Archives de catégorie : Chroniques

Thrice – Vheissu

Après deux albums sortis sur un label indépendant, Thrice a signé chez Atlantic, et a sorti l’excellentissime The Artist In The Ambulance l’an dernier. Des ventes décevantes (pour le label) pouvaient pousser Thrice a enregistrer un album plus commercial, plus conventionnel. Résultat : Vheissu, album d’une ambition monstre, et tellement original qu’Atlantic est a deux doigts de les virer. Pitoyable, mais symptomatique du milieu musical actuel.

Vheissu commence avec le relativement classique Image Of The Invisible, riffs hardcore, ligne de refrain hurlée, et paroles bibliques (les paroles du chanteur, Dustin, sont probablement trop complexes pour les Etats-Unis d’Amérikkke) avant de passer par du gospel, du prog rock, du piano, un nombre incalculable de changements de rythmes, des structures musicales complexes et j’en passe.

Le metal rapide du précédent album laisse ici la place aux atmosphères, aidant à créer un album qui est littéralement sans pareil.

Très bien pour le groupe et leurs ambitions artistiques, mais de l’autre côte de la chaîne de production, on est plus perplexes. Les morceaux ne sont pas très accrocheurs, et semblent parfois paradoxalement peu inspirés. Il semble clair que le groupe, en parfait accord avec lui-même, a voulu créer un album très personnel au risque d’être déconnecté avec son public (et son label).

Critiquer un tel album est donc assez compliqué, car d’un côté, les intentions du groupe sont louables et intransigeantes, mais d’un autre côté, on se surprend à regretter la puissance mélodique de l’ancien Thrice.

Au pire, Vheissu est maladroit, mais au moins, on ne pourra pas dire qu’ils ont choisi la facilité.

The Prodigy – Their Law : The Singles 1990-2005

On est maintenant en plein dans la saison des best of, certains pas vraiment justifiés artistiquement, d’autres nettement plus. C’est dans cette seconde catégorie que tombe la compilation de Prodigy.

De manière assez étonnante, on ne retrouve ici que les singles, et donc relativement peu (trois morceaux sur quinze) d’extraits de Fat Of The Land, l’album qui a fait de Prodigy le plus gros groupe du monde à l’époque. Á la place, Their Law permet de (ré)explorer une époque moins connue commercialement, celle des deux premiers albums, là où Maxim et Keith Flint n’étaient encore que danseurs, et où la musique était le témoin de la génération acidrave (Charly, Everybody in The Place, Jericho, tous trois extraits du premier album).

Liam Howlett, compositeur et maître à bord, faisait ensuite un peu évoluer les choses, créant, avec ses collègues Underworld et Chemical Brothers, le mouvement big beat qui fit vendre des camions de disques fin des années 90. Music For The Jilted Generation, le second Prodigy, ajouta des guitares et un son plus consensuel, sans que ça nuise trop à la cohésion du groupe. Voodoo People, Poison et No Good sont sans doute les meilleurs témoins de cette période.

Et puis, tout devint hors de contrôle. Firestarter, puis Breathe, font de Prodigy un groupe immensément populaire, et Fat Of The Land un album multiplatine. Ses dix morceaux sont toujours utilisés maintenant au ciné, dans des pubs, et se laissent toujours écouter avec une certaine nostalgie d’une époque révolue. On épingle aussi le troisième et dernier single, Smack My Bitch Up et son clip et paroles controversées.

Prodigy entama alors une lente traversée du désert, où il s’est avéré clair que Howlett devait casser cette image de Sex Pistols électro, responsable d’une tournée 2002 atroce. Mais il n’était pas encore au bout de ses peines, car Baby’s Got A Temper, single sorti peu après, était tout aussi pitoyable. Howlett décida alors de faire taire Keith Flint, et sept ans après FOTL sort Always Outnumbered, Never Outgunned, où toutes les parties vocales sont prises en charge par des guests (Juliette Lewis, Liam Gallagher) ou des samples. Sans être entièrement convaincant, l’album réinjecte un peu de sang neuf, surtout via l’excellent morceau post-electroclash Girls.

Tout cela est donc repris sur cette compile, d’un très bon niveau, mais peu représentative de l’impact qu’eut le groupe tout au long de sa carrière (pour cela, il aurait presque fallu inclure l’entièreté de FOTL). Ceci dit, on ne peut que signaler le courage d’un groupe à un moment très proche de la séparation, et qui, seize ans après, tient toujours la route. Bien sûr, Liam Howlett est tellement important au sein de Prodigy qu’on ne peut pas vraiment parler de groupe, mais l’image du grand public est toujours celle de ce maniaque de Keith Flint, qui reprendra sans doute plus d’importance dans le prochain album du groupe, attendu fin 2006.

