Archives de catégorie : Playlists

Spotify (et avant, Mixpod)

Mai 2014

Mai 2014 était musicalement intéressant, même si vraiment pas drôle du tout.

Sharon Van Etten - Are We ThereMon album du mois, après hésitations et au moins 30 secondes de réflexion, c’est Sharon Van EttenAre We There. J’avais déjà beaucoup apprécié son précédent album Tramp, mais là, elle est passée hors catégorie, avec un disque de singer-songwriter étincelant, mélancolique, varié, triste et sublime. Principalement joué au piano, mais avec quelques éclats de guitares, l’album semble intimement personnel, avec des titres comme Your Love Is Killing Me ou I Love You But I’m Lost, et se termine avec un morceau cathartique qui termine un album majestueusement intense.

C’était sans doute le mois des albums tristes, parce que la Suédoise Lykke Li a sorti I Never Learn, album de rupture d’une absolue tristesse, il suffit de prendre quelques titres au hasard : Never Gonna Love Again, Sleeping Alone, Just Like a Dream (oui, c’est ironique). Mais plutôt que de sombre dans le pathos ridicule (on y arrive), elle a composé un album compact, d’une infinie sensibilité et porté par sa voix presque irréelle. Moins varié que l’album de Sharon Van Etten, il pourrait peut-être finir par lasser, mais il est aussi plus court, plus éthéré et tout aussi intense.

Et c’est donc ce mois-ci que l’ineffable Chris Martin a décidé de sortir le nouveau Coldplay (Ghost Stories), apparemment inspiré de sa tout aussi apparente rupture avec Gwyneth Paltrow. L’artwork inspiré de Sigur Rós est joli, les plagiats de Bon Iver (Midnight) et the XX (Magic) sont acceptables, je peux l’accepter. Mais l’album est d’une invraisemblable vacuité, alors que les paroles de Chris Martin ont cette fois dépassé le ridicule qu’elles ont toujours frôlé.

Les Black Keys ne volent pas beaucoup plus haut, mais on le sait depuis quelques années maintenant. Leur frustration de ne pas être Jack White est maintenant à son paroxysme, et plutôt que d’essayer de faire quelque chose de différent, ils nous sortent El Camino 2 : Electric Boogaloo (en fait appelé Turn Blue), en plus lent, plus chiant mais parfait pour plein de pubs. Pourtant, le début de l’album m’a presque étonné.

Heureusement, beaucoup de très bons albums sont aussi sortis en mai, sans compter ceux que j’ai oublié. Un petit tour d’horizon, dans le désordre, parce que si je fais des transitions je ne finirai jamais cet article 🙂

PawsYouth Culture Forever. Tout un programme, le titre du second album du combo écossais Paws. Mais c’est finalement une réussite, un deuxième album mieux produit (mais pas trop), qui ne s’affranchit pas de leurs influences rock indé 90s, mais qui étend leur son, approfondit l’écriture et fait passer un bon moment, jusqu’aux onze minutes finales tout en feedback et fin de concert.

Trash Talk – No Peace. On pouvait croire, après la signature chez Odd Future et les collaborations avec la bande à Tyler que Trash Talk allait évoluer. No Peace n’est pas d’accord avec ça, et sauf exception (intro/outro trip-hop, un peu de variation parfois) on reste dans le domaine du punk/hardcore direct et efficace. Quand c’est pas cassé, pourquoi réparer?

Tune-YardsNikki Nack. Merrill Garbus continue son workshop de morceaux bricolés, de bruits bizarres et de voix étranges. On a parfois l’impression qu’elle joue trois morceaux de trois genres différents en même temps, mais comme elle n’est pas seule dans sa tête, ça va.

SwansTo Be Kind. Comment suivre l’immense The Seer? Simplement, par un album de plus de deux heures dont un morceau de 34. Ecouter To Be Kind, encore plus d’une traite, est une véritable épreuve physique et mentale. On n’entend pas Michael Gira hurler le titre de “Toussaint L’ouverture”, d’après un révolutionnaire haïtien, sans ressentir quelque chose au fond de l’estomac. Et après ça, la seconde partie de l’album est elle carrément violence et vicieuse, la dynamique quiet/loud ayant laissé la place à autre chose de carrément cinglé. Énorme.

