Neil Young – Le Noise

Aussi cliché que cela puisse paraître, Neil Young, soixante-quatre ans, fait ce qu’il veut, et ce depuis un paquet d’années. Il suffit de jeter un oeil à ses dernières sorties. Un album-concept sur la vie rurale Américaine, accompagné d’une tournée aux tarifs prohibitifs durant laquelle Neil n’a rien joué d’autre que cet album? Un album tout aussi concept sur sa voiture électrique? Une suite à un album jamais sorti? Last but not least, un monumental projet d’archives s’étalant sur plusieurs dizaines de disques, dont seuls quelques uns ont vu le jour jusqu’ici? Neil Young a fait tout ça, et bien plus encore.

La dernière sortie du plus Américain des Canadiens est un album solo, au sens strict du terme : Neil Young est le seul musicien de l’album. Mais contrairement à ce qu’on pourrait croire, il ne s’agit pas du tout d’un album acoustique : la majorité des morceaux est effectivement très électrique. Alors, c’est quoi le truc? Le truc, c’est le mec qui donne son nom à l’album, Daniel Lanois. Surtout connu comme producteur de U2 avant que U2 ne sombre, son importance ici est telle qu’il aurait du avoir son nom à côté de celui de Young (mais c’est le cas, en fait). Lanois a pris la voix et la guitare de Young et a tout passé sous quantité de filtres, d’effets, de délais, de distortion, histoire qu’un processus censé être organique devienne bizarrement artificiel. Le résultat, intéressant, est pourtant mitigé.

Walk With Me et Sign of Love montre Young dans son côté le plus grunge, celui qui aura tant influencé ses fils spirituels de Seattle. Les guitares sont abrasives et denses. Lanois plonge le tout dans un bain de formol, transformant l’immédiateté des accords en expérimentation vaguement électro, comme s’ils (Lanois et Young) avaient voulu expressément détruire la simplicité des chansons, leur ajoutant des effets saugrenus et rallongeant certains passages à l’extrême, parfois à l’aide de drones, comme à la fin de Sign of Love.

La technique employée par Lanois montre vite ses limites, vu que, finalement, il fait toujours la même chose. Prendre un accord, appuyer sur trois boutons de son pro-tools (notamment le bouton “The Edge”), et répéter le tout pendant six minutes. On attendait donc les deux morceaux acoustiques, pour voir ce que ça donnerait. Peaceful Valley Boulevard est en fait traité de la même manière, et n’en finit pas, avec ses histoires d’ours polaires qui voguent sur des morceaux de glace détachés de la banquise, mais Love and War montre un Young plus pur, plus direct, en proie avec une autocritique assez tranchante de ses propres paroles (“When I sing about love and war / I don’t really know what i’m singing / I’ve been in love and I’ve seen a lot of wars”). Mais cela reste Neil Young acoustique, et il faudrait sans doute être mort pour ne pas être affecté.

Angry World commence comme Kid A, mais Everything In Its Right Place se voit remplacé par un morceau politique sur la crise économique, parce que, voilà, quoi. Heureusement, Hitchhiker rappelle brutalement l’intensité dont peut faire preuve Young, qui revisite ici ses jeunes années et les drogues qui se succédèrent au sein de son organisme. Rumblin’ clôture un album court (huit morceaux) et sonne exactement comme son titre.

Alors, qu’en dire? Oui, les trucs employés par Lanois sont assez répétitifs, et même si l’idée de départ pouvait sembler intéressante, on reste dubitatif quant à sa pertinence, surtout quand on se rend compte que les morceaux sont les plus immédiats écrits par Young depuis un petit bout de temps. Néanmoins, certains passages sont fascinants, quand on oppose la voix rustique du vieux Young, et sa guitare simple mais ô combien expressive à certains trucs de studio, sinon d’avant-garde au moins relativement modernes.

Le Noise est donc loin d’être un échec, mais pourrait être considéré comme un point de départ. Le week-end dernier, lors du concert annuel de charité Bridge School Benefit, organisé par Neil Young, Pearl Jam a repris Walk With Me, avec Young à la guitare. Et si on se mettait à imaginer une nouvelle collaboration (Young et Pearl Jam ayant enregistré deux disques ensemble, en 1995), voire une tournée? Les morceaux de Le Noise se doivent de sortir du studio : ils ont besoin d’air.

Spotify : Neil Young – Le Noise

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