Archives de catégorie : Retro

Chroniques d’anciens albums

Metallica – Master of Puppets (1986)

En trois ans de rédaction pour Music Box (entre autres), j’ai remarqué que si je venais à dire du mal de Metallica, je me prends à chaque fois plein dans la gueule dans les commentaires. Ce qui malheureusement confirme un cliché, mais je tenais à affirer ici que je ne déteste pas Metallica, au contraire. Ce n’est pas parce les membres du groupe sont des abrutis de première (Some Kind of Monster, le film et l’affaire Napster suffisent), qu’ils ont sorti trois (voire quatre, mais là je m’expose à l’anthrax dans ma boîte aux lettres) albums très pénibles et que les deux nouvelles chansons jouées en 2006 sont ridicules que le groupe n’a jamis rien valu, bien au contraire.

Master of Puppets, qui fête ses 20 ans cette année (c’est le premier album que je chronique dont je n’ai pas vécu la sortie – j’avais 6 ans) est le meilleur album du groupe, il est difficile de le nier (même pas la peine de mettre les mots “black” et “album” dans un commentaire). Le groupe lui a d’ailleurs rendu hommage lors de leur petite tournée 2006, en le jouant dans son intégralité.

L’album commence par la fameuse intro flamenco de Battery, qui est tellement connue aujourd’hui que son effet de surprise est passé, mais reste que le morceau qui la suit est un archétype d’offensive trash metal, emmené par ce qui est sans doute le principal point fort de Metallica, la guitare rythmique extraordinaire du chasseur d’ours blanc James Hetfield. Le tout aussi classique morceau titre le confirme, avec son intro légendaire qui ne permet heureusement pas encore de montrer les lacunes du batteur Lars Ulrich. On peut dire, sans doute à raison, que ce genre musical est aujourd’hui suranné, et les morceaux de 8 minutes sans trop de variation seraient maintenant risibles, mais il reste que la puissance de ces morceaux est indéniable.

Un peu plus loin, Welcome Home (Sanitarium) suit la formule de Fade To Black (sur Ride The Lightning, personnellement mon préféré), à savoir une intro mid-tempo suivi d’une suite plus dynamique. Quelques années plus tard, Metallica sortira un album entier sur ce principe, même si le tempo lent sera prévalent. Disposable Heroes accèlere les choses, et reste, avec le dernier morceau ici, Damage Inc., un de leurs morceaux les plus rapides. On doit aussi retenir le splendide instrumental Orion, dominé par la basse du très regretté Cliff Burton.

Master of Puppets ne possède plus la même puissance aujourd’hui (même si une bonne remasteristation arrangerait les choses), mais il reste un album majeur pour la carrière de Metallica et pour le metal en général, vu que tout ce qui va suivre sera lourdement influencé par cet album. Un classique, par définition.

Pearl Jam – No Code (1996)

Nécessairement, il faut se remettre dans le contexte. Pearl Jam, alors plus gros groupe du monde, vendait des albums par avions cargo (le second, Vs., a détenu le record de meilleure vente pour un second album), mais ne voulait pas que ça dure. En découla Vitalogy, pas vraiment anti-commercial mais bizarre et ambitieux. Les ventes commencèrent à décliner, et tout était mis en oeuvre pour que le groupe entame sa seconde vie, parfaitement exemplifiée par cet album, leur quatrième (Pearl Jam, le huitième, est sorti cette année).

Il est peu probable que le groupe aie délibérément voulu exclure une partie de son public par No code, même si c’est effectivement ce qui s’est passé : cet album est celui de la césure entre ceux qui sont restés (et qui suivent toujours le groupe aujourd’hui, dans des salles de 20 000 places partout dans le monde) et ceux qui ont laissé tomber, préférant les hymnes adolescents (Alive, Jeremy, et ce n’est pas une insulte) à l’évolution artistique et personnelle.