Tori AmosUnrepentant Geraldines. C’est le premier album “normal” de Tori depuis 2009, après un album de réinterprétation orchestrales, un de Noël et un autre, carrément, chez Deutsche Grammophon.  Parler de retour en forme serait aussi stupide qu’insultant, mais Unrepentant Geraldines est carrément un de ses meilleurs albums, alliant piano, guitare acoustique, belles mélodies et étranges paroles, bien sûr : c’est sans doute le seul album au monde qui comprend un morceau qui parle de la NSA à un autre qui personnifie le concept d’ennuis.

Michael JacksonXscape. Si, si, je dois en parler. Parce que sur cet album, on a quand même trois bons morceaux, et comme c’est probablement la dernière fois qu’on a des bons morceaux de MJ, il faut bien marquer le coup. Xscape comprend 8 morceaux de périodes différentes, produites de façon moderne mais heureusement pas trop bourrines. Evidemment, les meilleurs sont les plus vieux, notamment Love Never Felt So Good qui sonne comme un classique oublié, et les menaçants Slave to the Rhythm et Do You Know Where Your Children Are, probablement coupé de Dangerous pour des raisons évidentes. Evidemment, sa voix a été manipulée, mais les versions originales présentes dans la version deluxe montrent que MJ fut un talent immense. Mais maintenant, c’est fini. Please?

Mongol HordeMongol Horde. Frank Turner est maintenant une mégastar capable de remplir Wembley Arena et de faire les têtes d’affiche de festivals monstrueux, mais la croûte purulente du vieux hardcore le démangeait beaucoup. Plutôt que de reformer Million Dead (patience) c’est avec Mongol Horde qu’il sort un album évidemment rapide, no-nonsense, et à l’humour loufoque présent du début à la fin (Stillborn Unicorn, Tapeworm Uprising).

On finira ce mois, juste avant le playlist comme toujours agrémenté de singles d’albums à venir par quelques sorties un peu différentes. D’abord, un 7″ live de Savages, leur première sortie depuis leur spartiate début Silence Yourself. Il comprend une reprise de Suicide, Dream Baby Dream et leur morceau de dix minutes Fuckers, connu par ceux qui ont eu la bonne idée de les voir tout démonter en concert lors des deux dernières années. À bientôt pour le second album. Un peu plus long, mais pas un album non plus, l’EP 5 titres collaboratif (Do It Again) entre Röyksopp et Robyn, collaboration pop expérimentale nordique parfaite avec morceaux de 10 minutes. Aussi étrange que captivant.

Enfin, la ressortie du mois est Definitely Maybe d’Oasis. Il est facile de dire du mal d’Oasis maintenant, mais à l’époque, on ne pouvait évidemment pas savoir que leur premier album constituerait leur sommet. Et quel sommet c’était, un album d’une perfection quasi absolue, d’un auteur, Noel Gallagher, qui transformait tout ce qu’il écrivait en or massif. L’album est remasterisé, lui rendant un peu de basse bienvenue, mais est aussi agrémenté de ce qui est probablement le meilleur ensemble de faces B de l’histoire de la musique enregistrée, et d’une série dispensable mais intéressante (Liam, sa voix, si jeune…) de démos et morceaux live dont le (semi) inédit Strange Thing.

J’ai oublié quelques albums, notamment The Horrors ou Conor Oberst, mais il fallait bien que je clôture cet article plus ou moins dans les temps. Je me rattraperai plus tard, n’hésitez pas à me dire ce que j’ai oublié d’autre, en commentaire, sur Twitter, ou sur Facebook.

À dans un mois pour juin, mais avant ça, on se retrouve dans quelques jours pour l’événement Music Box/Coupe du monde de foot, plus de détails bientôt!

Avril 2014

Un autre mois passe, et non seulement l’article est un peu moins en retard que d’habitude, mais en plus, Music Box a changé de peau avec un design moins vieux plus moderne et moins bordélique fouillé.

