondateurs) n’a pas été très tendre avec Paramore. L’album du même nom est parfois brillant mais beaucoup trop long et ambitieux pour être réussi. Bonus points en ukulélé, par contre. Mais tout cela est déjà mieux que le retour navrant et très surévalué de Fall Out Boy, dont l’exubérant Save Rock and Roll (featuring Courtney Love et Elton John, quand même) a atteint des sommets de vulgarité musicale. Phoenix tape aussi pas mal dans le genre, avec une production puissante et peu subtile. Heureusement, quelque part derrière les presets “Foire du Trône”, Bankrupt comprend quelques moments de brillance et de chouettes popsongs. Puis, les paroles jouent la carte d’une certaine autodérision (Drakkar Noir). Deux autres vétérans proposaient aussi un nouvel album. Vanishing Point, le neuvième Mudhoney renoue avec une certaine simplicité mais n’arrive pas à convaincre (sans que cela soit son but, de toute façon) alors que The Terror, le treizième Flaming Lips est encore plus étrange et tordu qu’on ne pouvait imaginer de la part d’un groupe qui est littéralement capable de tout.

Cependant, le titre d’album le plus étrange et tordu du mois revient à The Knife, leur premier en sept ans. Empruntant une structure éclatée (96 minutes, un drone de 20 minutes en plein milieu), Shaking the Habitual porte bien son titre et fourmille d’idées souvent déconcertantes et toujours originales. Mais ce n’est pas une écoute facile du tout, avec peu de points de repère, notamment vocaux. Toujours en indé, j’ai apprécié le premier album de Bleached (Ride Your Heart), deux soeurs qui font de l’indie rock immédiat, catchy, charmant, lo-fi, intemporel et juste chouette. Si les nouvelles chéries du NME Haim arrivent à faire aussi bien, je serais bien surpris. Less is more aussi pour Bored Nothing (il commence à avoir autant de groupe en nothing qu’il y en avait en bear voici quelques années) qui est aussi un projet solo (Fergus Miller, Melbourne) et qui est aussi axé lo-fi sérieusement slacker. L’art étant de réussir à donner l’impression de ne rien foutre tout en sortant des mélodies de génie. Miller n’est pas encore Malkmus mais il se rapproche de Baldi. Ou de Kurt Vile, qui est nettement moins concis : les morceaux de Wakin on a Pretty Daze sont longs, psyché et se perdent souvent en chemin. Vile pourrait être un songwriter nettement plus connu, il se contente d’être excellent.

Merchandise passe la vitesse supérieure, avec leur premier album disponible via un label indé (et gratuitement directement chez eux). Totale Nite ne fait pas de compromis pour autant, 5 morceaux longs et inventifs, qui partent parfois dans tous les sens. Le mystère reste entier. Fantastique titre pour Marnie Stern (The Chronicles of Marnia), dont la musique commence à devenir vaguement accessible, même si sa tendance à sauter d’une idée à l’autre presque aussi vite que ses mains sur le manche de sa guitare reste très désarçonnante. Je dois aussi parler de Dead Confederate (In the Marrow), à qui je n’avais pas vraiment accordé d’attention auparavant, à tort. On parle d’eux comme un mélange entre Nirvana et My Morning Jacket, la réalité est heureusement plus complexe mais tout aussi intéressante. Enfin, de l’autre côté de l’océan Atlantique, on retrouve les oubliés Neils Children, qui ont un peu délaissé leurs guitares pour un son plus synthétique (Dimly Lit), l’ex-guitariste de The Coral Bill Ryder-Jones (A Bad Wind Blows in My Heart) pour un second album solo guitare-piano très touchant.

J’en ai certainement oublié. Guided By Voices et Iggy and The Stooges n’étaient pas encore sortis au moment d’écrire ces lignes, donc j’en parlerai le mois prochain si nécessaire (oui, je respecte les dates de sortie). Par contre, je n’ai pas parlé de Tyler, the Creator à dessein, son album m’a bien emmerdé. Si celui d’Earl Sweatshirt ne remonte pas le niveau,je pense qu’on pourra définitivement enterrer Odd Future, à l’exception évidente de Frank Ocean. N’hésitez pas à me dire ce que j’ai oublié ou faire n’importe quel type de commentaire.

