Archives de catégorie : Ressorties et Compilations

Foo Fighters – Greatest Hits

Dave Grohl pestait récemment contre l’obligation contractuelle de sortir un best of. Non seulement il pensait que c’était bien trop tôt, mais il regrette également ne pas avoir été consulté sur un tracklist qu’il juge faible. Force est de constater qu’il a pleinement raison, tant ce Greatest Hits est une insulte à ce que représente les Foo Fighters, et je ne suis même pas spécialement fan.

Le groupe existe depuis 1995, ou du moins de nom, vu que le premier album était un projet solo de Dave Grohl, alors ex-batteur de Nirvana. Quatorze ans après, six albums, une notoriété qui les a conduit à remplir le stade de Wembley… et un Greatest Hits de 12 morceaux connus? Oui, c’est carrément ridicule. L’album comprend, en gros, les douze morceaux les plus célèbres du groupe, un extrait du live Skin & Bones, une version acoustique (stellaire) d’Everlong et deux inédits médiocres, probablement raclés d’un fond de tiroir. Heureusement, on a du très bon, notamment les immenses Everlong et Monkey Wrench, mais on perd tout un pan du groupe, surtout le côté plutôt agressif/punky, ici, on se concentre sur les midtempos vaguement énervés, comme Times Like These ou l’aseptisé Long Road To Ruin. Le maladroit employé qui a compilé cette chose a aussi raté l’occasion d’inclure l’excellent (mais encore trop “violent”) The One sur un album.

Maintenant, que l’on ne s’y trompe pas : les Foo Fighters, aussi sympathiques puissent-ils être, ne seront jamais un grand groupe. Mais ils méritaient, et méritent toujours autre chose que ceci, une stupide opportunité mal fagotée de se faire du fric rapidement. Heureusement qu’on peut toujours faire confiance à Dave Grohl : le prochain album sur lequel il joue arrive dans quelques jours, et est sans doute le plus attendu de l’année…

The Beatles – Past Masters Vol. 1 (1988)

Histoire de terminer ce qu’on a souvent tendant à appeler la première moitié de la carrière des Beatles, j’ai choisi de couper en deux le double Past Masters, qui était d’ailleurs disponible pré-remaster en deux volumes. Le concept Past Masters est simple : ce sont tous les morceaux des Beatles sortis en face B de single, ou en EP, mais pas en album. Ils ont été compilés pour la sortie cd de 1988, et sont donc évidemment remastérisés ici. Comme toute compilation de face B, on retrouve du dispensable, mais comme, à l’époque, les singles (45 tours) se retrouvaient rarement sur album, on a des très gros morceaux de choix.

Love Me Do commence la compilation, une version différente avec Ringo Starr derrière les fûts, et une basse plus puissante. Cette version est nettement plus dynamique que celle du premier album, dès leur premier single, les Beatles ont réussi à faire ce que personne n’avait fait avant eux. From Me To You, sympathique, leur offre leur tout premier numéro 1, mais montre clairement les limites du remaster stéréo : les voix ne sont audibles que du côté droit, ce qui donne une impression vraiment dérangeante. Comme c’est généralement le cas pour les premiers albums (au moins les quatre premiers), on préférera les monos, tout en regrettant qu’ils ne soient disponibles que dans un boxset très limité et assez cher.

Les deux morceaux de bravoure de l’album sont She Loves You et I Wanna Hold Your Hand, deux popsongs inouïes de perfection sonore. Les “yeah yeah yeah” de She Loves You auront probablement toujours une implication dans les chansons pop de l’année 2115, et le rythme imprimé par le duo McCartney/Starr est toujours impressionnant aujourd’hui. Ces deux extraits exceptionnels sont aussi repris en allemand, ce qui fait sourire une fois ou deux. Le reste de l’album n’est pas désagréable, bien sûr, mais n’arrive plus à ce niveau, même si le riff dantesque (et les expériences de feedback) de I Feel Fine et le rock n roll pied au plancher de I’m Down s’y rapprochent. Forcément indispensable, cette demi-compile clôture donc une époque, même si la transition avec Rubber Soul pouvait déjà se faire sentir.

