Archives de catégorie : Chroniques

The Beta Band – Music : the Best of The Beta Band

Le Beta Band n’existe plus, victime de l’absence de succès commercial, ce qui à long terme peut être très dommageable. Tout avait bien commencé, avec une série d’EP excellents, compilés sur The Three EPs. Dry The Rain, qui fait les beaux jours du personnage de John Cusack dans High Fidelity est un morceau phénoménal, emmené (comme la majorité des morceaux du groupe) par un groove très solide, aux influences parfois hip-hop. La suite ne déçoit pas non plus, et on est abasourdi par la créativité du groupe : pas une seconde n’est pas pensée et remplie par des instruments divers et variés, sans que ça ne nuise jamais à la qualité des morceaux.

Une chanson du Beta Band obéit à ses propres règles, c’est sans doute pour cela que le succès n’est jamais venu. Steve Mason marmonne plus qu’il ne chante, et les refrains ne sont pas toujours vraiment évidents. L’album est arrangé par ordre chronologique, ce qui est intéressant, car on peut voir l’évolution progressive du groupe, qui devient petit à petit plus posé, plus romantique (la charmante ballade To You Alone, ou la magnifique mélancolie de Gone). En plus, le groupe n’a vraiment pas eu de chance : là où un hit pouvait se profiler avec Squares, un autre groupe a sorti un morceau basé sur le même sample (Daydream de Wallace Collection, groupe obscur partout sauf en Belgique, d’où ils proviennent), ce qui a évidemment empêché BB de le sortir en single…

Enfin, force est de constater que le dernier album n’atteint pas le niveau des autres, et même si ce best of reste d’excellente facture, il a tendance à faiblir sur la fin. Et comme pour chaque best of, on chicanera sur les oublis.

Le Beta Band, on l’oubliera bien vite. Mais il suffit de faire tourner un de leurs premiers disques pour le regretter immédiatement, et ce best of est le témoignage d’un groupe dont le génie restera à jamais méconnu.

Scum – Gospels For The Sick

Casey Chaos. La première fois que je l’ai vu, au Pukkelpop, son groupe Amen a du stopper le concert parce qu’il était tombé en escaladant la scène. Les roadies commençaient à ranger le matos, et il est revenu en trombe, le visage en sang et la démarche hésitante, pour finir le concert. Amen a sorti trois albums, donc le dernier était entièrement joué, écrit, produit et sorti par Chaos, car aucune maison de disque ne se risque à signer ce dingue, probablement le seul vrai punk dans le milieu actuellement.

Alors qu’il aurait pu laisser tomber à cause de ce manque d’enthousiasme, il n’a rien trouvé de mieux que de créer un nouveau groupe, Scum, dont la composition est étonnante, c’est le moins qu’on puisse dire. Outre Chaos, on retrouve des légendes du black metal norvégien : les guitaristes Samoth et Cosmocrator et surtout le légendaire ex-batteur d’Emperor, Faust, qui n’avait plus joué depuis 10 ans (vu qu’il était en prison pour meurtre), ainsi que le bassiste de Turbonegro.

Le résultat, évidemment, est terrible. La rage énorme de Chaos, qui a apporté sa sensibilité punk, allié à la précision chirurgicale des musiciens aide à créer une musique assez originale, puissante, ultra-violente.

La voix de Chaos, qui pouvait parfois sembler irritante, n’est ici qu’un instrument parmi d’autres, tout au long des 10 morceaux où chaque musicien à l’occasion d’exprimer ses plein pouvoirs, pour un résultat dantesque et souvent irréprochable.

Un des albums metal de l’année, un concentré inouï d’agression musicale.

Soulfly – Dark Ages

Soulfly est depuis le début le projet d’un seul homme, Max Cavalera. On ne le présente plus, évidemment : membre fondateur d’un des groupes metal légendaires (Sepultura), il a quitté ces derniers en 1996 afin de créer Soulfly, dont Dark Ages est le cinquième album. Soulfly a beaucoup changé avec les années : les musiciens partent et viennent, et musicalement, force est de constater avec les deux derniers album que l’inspiration n’habitude plus vraiment le maître brésilien de la quatre cordes.

Cavalera a apparemment enfin compris. Exit (enfin, pas tout à fait) les influences tribales pseudomysticonewage, enter du metal comme même Sepultura ne faisait plus à l’époque de Roots.

Si un mot doit définir l’album, c’est agressif. Presque chaque morceau saute à la gorge de l’auditeur, tel Frontline, Molotov, ou le premier morceau (Babylon), tentative assez réussie de retrouver le son de Chaos AD. On retrouve quand même quelques influences world et tribales, comme Innerspirit ou l’habituel jam trippy de fin, Soulfly V, mais tout cela est dilué par des morceaux qui font penser à Ministry, voire à l’ancien projet de Cavalera, Nailbomb (Riotstarter). Cavalera arrive à limiter ses faiblesses au niveau des paroles, ce qui est une bonne chose, et ne sombre qu’une seule fois dans la lamentation (Staystrong, dédié à son petit-fils décédé Moses, à et Dimebag Darrell).

Honnêtement, Dark Ages n’arrive pas au niveau de Chaos AD, de Roots, ou même du premier Soulfly. Mais c’est de loin de meilleur Soulfly depuis leur début, et on espère que Cavalera continuera sur cette voie rassurante.