Damon Albarn - Everyday RobotsMon album du mois, c’est Everyday Robots de Damon Albarn. J’aime beaucoup Blur depuis très longtemps, et leur concert pré-Hyde Park 2012 au petit Civic Hall de Wolverhampton reste un de mes meilleurs souvenirs de concerts. Mais Damon Albarn reste totalement insaisissable, à un tel point que malgré sa myriade de projets, Everyday Robots est son premier album solo, et à ceux qui attendaient une réponse, il n’apporte qu’un mystère en plus quant à la nature du chanteur. Majoritairement acoustique et mélancolique, il est agrémenté de quelques touches de manipulation électroniques des mains de Richard Russell et n’échappe pas à quelques détours typiques vers la musique africaine (Mr Tembo) ou populaire au sens premier (You and Me comprend un enregistrement de musique de rue londonienne). Assez déprimant dans son observation critique mais précise de la société occidentale, Everyday Robots n’est pas l’album définitif d’Albarn, mais simplement son état d’esprit aujourd’hui. On verra ce qu’il en sera demain.

Est-ce qu’un album de Blur aujourd’hui est nécessaire? Probablement la question à poser à chaque groupe qui se reforme, et sans doute la raison pour laquelle il n’y en a pas encore eu, de nouvel album de Blur. Par contre, dix ans après leur reformation, Pixies vient de sortir une sorte d’album, en fait une collection de leurs derniers EP et singles internet. Comme on a pu le lire partout, l’album est inutile, n’ajoute strictement rien à leur légende et il est impossible que qui que ce soit possédant un minimum de bon sens le jugera autrement que comme leur moins bon album. Mais le groupe a aussi le droit de faire ce qu’il veut, de continuer sans Kim Deal et de pondre trois ou quatre chansons décentes et de faire comme si Indie Cindy avait sa place aux côtés de Doolittle. Personne n’est dupe, même si honnêtement, ce n’est pas un mauvais album.

En dessous de ces deux grosses sorties, on trouvera pas mal de chouettes choses (et d’autres moins chouettes).

On commence ce tour d’horizon non exhaustif (oublis en commentaires, merci) avec le premier album solo de l’ex-Distillers/Spinnerette Brody DalleDiploid Love. Continuant son exploration sonore, elle s’écarte de plus en plus du punk des Distillers vers un alt rock moderne sur lequel elle pose sa voix inimitable. Oui, j’ai bien dit poser et pas seulement crier. On n’avait par contre pas besoin de cuivres, mais on n’a jamais besoin de cuivres. Des cuivres, bordel. Des cuivres.

Nettement plus punk, Wasted Years de Off! Toujours puissant, environ trois mille fois mieux que le dernier album de “Black Flag”, mais c’est aussi probablement leur moins inspiré. Ce qui est malheureusement aussi le cas de Rented World des Menzingers, qui avaient pourtant sorti un formidable album de blue collar punk il y a deux ans. Rented World, sans être mauvais, est à tous points inférieur, et c’est vraiment dommage et frustrant. C’est dur d’être vraiment punk, mais Jutsin(e) Jusint(e) Justin(e) y arrive aisément avec le dernier album (sais plus combien ça fait) D+/m- (sais pas ce que ça veut dire), parce que c’est du punk français vraiment très bien et que y a que comme ça que j’écoute des gens qui chantent en français. Plague Vendor (Free to Eat) ne se casse pas non plus la tête avec un skacler punk crade et efficace,  10 morceaux, 18 minutes, que demander de plus. Tweens évoque tour à tour (et bien souvent en même temps) Ronettes, Ramones, Nirvana et Be Your Own Pet, c’est terriblement sympathique et frais, et ils se permettent même d’être ambitieux vers la fin (Want U).