(edit : Thee Oh Sees Floating Coffin. Excellent aussi, trop de musique en avril. Et j’essaie seulement de comprendre Charli XCX)

Voici le playlist Spotify du mois avec des extraits de chacun de ces albums (ou presque) ainsi que quelques autres petites choses. (Beatallica!) Le playlist n’est pas arrangé du tout, donc shuffle mode fortement recommandé.

On se retrouve fin mai, en attendant, n’oubliez pas le Tumblr et ses mises à jour quotidiennes!

Yeah Yeah Yeahs – It’s Blitz!

Voici un parfait exemple d’évolution musicale. Apparu dans le paysage rock en même temps que les Strokes et compagnie, les YYY ont systématiquement pris la tangente et sorti des albums diamétralement différents. It’s Blitz!, le troisième, sera sans doute connu comme l’album “dance”. Non, ce n’est pas une mauvais chose.

Le single d’intro Zero est un punch parfait, fait de la voix sexy de Karen O, de guitares disco et de synthés festifs. Franchement bon, et de bon augure pour la suite. Heads Will Roll et Softshock continuent cette tendance disco-dancey, mais sans jamais tomber dans le facile ou le vulgaire, grâce aux talents des musiciens, car on est loin d’un album électro : la batterie de Brian Chase est énorme de précision (Skeletons, Shame And Fortune) et Nick Zinner est toujours capable d’envoyer des tons de guitares spectaculaires (Dull Life).

Karen O est plus discrète que d’habitude, passant sans problème d’un registre à l’autre, de la déesse post-punk que l’on connaît à … Debbie Harry. On arrive difficilement à s’ennuyer au cours des 41 minutes qui composent l’album, grâce à la variété des morceaux et des rythmes. Runaway, “ballade”, fait évidemment penser à Maps, avec Karen en mode superémotif, mais c’est l’exception dans un album expansif, qui se termine pourtant de manière posée.

Difficile de cerner les Yeah Yeah Yeahs, mais une chose est sûre : ils font exactement ce qu’ils ont envie de faire à l’heure actuelle. It’s Blitz! est vraiment excellent, fonctionnant aussi bien sur les pistes de danse que dans un casque, dans le noir. Contrairement à nombre de ses condisciples de la new rock revolution (copyright NME), ils évoluent très bien, et deviennent carrément meilleurs.

Oh, et dans un monde radio dominé par Timbaland et Kanye West, Dragon Queen devrait être un hit immense. Le fait qu’il ne le sera pas est encore plus rafraichissant.

Yeah Yeah Yeahs – Show Your Bones

Alors que leurs collègues New Yorkais The Strokes ont sorti leur troisième album en janvier, les Yeah Yeah Yeahs ont bien pris leur temps, vu que Show Your Bones a pris trois ans pour sortir. Et contrairement aux Strokes (entre autres), le groupe a connu une véritable évolution, ce qui fait que cet album ne ressemble que très peu à leur début, Fever To Tell.

Le morceau d’ouverture, Gold Lion, donne le ton, débutant avec une guitare acoustique et des paroles répétées et s’achevant dans un chaos contenu au-dessus duquel trône les cris de Karen O, figure de proue du nu-rock et personnalité très attachante. Les Yeah Yeah Yeahs ne sont que trois, mais remplissent totalement l’espace stéréophonique, grâce à l’excellente batterie de Brian Chase, et les acrobaties guitaristiques d’un Nick Zinner qui pourrait être le nouveau John Frusciante. Ceci dit, certains morceaux sont agrémentés par des claviers ou par une seconde guitare.

La première moitié de l’album est très solide, mais les morceaux obéissent à leur propre logique, sans chercher le refrain qui tue, ou l’énergie juvénile à la Date With The Night. Honeybear va flirter avec le disco, et le superbe Cheated Hearts montre que les YYY peuvent égaler, au minimum, le magnifique Maps.

La seconde moitié du disque continue dans cette expérimentation étonnante, comme Dudley, très Sonic Youth, ou l’énergique Mysteries. Ceci dit, la qualité est relativement inégale, mais il faut dire que la barre est placée très haut à certains moments.


Show Your Bones
est original, organique, personnel, mais rend l’écoute parfois bizarrement inconfortable, quand on est habitué à des seconds albums plus consensuels.