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Portishead – Third

On parle de Chinese Democracy, mais Portishead a aussi fait fort : onze ans séparent cet album du précédent, Portishead. Difficile de dire s’il est vraiment attendu : après tant de temps, on n’attend plus grand chose, surtout que le contexte de l’époque a bien changé. Ce qui leur permet de sortir un album sans âge, et totalement époustouflant.

Mais il n’est pas facile. Geoff Barrow dit avoir été influencé par Sunn 0))), et on voit où il veut en venir. On ne retrouve pas de drone à chaque coin de rue, et les intestins irrités peuvent se sentir tranquilles, mais l’intensité, la puissance intrinsèque est comparable.

Silence ouvre l’album, comme si de rien n’était, après deux minutes et seize secondes, Beth Gibbons. Ethérée, inattendue, mal assurée, pénétrante : elle hante une musique extrêmement intense, toujours au fil du rasoir, prête à sauter à la gorge quand on ne s’y attend pas. Quand elle chante “I don’t know what I’ve done to deserve you / I don’t know what I’d do without you”, on la croit. Instrumentalement, la précision est de mise : des claviers soigneusement programmés, des coups /cinglants de guitare, des violons pas très sains, un beat chirurgical, même un ukulele. Le caractère menaçant de Plastic, le feeling 70s de The Rip, le rythme infernal de We Carry On : on devrait créer des films autour d’eux pour leur faire honneur, et pas le contraire.


Third est un de ces albums pour lesquels les mots viennent difficilement, parce que la musique parle directement, non pas au coeur ni au cerveau, mais aux entrailles. J’éprouve beaucoup de difficultés pour en parler, peut-être à cause d’un manque de repères, ou parce que la puissance viscérale du son me dépasse complètement. Machine Gun, par exemple, est d’une force inouïe, bien supérieure à ce que son titre évoque. Je n’essaierai donc pas de jongler avec les épithètes et les métaphores aussi ridicules que déplacées, et je m’incline avec plaisir et respect devant une oeuvre d’art totale, qui doit être vécue directement, personnellement.