On a encore un nouvel album de Thee Oh Sees (Drop), et on ne se plaindra pas, surtout qu’il bénéficie de la participation de Mikal Cronin. Psyché, efficace et excellent, mais on s’en doutait. Cronin me fait parfois penser à J Mascis, ressemblance physique, nonchalance et capacité d’écrire des popsongs parfaite, je suppose. Mascis a été jouer de la batterie et taper des solos chez Sweet Apple, qui a aussi bénéficié des voix de Mark Lanegan et Robert Pollard. The Golden Age of Glitter est une sorte de fourre-tout inégal, mais quand ça colle, c’est chouette (si vous aimez les 90s). Plus rock and roll, Triggerfinger, qui est probablement le plus gros groupe belge en activité, avec dEUS. Ils jouent très haut sur l’affiche de Werchter cette année, notamment grâce à By Absence of the Sun, leur quatrième album. Alors, oui, ça somme comme Queens of the Stone Age, mais tous les groupes rock populaires qui ne sont pas les Foo Fighters sonnent comme QOTSA. Si on écoute attentivement, on trouvera plus de plans blues et un son plus crade, mais aussi un certain essouflement vers la fin. Mais c’est quand même très bien, et excessivement fun en concert. Je m’en voudrais de ne pas parler de Nine Black Alps, qui a de loin dépassé sa durée de vie (un album, en fait) mais Candy for the Clown est très bien pour de l’Alice in Chains lite, et non, ce n’est pas spécialement péjoratif. #guiltypleasure, je suppose.

On n’oubliera certainement pas le très bon album d’EMA, qui fait succéder electro edgy (Satellite), du quasi riot grrrl (So Blonde) et du quasi Grimes (Solace), le tout porté par sa voix murmurée mais toujours au fil de la menace agressive de la musique derrière elle. Typiquement un album difficile, Future’s Void est aussi unique que son auteur. Odonis Odonis a aussi sorti un excellent album (Hard Boiled Soft Boiled) au concept très casse gueule, une face bruyante et une calme. La vérité, heureusement, est plus mitigée, on dira plutôt face A electroindus et B postshoegaze. J’aime bien écrire pour ne rien dire. Je terminerai avec les post-punks de Montréal Ought (More Than Any Other Day), qui non seulement ne sonnent pas comme Arcade Fire, mais font presque peur par la voix habitée et les rythmes mathrock.

Enfin, Eels a aussi sorti un nouvel album, The Cautionary Tales of Mark Oliver Everett. Mais bien que j’ai souvent trouvé sa musique intéressante, elle me déprime bien trop pour que je puisse me permettre de l’écouter. Je suis certain qu’il est très bien, ceci dit, j’espère que je l’écouterai d’ici mon top 2014.

C’est tout pour ce mois-ci, playlist Spotify ci-dessous avec quelques morceaux d’albums à venir. À dans un mois pour venir rire de Coldplay (ou pas, en fait, tout arrive).

Mars 2014

Cloud Nothings - Here and Nowhere ElseMieux vaut tard que jamais? J’espère que c’est le cas, voici ma sélection d’albums sortis le mois dernier.
Comme en 2012, on a peut-être déjà l’album de l’année, avec Cloud Nothings. Dylan Baldi a réduit son groupe à trois membres, dont un batteur incroyable. Here And Nowhere Else réussit à être encore meilleur que Attack on Memory, plus précis, plus agressif aussi. On pourra toujours regretter la phase power-pop hyper mélodique du début de sa carrière, mais c’est comme ça que Baldi écrit, album après album, sa place dans l’histoire du rock indé.

Ensuite, on a Perfect Pussy, qui pousse le post-rock féministe de Savages à son paroxysme. Ici, pas de Joy Divisionisme, mais une musique joué très fort, très vite, et enregistrée à l’arrache. L’album (Say Yes to Love) est douloureusement intense et très court. Les 4 morceaux live attachés en bonus tracks sont tout aussi vitaux que ce qui précèdent, et montrent l’énergie phénoménale de Meredith Graves, icone en pleine ascension.

Difficile de facilement dégager une troisième place, donc je mettrai en même temps Blood Red Shoes, Johnny Foreigner et La Dispute. Blood Red Shoes aurait déjà du conquérir le monde depuis longtemps, mais pour une raison ou une autre, ce n’est pas le cas. Comme pour In Time to Voices, il manque peut-être un petit quelque chose à Blood Red Shoes pour vraiment exploser, mais si c’est pour finir comme Biffy Clyro, alors, qu’ils continuent à faire (très bien) ce qu’ils font actuellement.