The Beatles – Help! (1965)


La Beatlemania ne semblant jamais se terminer, les financiers derrière le Fab Four continuent à traire la vache à lait le plus possible. Help! est en effet la bande originale d’un nouveau film avec nos quatre garçons dans le vent comme héros. Une fois de plus, ce qui nous intéresse, c’est la musique, et quelle musique. Si les quatre premiers albums ne sont qu’un apéritif pour ce qu’il allait arriver, Help! est le point culminant des préliminaires (oui, les doubles métaphores dans une seule phrase, c’est lourd, je les laisse pour l’exemple 😉 ). Nous sommes quelques mois avant le moment qui verra le groupe passer de popact aux qualités indéniables à groupe le plus important de tous les temps. Help! sera postérieurement reconnu comme plaque tournante entre les deux niveaux.

Des Beatles-groupe rock ‘n roll propret, on ne retiendra ici que les fillers (enfin, façon de parler) The Night Before, Another Girl et Tell Me What You See ou encore l’obligatoire morceau lourdingue chanté par Ringo Starr (Act Naturally). De même, on retiendra les qualités de It’s Only Love et I’ve Just Seen a Face, qui change de rythme de manière totalement inattendue, un des premiers exmeples d’une technique qui sera souvent utilisée dans le futur. Le reste est phénoménal. Help!, le morceau titre, est la pop song parfaite, si ce n’est pour les paroles : Lennon appelle clairement à l’aide, déjà troublé par la célébrité et tout ce qui l’entoure. Il le restera pour les quinze années à venir. Le rythme est frénétique, et ouvre la voie au rock 2.0 : Ticket To Ride.

Lennon avait fièrement remarqué que Ticket To Ride était la première chanson heavy metal, et il n’a peut-être pas tort. La batterie de Ringo est proprement ahurissante, tout comme la basse drone de MCCartney. Macca qui se paie le luxe de jouer de la lead guitar, et quelle guitare. Ticket To Ride est un des plus grands morceaux de l’histoire du rock ‘n roll, et un des plus importants. 44 ans après, et aussi cliché que cela puisse être, il n’a pas pris une ride. Ailleurs, Lennon continue à tirer son inspiration de Bob Dylan, et le magnifie : You’ve Got To Hide Your Love Away reste un classique éternel. Et tant qu’on parle de classique éternel…

Plus de trois mille versions connues, Yesterday est la chanson la plus reprise de tous les temps. La légende raconte que Paul McCartney a composé toute la mélodie dans un rêve, s’est rapidement levé pour l’enregistrer, avant de se lever le lendemain totalement paniqué : et s’il avait plagié un autre morceau sans s’en rendre compte? Il a bien du se rendre à l’évidence : non, Yesterday est à lui. Tellement à lui qu’il est le seul Beatle présent sur l’enregistrement, accompagné d’un quatuor à cordes. Inutile d’en parler davantage, Yesterday et ses deux parties emmêlées est un morceau simplement magnifique de retenue et de lyrisme, qui mérite, lui, d’être dans le top 3 des morceaux des Beatles les plus connus (je suis nettement plus sceptique par rapport à Let It Be et Hey Jude, mais on y reviendra).

Aussi superbe est-il, Yesterday marque la fin d’une époque. Les connaissances bien inspirées du groupe vont bientôt leur faire connaître les joies de certaines substances récréatives, alors qu’ils vont prendre un contrôle de plus en plus complet de leur création artistique (parce que mettre Dizzy Miss Lizzy juste après Yesterday, c’est lourd). C’est ainsi que le prochain album, Rubber Soul, entame la quintette des albums extraterrestres, qui devraient sans doute se trouver dans n’importe quel top 10, si on ne trouvait pas que 5 sur 10, c’est quand même un peu beaucoup. Mais avant Rubber Soul, je clôturerai cette page avec le premier disque de Past Masters, compilation des faces B et morceaux hors album.