Á conseiller donc, même si finalement, se procurer les quatre albums et se faire son propre choix selon ses goûts est peut-être la meilleure solution.

Roadrunner United – The All-Star Sessions

Quiconque s’y connaît un tant soit peu en metal sait ce que Roadrunner Records représente, un des plus importants labels du genre. Pour célébrer ses 25 ans, RR ressort des versions améliorées de quelques uns de leurs albums principaux ainsi que ce projet très ambitieux, au nom choisi par les fans : Roadrunner All-Stars.

L’idée : nommer quatre capitaines (Joey Jordison de Slipknot, Robert Flynn de Machine Head, Dino Cazares, ex-Fear Factory et Matthew K. Heafy de Trivium) qui à leur tour écriront des morceaux et choisiront les musiciens pour les interpréter. C’est ainsi qu’une cinquantaine d’artistes, issus du catalogue présent et passé du label se succèdent, la plupart n’ayant jamais joué ensemble.

Les morceaux sont très variés, et représente ainsi très bien Roadrunner. Tout commence avec le phénoménal The Dagger, plus Pantera que Pantera, avec un terrible solo de Jeff Waters (Annihilator), avant qu’Andreas Kisser (Sepultura) fasse de même sur The Enemy.

On retrouvera par la suite vraiment un peu de tout : du death (avec des Deicide, Cannibal Corpse, Death, Obituary), du King Diamond, du black (Dani Filth), un Corey Taylor qui ressemble à tout sauf à Slipknot, ou encore du punk-metal du meilleur effet, chanté par l’ex-Misfits Michale Graves.

Et puis, des morceaux plus étranges, comme une ballade piano à deux voix (Type O Negative, Opeth), ou Enemy of the State, où Peter Steele (Type O) chante dans un language de sa composition (en fait, la langue officielle du pays qu’il a imaginé, le Vinnland).

On regrettera juste deux choses : d’abord, que Cavalera et Kisser n’aie rien fait ensemble, ce qui aurait été un pas important, et ensuite, les quelques mauvais morceaux (No Way Out est presque du punk-pop, Tired ‘N Lonely du sous Velvet Revolver), mais avec 18 morceaux, le bon surpasse clairement le mauvais, et Roadrunner n’aurait pas pu rêver d’une meilleure compilation pour mettre en avant ses artistes.

Gang of Four – Return The Gift

Gang of Four est cité comme influence par tous les groupes récents qui allient attitude punkisante et rythmes dansants, de Radio 4 à Futureheads, en passant par Bloc Party ou LCD Soundsystem. C’était évidemment le moment rêvé pour un best of.

Enfin, best of, pas vraiment : le groupe a carrément réenregistré les morceaux, ce qui leur confère un caractère encore plus efficace, encore plus « now ».

Si on les compare à tous les groupes précités, c’est bien simple, on tombe sur le cul.

L’album commence par To Hell With Poverty, qui est tout simplement énorme : batterie sèche, basse terrible et guitares décoiffantes. Plus que les gentillets Bloc Party, on pense plutôt à la puissance sans concessions de Mclusky.

On retrouve très vite les références prises par les groupes actuels, même si, vingt-cinq ans avant, Gang of Four le faisait, si pas mieux, différemment.

Gang of Four n’avait simplement rien à foutre du succès commercial. Return The Gift, c’est 14 morceaux tous aussi suicidaires les uns que les autres : une ligne de basse dansante ? Ok, ça pourrait marcher à la radio, on va donc mettre des paroles marxistes (et en 1979, le communisme, ça ne marchait pas très fort en occident) et de guitares passées dans 33 pédales de distortion et d’overdrive. Et pour ajouter de la variété, un peu de beat poetry (Anthrax), et un thème anti-militariste pour plomber un refrain qui semble commercial (I Love a Man In a Uniform, funky as fuck).

Gang of Four, c’était l’avant-garde, le post-punk dans toute sa splendeur, tant musicalement qu’au niveau des paroles, et on peut dire sans trop s’avancer qu’aucun groupe n’est jamais arrivé à faire ce qu’ils ont fait. Critiquer la société de consommation avec des guitares, tout le monde l’a fait, très peu de monde l’a réussi.

Personnellement, Return The Gift est une révélation, j’espère qu’il le sera pour vous aussi.