Johnny Foreigner, groupe méconnu pour la plupart mais culte pour les autres, plus avisés, sort peut-être aussi son meilleur album, ironiquement – bien sûr – titré You Can Do Better, plein de mélodies, de paroles et références géniales et de la magie que seule la musique peut procurer. Des vies ont été changées grâce à ces gens.

Ce qui est d’ailleurs sans doute le cas de La Dispute, groupe post-emocore machin qui case beaucoup, beaucoup de mots dans leurs chansons. Pas facile à écouter mais musicalement magnifique, Rooms of the House est marqué par l’intensité sincère de Jordan Dreyer qui tape dans le mille à chaque fois, et pénètre très loin dans l’esprit et dans le coeur des auditeurs encore en vie.

Et ce n’est pas fini pour mars, faible en “grosses” sorties, mais riche au point de vue de la qualité. The Men ont sorti leur cinquième album (Tomorrow’s Hits) en cinq ans, toujours de plus en plus loin du punk des débuts vers un rock ‘n roll classique mais efficace, alliant doowop, punk, blues, cuivres et un songwriting précis. Solos de guitare!

Eagulls (Eagulls) devrait probablement être plus haut sur cette liste, mais il faut bien avouer que ce revival post-punk/shoegaze commence être un peu passé. Ce qui est bien dommage, parce qu’ils sont très bons.

Sinon, on a encore Tokyo Police Club (Forcefield) et leur indie pop gentille et tout et tout, probablement nettement plus intéressante que les Strokes, mais bon, le hype, tout ça… On peut aussi parler de Skaters (Manhattan, sic), une sorte de Strokes (oui, encore) dissonnant et influencé par The Clash période London Calling, mais qui sonne souvent aussi chiant que les Vaccines. Real Estate, par contre, continue dans l’indé pop classe et immaculé (Atlas) tandis que Hold Steady (Teeth Dreams) fait du Hold Steady, mais en mieux que la dernière fois. Santé.

Pour finir, il faut que je parle de Jonah Matranga, l’artiste à la discographie la plus confuse depuis Prince (il aimerait la référence). Cette fois, son dernier album, de nouveau financé par Kickstarter sort sous “Jonah’s Onelinedrawing”, référence à son prénom et à son alias solo le plus connu. S’éloignant de la folk de son dernier album majeur And, Me And You Are Two tape un peu dans tous les sens, ajoutant quelques touches d’électro ou de piano à la sensibilité exacerbée du chanteur de Far, I Is Another, New End Original, etc etc. Free est sa déclaration d’indépendance, et You’re What When Right un de plus jolis morceaux qu’il ait écrit.

N’oubliez pas non plus les ressorties de deux albums majeurs du “rock alternatif” des années 90, Troublegum et Infernal Love de Therapy? Le premier est le plus connu, et certainement un des tous meilleurs de la décennie, le second est celui de la liberté créative. La suite de leur carrière allait se révéler plus difficile, car ils n’auront plus jamais connu un tel succès commercial, malgré une longue série d’albums de très bonne facture. Sans surprise, mais très complète, la ressortie remasterise les albums d’origine et ajoute toutes les faces B, et pour Troublegum les EP ShortSharpShock, Opal Mantra, Face the Strange et quatre démos inédites.

La playlist Spotify reprend tout cela et quelques morceaux d’album à venir, dont Jack White ou First Aid Kit (:coeuraveclesdoigts:)

See you next… month?

Février 2014

Encore plus tard que d’habitude, ma sélection d’albums sortis le mois dernier.  J’en ai probablement oublié encore plus que d’habitude, envoyez-moi une carte postale pour me le dire.

St. VincentAlbum du mois, sans surprise : St. Vincent. Je ne sais pas si l’album est “mieux” que le précédent, mais je sais qu’il est excellent, et qu’Annie Clark continue l’exploration d’elle-même, du paysage musical contemporain et de sa guitare. Malgré le buzz autour de plus ou moins tout ce qu’elle fait, l’album est excellent de bout en bout, alliant passage électro/RnB contemporains et guitare héroïque, comme une Marnie Stern qui n’aurait pas oublié d’écrire des chansons. Le tout, parfois, au sein du même morceau, comme Huey Newton. On se revoit dans le top 10, dans dix mois.