The Beatles – Beatles For Sale (1964)

A notre époque, deux ans entre deux albums, ce n’est pas bien long, un intervalle moyen. Mais dans les années 60, il fallait sortir quelque chose tous les deux mois, parfois au détriment de la créativité. Beatles for Sale est le quatrième album du groupe, et suit le (très bon) single I Feel Fine. Difficile de vraiment savoir si le titre est très second degré, mais BFS est une sorte de retour en arrière pour les Beatles, qui, après avoir sorti le 100% original A Hard Day’s Night, se voit de nouveau obligé de refaire quelques reprises pour sortir un album assez long. Malgré le fait que Beatles for Sale soit un album mineur, il n’est pas pour autant dénué d’intérêt.

Par exemple, le style de composition de John Lennon tend maintenant à quitter les classiques compositions d’amour. Il est plus incisif, parfois plus sombre. No Reply, I’m a Loser, n’auraient jamais pu se retrouver plus tôt dans leur discographie. Ce dernier morceau prouve d’ailleurs que Lennon a été influencé par un compositeur dont on entendra encore parler, un certain Bob Dylan. I Don’t Wanna Spoil The Party revendique des influences country, alors que Eight Days A Week est le morceau que l’histoire retiendra comme l’extrait de choix. Il est intéressant de noter qu’avec ce morceau, les Beatles (et George Martin) ont commencé à multiplier les prises pour expérimenter. Ces expérimentations allaient bien sûr être la base même des futures compositions du groupe.

Les reprises sont généralement assez peu mémorables, notamment Mr Moonlight, souvent considérée comme la plus mauvaise performance enregistrée des Beatles. La voix de Lennon avait définitivement besoin de repos. Heureusement, il assure totalement Rock ‘N Roll Music (Chuck Berry). Macca, quant à lui, n’a pas fourni grand chose ici, même si What You’re Doing et Every Little Thing sont assez sous-évaluées. Il allait bientôt écrire un ou deux trucs sympas pour Help!, de toute façon.

Beatles for Sale restera donc un des seuls albums mineurs des Beatles, et surtout, il marque la première fois que leur nouvel album est moins bon que le précédent. Mais au vu de ce qui va suivre, cela n’a pas beaucoup d’importance.

The Beatles – A Hard Day’s Night (1964)

Les Beatles étaient le plus gros groupe du monde. La Beatlemania régnait partout, et tant qu’à faire, autant tirer sur la corde autant que possible, en suivant la mode de l’époque : mettre les popstars dans des films. A Hard Day’s Night accompagne le film du même nom, du moins la face A du disque. Ces films ne m’ont jamais intéressé, mais l’album, quel album. Premier album du groupe a ne comprendre que des compositions originales, il contient hit sur hit, dès le premier accord du morceau-titre, peut-être l’accord le plus connu de l’histoire du rock ‘n roll. A Hard Day’s Night est fantastiquement frénétique, mélodique et étonnamment complexe. John Lennon a parfaitement appris les leçons des reprises, et les surpasse maintenant avec ses originaux. Lennon, qui a d’ailleurs composé une majorité de l’album, comme I Should Have Known Better, If I Fell et ses harmonies vocales ou Anytime At All.

Mais c’est peut-être les morceaux de McCartney qui impressionnent le plus. And I Love Her est proche de la perfection, alors que Things We Said Today a une telle recherche mélodique qu’on pourrait écrire un morceau à partir de chaque ligne. Même si McCartney s’occupait plutôt des morceaux “calmes”, il a écrit Can’t Buy Me Love (Ringo!), l’autre grand classique rock ‘n roll de cet album. Dès ce moment, de toute façon, ce ne sont plus les morceaux “connus” qui font la différence. Chaque morceau vaut la peine d’être (ré)écouté, car le groupe est vraiment en pleine possession de leurs pouvoirs de poprockers mélodiques. Ils continueront encore pendant deux albums, avant de devenir, bien sûr, totalement dingues.

A Hard Day’s Night, qui pêche peut-être par une seconde face moins percutante, est donc le premier excellent album du groupe. Ils feront plus bizarre, plus expérimental, et sans doute meilleur, mais en ce qui concerne la pop song parfaite, elle est ici. Pas d’inquiétude cependant : si vous l’avez ratée, elle reviendra.