Archives de catégorie : Chroniques

Deftones – B-Sides and Rarities

En 2005, les Deftones peuvent légitimement être considérés comme des vétérans. Avec Korn, ils sont responsables du bon côté du mouvement nu-metal (avant la période Linkin Bizkit), et comme Korn, ils continuent leur chemin sans trop se soucier du succès commercial. Après quatre albums, le leader Chino Moreno s’est consacré à son excellent projet Team Sleep, et en attendant un nouveau Deftones début 2006, c’est un package cd/dvd auquel on a droit.

Passons rapidement sur le dvd, qui comprend documentaires et clips, pour se concentre sur le cd de raretés. Ce genre d’album n’est vraiment utile qu’en de rares occasions, et sert plus à finir un contrat avec un label plus qu’à autre chose. Ici ce n’est absolument pas le cas, car B-Sides and Rarities montre un côte des Deftones tout à fait méconnu par ceux qui ne connaissent que leurs albums.

Car s’il y a bien une chose que le groupe fait mieux que les autres, c’est bien les reprises. Wax and Wane (Cocteau Twins), Simple Man (Lynyrd Skynyrd), No Ordinary Love (Sade) : trois exemples d’artistes à l’univers musical très éloigné de celui des Deftones, ce qui n’empêche pas ces derniers de complètement se réapproprier les morceaux. Ces trois reprises fonctionnent le mieux, mais on trouve aussi du Duran Duran, Smiths, Cure ou Helmet.

Ensuite, on retrouve quatre morceaux d’album arrangés différemment : sans vraiment être cruciaux, on peut toujours apprécier ces versions, tout en préférant les originales. Enfin, deux inédits complètent le disque, dont un morceau rapcore avec B-Real (Cypress Hill).

Que du bon, voire du très très bon : la voix de Chino Moreno fait des merveilles, et est d’une finesse jamais entendue dans le metal, alors que le groupe se met toujours au service de la musique, sans jamais sombrer dans le bourrinage classique.

On regrettera juste quelques étranges omissions, comme une reprise de Weezer dont le groupe est spécialiste, voire quelques raretés connus des fans.

Ceci dit, B-Sides and Rarities reste un album exceptionnel, et qui, quand on connaît bien le groupe, n’est finalement pas si surprenant que ça.

Soulwax – Nite Versions


On est en droit de se poser des questions sur Soulwax. Récapitulons. Deux très bons albums, surtout le second qui voit même deux morceaux passer en rotation sur MTV (Much Against Everyone’s Advice et Too Many DJ’s). Ensuite, les frères Dewaele (guitare et chant) deviennent DJ pour s’amuser et faire quelques afters. Mais tout devient vite hors de contrôle. Pour une quelconque raison, le monde électro s’empare du duo, qui aurait crée un nouveau style musical, le mash-up, à savoir le mix de deux morceaux qui ne semblent rien avoir en commun (Push It de Salt N Pepa and I Wanna Be Your Dog, par exemple). En résulta une vingtaine d’albums de mix plus ou moins illégaux selon les lois de copyright locales, et un phénomène mondial : 2 Many DJ’s.

Après avoir joué absolument partout, les frères reformèrent Soulwax pour un album somme tout moyen (Any Minute Now) et quelques concerts, dont un horrible Pukkelpop 2004. Ils déclarèrent aussi en avoir marre de 2 Many DJ’s, et vouloir retourner à leurs racines plus rock.

Serait-ce pour des raisons commerciales, je ne sais pas, mais le choses ont bien changé en quelques mois. Non seulement 2 Many DJ’s a été réactivé, mais Soulwax tourne maintenant à deux : les frères présentant leur nouvel album, Nite Versions.

Cet album est un tiers remix de AMN, un tiers nouveau matériel, et un tiers album pour houseparty, et commence plutôt bien, avec une reprise du Teachers de Daft Punk aux paroles extraordinaires (pas de place ici, googlez-les). Mais à partir de là, ça devient moins drôle. Il apparaît clair que le but des Dewaele était de faire un album de mix assez ennuyeux, dont on se demande vraiment l’utilité. Il est vrai que certaines versions sont assez efficaces, mais traînent évidemment en longueur. Les nouveautés n’apportent pas grand chose (la collaboration avec LCD Soundsystem est d’un fade pas possible), probablement parce qu’ils n’ont bien rien à dire.

On retiendra le mash up entre NY Excuse et Funkytown (et encore, c’est pas fort génial non plus) et le Nintelectro de Krack, avec quelques mois de retard…

En deux albums, Soulwax (enfin, ce qu’il en reste, les frères Dewaele feraient-ils un dEUS ?) a réussi à prouver qu’ils étaient moyens dans le monde rock, et limite médiocre dans celui de la house. Méchant retour de flamme…

Bloodhound Gang – Hefty Fine

Qu’on les aime (supporte ?) ou pas, on ne peut pas nier la détermination du Bloodhound Gang. Il semble qu’après chaque album, ils perdent leur contrat, et doivent ramer pendant des années afin d’en obtenir un nouveau, et de pouvoir sortir leur musique. De nouveau, cinq ans séparent Hefty Fine du précédent Hooray For Boobies, et il a fallu l’intervention du très louche Bam Margera (qui montre sa tête dans leur dernier clip) pour que le groupe puisse se faire entendre.

Il aurait probablement mieux fait de se taire.

Pourtant, j’aimais encore bien le groupe, surtout leur album One Fierce Beer Coaster, et son mélange assez frais (à l’époque) de rap et de rock, le tout servi par des paroles recherchées dans le genre douzième degré graveleux (exemple ? allez, « You came twice last year like a Sears Catalogue, extrait du très explicite Kiss Me Where It Smells Funny »).

Malheureusement, Hefty Fine semble être l’album de trop. Rien sur cet album n’arrive à la cheville de ce que le groupe a pu produire auparavant. Balls Out, le morceau d’ouverture, est tellement nu-metal que j’ai du vérifier la date actuelle, « Foxtrot Uniform Charlie Kilo » a une chouette mélodie et quelques bon jeux de mots, mais le concept est dépassé depuis environ 50 ans, tout comme les références aux Simpson (« Ralph Wiggum »). Ce qui semble vaguement original ne ressemble à rien (« Farting With A Walkman On », c’est cela, oui), et en fin d’album, quand le groupe tente de retrouver le succès de Bad Touch (Uhn Tiss), on est déjà parti de toute façon.

Restent encore quelques paroles bien écrites, mais qui ne forceront pas plus qu’un sourire. On se demande vraiment ce que le groupe a fait pendant ces cinq ans, mais maintenant on sait ce qu’ils n’ont pas pu faire.