Beck a fait plein de choses ces dernières années, mais Morning Guilt est son premier “vrai” album en huit ans. Fait d’autant plus important qu’il le présente comme le successeur de Sea Change, album de 2002 aussi délicat que déprimant. Et c’est vrai que Morning Guilt s’y rapproche, mais c’est justement là le problème : la suite, aussi appréciable puisse-t-elle être, n’est jamais aussi bien que l’original.

On termine le podium, avec Crosses (flemme de chercher le raccourci clavier des croix, tant pis). Crosses, c’est le projet parallèle de Chino Moreno mais surtout le principal de Shaun Lopez. Chino chante comme il sait le faire, mais c’est Lopez qui tient les manettes ici, franchissant parfois allègrement la ligne du bon goût en balançant des solos de guitare (Prurient) ou des effets sonores qui devaient probablement sonner kitsch quand on les a inventé. Mais l’album passe très bien, on regrettera juste la production un peu lourde de Lopez (mais c’est aussi sa marque de fabrique…) et certaines longueurs, il n’était peut-être pas nécessaire d’inclure les huit morceaux des deux EP déjà sortis.

Pour le reste, on retiendra Bombay Bicycle Club, qui tente avec succès d’être la réponse British à Vampire Weekend, tout en imprimant un peu de personnalité à sa musique (So Long, See You Tomorrow). Pas mal de sorties britonnes en février, d’ailleurs, mais d’un niveau, disons, varié. Temples (Sun Structures) est tellement à fond dans le rock psyché des 60s qu’il accompagnera parfaitement votre voyage (aller) en Inde, tandis que Breton (War Room Stories) tombe tête la première dans le syndrome du second album. Après deux excellents EPs, Cheatahs confirme tout le bien qu’on pensait d’eux avec un album dédié aux Saints Mascis, Shields et Moore, originalité limitée mais efficacité maximale. Enfin, Maximo Park est bien loin des graffitis et de la pression à appliquer de la belle époque, mais ils sont toujours là, avec une écriture raffinée qui rappelle parfois Morrissey, mais c’est pas si grave (Too Much Information).

On terminera par un détour du côté de Seattle, avec l’album inattendu des Presidents of the United States of America. Et ce qui pouvait être aussi inattendu, c’est la qualité de celui-ci. Evidemment, ils ne comptent pas révolutionner le monde avec leurs instruments à deux et trois cordes et leurs chansons qui parlent de petits animaux, mais Kudos To You, financé sur Pledge Music, compte parmi leurs meilleurs albums, et certainement leurs plus punchy. Nettement moins amusant et beaucoup plus français, Fauve sort son premier album, ou plutôt la première moitié de l’album (Vieux Frères première partie), je ne comprends pas vraiment leurs trucs conceptuels, mais c’est pas grave. Ce qui l’est nettement plus, par contre, c’est qu’ils confirment ne savoir faire qu’une seule chose : une musique étrange à la Wu Lyf et des paroles angoissées et scandées. Je ne les rejette pas comme biend ‘autres l’ont fait, mais il faudrait quand même penser à évoluer un petit peu, comme l’adolescent qu’ils sont censés représenter…

La (courte) playlist est enrichie par quelques morceaux d’albums futurs : Sharon Van Etten, Cloud Nothings et White Lung. On se revoit pour mars dans un mois, ou un peu moins, j’espère.

Janvier 2014

Une nouvelle année qui commence assez doucement, musicalement parlant. Je n’ai écouté qu’une poignée d’albums ce mois-ci, n’hésitez pas à me faire savoir si j’ai oublié quelque chose qui vaut la peine d’en parler.