Dès le départ, on comprend que l’expérience No Code sera radicale. Á mille lieues du style plus agressif des précédents premiers morceaux (Once, Go et Last Exit), Sometimes ouvre l’album très calmement, comme une première occasion offerte à Eddie Vedder de montrer la vraie étendue de sa gamme vocale. Quelques minutes plus tard, on sursaute (vraiment), à cause des accords punk de Hail Hail, un des rares morceaux ici stylistiquement proches de Vitalogy. C’est aussi une des rares excursions en terrain connu : Who You Are (étonnant choix de single) et In My Tree (littéralement porté par la batterie tout en finesse de Jack Irons) n’ont vraiment plus rien à voir avec le grunge, qui est alors définitivement enterré. Pearl Jam se réclame d’un héritage musicale très varié, même si No Code est un album fortement américain (dans le sens americana, comme le prouve Smile, qui aurait pu être un morceau de Tom Petty, avec harmonica. La face A se termine en douceur, avec Off He Goes, ballade apaisante et chargée émotionnellement.

Le retour au (hard) rock se fait avec Habit et un peu plus loin Lukin, mais la face B est dominée par des morceaux innovants pour le Pearl Jam de 1996 : Red Mosquito, construit autour d’un jam blues et de paroles introverties mais pleines de sense (“If I had known then, what I know now”), l’exceptionnel Present Tense et son crescendo maîtrisé, pour ensuite conclure l’album avec un morceau expérimental (I’m Open) centré sur un spoken word de Vedder et une berceuse (si si), Around The Bend.

Évidemment, No Code a été, et est toujours, détesté par pas mal de fans de la première heure, qui n’ont d’ailleurs plus vraiment apprécié Pearl Jam depuis, vu que tout ce que le groupe a sorti depuis est influencé par cet album. No Code n’est sans doute pas leur meilleur album (mais je ne me risquerai pas à en sortir un du lot), mais c’est certainement leur plus important : sans lui, le groupe n’aurait jamais pu se sortir de la crise existentielle qu’ils vécurent à l’époque (et qui prendra encore quelques années pour se résoudre entièrement). No Code a fait grandir Pearl Jam, et les fans qui l’apprécient à sa juste valeur également.

Placebo – Placebo (1996)

C’est peut-être difficile à croire, mais il fut un temps au Placebo ne sortait pas des morceaux ennuyeux, des albums inutiles et des concerts moyens. Il fut un temps où Placebo ne vendait pas des albums par camions, où il n’était pas un des plus gros groupes d’Europe. Il fut un temps où Placebo était excellent.

Tout commença par cet album, qui, pour un premier album, est vraiment très bon. Son seul gros défaut était une production et un mixage assez mous, ce qui a été en grande partie résolu sur la toute nouvelle édition remasterisée.

Avant les duos avec Michael Stipe et les infâmes collaborations avec la sangsue d’Indochine, Brian Molko était un jeune homme méchamment enragé, qui questionnait le monde sur sa place sans celui-ci, son but, et évidemment son ambiguïté sexuelle (qui fait sourire quand on voit le Brian de 2006, père de famille modèle). De plus, sa voix n’avait pas encore acquis son caractère énervant, et au contraire participait à la rage des morceaux, brûlots punk tendance industrielle emmenés par des riffs assassins (Nancy Boy, sans doute toujours leur meilleur morceau, Bruise Pristine, Bionic), une basse bondissante et des petits emprunts par-ci par-là, comme le solo très Joey Santiago de 36 Degrees. Les morceaux plus calmes ne diminuent pas la qualité de l’album, comme l’excellent Lady of the Flowers.

J’ai moi-même été surpris de la qualité de cet album, fatigué de Placebo que je suis depuis quelques années. Je conseille donc la version remasterisée (avec quelques morceaux bonus assez anecdotiques et un DVD) ainsi le second album, celui de la consécration, Without You I’m Nothing. Ensuite, ça devient moins drôle.

Mais Placebo est un fantastique premier album, qui a très bien passé le test des dix ans. Ce qui n’est pas le cas de tout le monde…