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Idlewild – Post Electric Blues

A chaque nouvel album d’Idlewild, la même rengaine. On attend, espère, une sorte de retour, non pas spécialement aux tout débuts punkoïdes, mais au moins à quelque chose d’aussi bon que le fantastique 100 Broken Windows, un des meilleurs albums UK de la décennie. Mais bien sûr, cela n’arrive jamais. Pour deux probables raisons : d’abord, parce que le groupe n’a pas la moindre envie de retourner dans le passé, et préfère explorer d’autres voies. Ensuite, malheureusement, parce que les nouveaux morceaux sont simplement moins pertinents. Et donc, à chaque fois, c’est la même chose. On écoute, sans être vraiment déçu : ce n’est jamais mauvais. Mais on se demande pourquoi on se remettrait à écouter l’album plus que les trois-quatre écoutes juste après sa sortie.

Ce qui est parfois dommage : Younger Than America voit une fois de plus Roddy Woomble adopter son ton de Michael Stipe des Highlands, cette fois aidé par un violon subtil et la voix de Heidi Talbot alors que Readers and Writers ajoute une trompette et un glockenspiel pour en faire un morceau au rythme étonnant. Un peu de nouveauté, mais rien de vraiment phénoménal. City Hall reste dans le registre alt-rock (trop) habituel, alors que quelques morceaux révèlent le côté plus folk du groupe.

Hélas, le milieu de l’album est franchement dispensable, ce qui réduit Post Electric Blues à quelques morceaux sympathiques, mais qui n’essaient même pas d’atteindre la brillance passée. Une fois de plus. Un album à écouter quelques fois, et puis à oublier. 100 Broken Windows, Hope is Important et même The Remote Part restent, quant à eux, indispensables.

Idlewild – Make Another World

On le répète à chaque nouvelle sortie des écossais d’Idlewild (c’est le sixième album) : une telle évolution dans le contexte assez fermé de l’indie rock actuel, c’est assez rare. Après des débuts punk noisy, et suivant une évolution progressive, le dernier album du groupe était plus calme, plus posé, mais très bien réalisé. Le chanteur Roddy Woomble ayant sorti l’an dernier un album solo au caractère nettement folk, on pouvait imaginer que les pédales de distortion allaient revenir en force. Et on n’avait pas tort, même s’il est clair que l’Idlewild période Hope Is Important n’existera plus jamais.

Le premier morceau rappelle directement 100 Broken Windows, paut-être le meilleur album du groupe, grâce aux guitares cinglantes, au jeu de batterie – enfin – rapide, et à la voix filtrée de Woomble. Alors, retour aux sources? C’est sans connaître le constant désir d’évolution, et surtout le refus de faire marche arrière qui caractérise le quintet depuis maintenant dix ans. Les deux morceaux suivants sont terriblement mélodiques, mais ne poussent ni sur le champignon ni sur l’excès de pathos. Très bien réalisé, mais on commence à avoir une petite peur : et si Make Another World était l’album pilote automatique? Make Another World, la chanson, est le morceau le plus hymne de stade jamais enregistré par Idlewild, et il faut le déferlement de décibels très attendu qu’est If It Takes You Home pour respirer un peu : non, le “REM écossais” ne se transforme pas en U2. D’ailleurs, la fin de l’album est dominée par les guitares, mais cette fois de manière plus construite et moins face-melting. Au rayon folk, Woomble n’avait pas tout pris pour son solo, il reste ici l’excellent Once In Your Life (du moins son début).

Make Another World est une photographie parfaite d’Idlewild en 2007 : mélange harmonieux entre guitares angulaires, sensibilités folk et paroles littéraire, entre brûlots rock avec solos et envolées matures. On regrettera peut-être que l’album semble trop calculé, ou du moins pas assez spontané, ce qui était justement la qualité principale de 100 Broken Windows, et dans une moindre mesure, The Remote Part. Un très bon album, cependant, mais inférieur à l’immense talent du groupe, qui tend à se disperser ces dernières années. Il est donc difficile de parler de déception, mais on attendait peut-être autre chose. On demandait sans doute trop.

Idlewild – Warnings/Promises

L’exemple d’Idlewild devrait être étudié dans le cadre d’un cours d’évolution musicale. De leur premier disque, le punk remuant de Captain (1998) à leur précédent opus, The Remote Part (2002), le groupe écossais a affiné son style, et selon le point de vue, on pouvait le percevoir comme une évolution de songwriting (des morceaux simple à quelques accords vers des chansons plus complètes, sans être symphoniques) ou comme un ramollissement lénifiant.

Pour être clair, je préfère la première option. The Remote Part comprenait son lot de morceaux plus rock, et le groupe assurait toujours aussi bien en live, sans oublier leur passé. Warnings/Promises constitue une nouvelle étape, peut-être la plus importante. Autant le dire tout de suite, ceux qui n’ont pas aimé The Remote Part passeront leur chemin, Idlewild continuant son exploration sonore, de plus en plus loin de la simplicité accrocheuse de leur début. Mais là où The Remote Part limitait ces expériences, W/P surprend et enchante. Le premier single Love Steals Us From Loneliness semble joué au ralenti, mais s’installe dans son propre rythme. Le spectre de R.E.M., à qui le groupe à toujours été comparé, revient : batterie à la Bill Berry, paroles tordues, guitares parfois midwest et même un peu de mandoline. Mais on parle du R.E.M. période Out of Time, en peut être moins évident.

Parce que Idlewild possède un tout autre type de guitariste. Allan Steward porte littéralement une bonne partie de l’album sur ses épaules. I Want A Warning est emmené par un riff aigu, avec juste ce qui faut de distortion, mais ce n’est rien par rapport à l’extraordinaire Too Long Awake, où il semble jouer avec un couteau sous la gorge, habité par les esprits de Graham Coxon et Kevin Shields. C’est peut-être leur meilleur morceau, en tout cas leur plus ambitieux, et le fait qu’il finit abruptement résume bien leur état d’esprit : voici ce qu’on fait, pas autrement, take it or leave it. Les morceaux moins acérés ont souvent plusieurs couches, et ne cèdent que rarement aux sirènes du gros son (on parle plutôt de gros son Pixies Planet of Sound ou Jesus and Mary Chain, pas de gros son Muse), le tout toujours servi par la voix Stipienne (évidemment) et les thèmes récurrents de Woomble (le mal-être en général, les relations complexes, l’incertitude). Pour être tout à fait complet, on peut regretter que certains morceaux sont un peu plus pâles; de même, les paroles philosophico-existentielles peuvent paraître prétentieuses. Mais ce n’est finalement qu’un détail peu gênant.

Sans faire un Radiohead ni un Coldplay (d’ailleurs, préparez-vous à leur virage vaguement électronique), Idlewild étonne sans choquer, et réussit, pour la quatrième fois de suite à améliorer leur précédent album, ce qui n’est pas fréquent du tout. Surtout, leur discographie reste toujours éminemment écoutable dans son ensemble, selon l’état d’esprit et les exigences des auditeurs.