Gorillaz – Plastic Beach

Depuis leurs débuts, en 2000, Gorillaz est passé du statut de projet parallèle de Damon Albarn à celui de mégastar internationale, tout ça en trois albums. Mieux que ça : Gorillaz aura finalement connu plus de succès que Blur, ce qui et assez incroyable, quand on y pense. En dix ans, le “groupe” aura aussi évolué, vers une sorte d’electro-hip-pop ultra-produit parsemé d’apparitions d’invités célèbres, ce qui contraste pas mal avec l’aspect relativement amateur du premier album.

Plastic Beach est l’album de la consécration pour Gorillaz, celui qui les emmène dans leur première tournée mondiale, celui qui réussit à caser sur une même plaque Lou Reed, Snoop Dogg, Bobby Womack ou encore les deux Clash survivants. C’est aussi leur plus synthétique, leur moins organique, mais il reste tout à fait intéressant et recommandable, même si un peu long et inégal. Censé être un album concept vaguement écolo, Plastic Beach (les déchets, c’pas bien) commence par une intro symphonique suivie d’un Snoop Dogg en roue libre, sans grand génie, comme un peu tout ce qu’il fait depuis dix ans, en somme. Albarn s’est mis aux beats minimalistes, et il arrive parfois à émuler les Neptunes dans leur grande période, qui commence elle aussi à dater. On le comprend bien vite, Plastic Beach sera très varié, limite fourre tout : le morceau suivant allie flute, cordes orientales (d’un orchestre libanais) et les rappeurs grime UK Kano et Bashy. White Flag est assez représentatif du concept, un morceau qui commence tranquille avant de muter en bête technoïde puissante, Empire Ants fera la même chose un peu plus loin. Mais le coup de génie d’Albarn, c’est un refrain instrumental à la flute, vraiment très cool.

Sinon, ça part dans tous les sens, surtout la première moitié de l’album. On retrouve des trucs assez commerciaux, comme Rhinestone Eyes (quatrième morceau de l’album, et seulement première intervention vocale majeure d’Albarn), Stylo, où Bobby Womack sort de sa retraite pour un refrain très soul, ou encore l’hyperpop mais quand même vraiment très bon On Melancholy Hill. Mais Albarn sait qu’il a toute liberté pour ajouter des bizarreries fulgurantes, comme Superfast Jellyfish avec De La Soul et le Super Furry Animal Gruff Rhys, un Lou Reed égal à lui-même (pensez ce que vous voulez) ou un excellent Mos Def. Mark E. Smith, quant à lui, se demande sans doute encore ce qu’il fout là, mais ça, il le fait depuis 80 ans. La découverte, c’est peut-être le groupe électropop suédois Little Dragon, emmené par une chanteuse d’origine japonaise, Yukimi Nagano. Ils apparaissent sur deux des meilleurs morceaux, la ballade-Beatles-qui-devient-truc-electro-énorme Empire Ants et le tranquille To Binge, où Nagano chante un superbe duo avec Albarn.

Seulement, on ne peut pas s’empêcher de penser que c’est un peu trop. Trop long, trop synthétique, trop d’invités, et surtout, trop peu de personnalité. Comme évoqué plus haut, le morceau avec Mark E. Smith est franchement dispensable, mais ce n’est pas le pire. Albarn a réussi à réunir Paul Simonon et Mick Jones… et on ne les entend quasiment pas. De plus, le morceau en question est juste sympa, sans plus, et est finalement une grosse occasion gâchée. Enfin, l’album se termine avec deux morceaux dispensables, ce qui amplifie le sentiment de dilution d’un album qui aurait vraiment gagné à être plus concis.

Damon Albarn n’a pas raté grand chose dans sa carrière, et Plastic Beach est très loin d’être un mauvais album. Cependant, il semble qu’il pêche par un excès généralisé, même si le talent de songwriter d’Albarn réussit toujours à sauver chaque morceau de la médiocrité à laquelle il aurait du être promis. On dira donc que Gorillaz est la facette très grand publc d’Albarn, mais avec un twist toujours très intéressant. Et maintenant, que va-t’il faire? Blur? Mali Music 2? The Good, The Bad and The Queen? Un album solo? Quoiqu’il en soit, ce sera probablement passionnant.

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