Transgender Dysphoria Blues

Album du mois, sans l’ombre d’un doute, c’est Transgender Dysphoria Blues d’Against Me!, attendu depuis longtemps et qui, c’est le moins qu’on puisse dire, ne déçoit pas. Enfin, il décevra peut-être ceux qui préfèrent la version rock carré/Butch Vig de New Wave/White Crosses, voire les imbéciles qui ont un problème avec l’identité de la chanteuse Laura Jane Grace. Mais ils ont tous tort, parce que TDB est un album d’une puissance extraordinaire mais qui reste accessible : Black Me Out est peut-être le meilleur morceau pop-punk du groupe (pop dans le sens “mélodie qui rentre dans la tête et qui ne sort pas”), FUCKMYLIFE666 est tout ce que le titre n’est pas, et Osama Bin Laden As the Crucified Christ rappelle la violence corrosive des Manic Street Preachers période Holy Bible, un étrange mais exact point de comparaison qui se retrouve ailleurs sur l’album, notamment quand la voix de Grace rejoint étrangement celle de Nicky Wire, un bassiste qui porte des robes sur scène et qui a écrit “I wish I have been born a girl instead of what I am” en 1998… Il va falloir faire très fort pour le déloger, il est déjà numéro 1 de 2014 pour moi.

Janvier a aussi vu la sortie du second album de Warpaint, quatre ans après The Fool. Warpaint est un album précis, hypnotique, éthéré qui pâtit des défauts de ses qualités : si vous avez le malheur de ne pas lui accorder 100% de votre attention, il n’existe plus. Si vous le faites, par contre, les détails musicaux arrivent au niveau de Kid A en version discrète et subtile, mais toujours sur fil du rasoir. Toujours dans la catégorie subtil, Mogwai n’a, semble-t-il, plus aucune envie de faire plein de bruit. Directement inspiré du dernier album Hardcore Will Never Die But You Will et leur bande originale de la série française Les Revenants, Rave Tapes possède peut-être un peu plus d’électronique mais plus grand chose de la dynamique quiet-LOUD qui caractérisait le groupe voici déjà un paquet d’années. Mais ce qui a toujours fait la force de Mogwai, c’est sa précision diabolique dans la recherche mélodique, déjà dans de vieux morceaux comme Cody. Si l’on tient ça en compte, Rave Tapes est un bon album de Mogwai, une évolution tranquille d’un groupe peut-être un peu trop confortable.

J’ai toujours eu l’impression que les Dum Dum Girls (enfin, Girls, Dee Dee est toute seule en fait) sont plus confortables dans le format EP que LP.  Too True, le troisième album, ne me fera pas changer d’avis : les quelques excellents morceaux auraient fait un fantastique EP, sur tout un album, les répétitions stylistiques sont trop flagrantes. Pour ce que ça vaut, l’album m’a juste donne envie d’écouter Lust Lust Lust et Is This It. En parlant des Strokes, je ne pense pas vraiment me tromper en disant que Drowners, malgré la référence à Suede, a beaucoup écouté Julian et ses “copains”. Parce que tout y est, les guitares post-punk, la batterie qui sonne comme une boîte à rythme, la voix louche, les refrains à tomber. C’est évidemment nettement mieux que The Vaccines, mais c’est aussi tellement dérivatif (le logo du groupe reprend les drapeaux US et UK, comme si ce n’était pas évident). Mais on ne peut pas dire que c’est mauvais, évidemment.

Nettement moins Pitchfork-y, mais aussi beaucoup plus authentique, le premier album en huit ans du trio punk The Lawrence Arms, Metropole. Et il est très bien, pas la peine d’en parler, il faut juste écouter. Et on n’oubliera pas non plus Stephen Malkmus, qui, même s’il n’a clairement pas envie d’écrire pour Pavement, n’a pas non plus envie de raccrocher. Son nouvel album avec les Jicks (Wig Out at Jagbags) est plus ou moins ce qu’on attend d’un album de Malkmus, mélodique mais bordélique, parfois génial, parfois trop étrange.

Pas vraiment de quantité en janvier, mais l’album d’Against Me m’a tellement marqué que je n’ai probablement pas pris le temps de chercher. Je me rattraperai peut-être en février. Voici le tout petit playlist, à dans un mois!