Yuck – Yuck

Quand les anglais Daniel Blumberg et Max Bloom quittèrent les déjà assez hype Cajun Blood Party en 2008, ils avaient à peine quinze ans. Ils étaient donc à peine nés à l’époque sévissaient les principales influences de leur nouveau projet, le fantastiquement rétro Yuck. D’ailleurs, heureusement que la biographie nous donnent leurs noms (on doit encore ajouter l’impressionnant Texan Jonny Rogoff aux fûts et Mariko Doi à la basse), parce qu’on aurait pu jurer que J Mascis, Kim Deal et Stephen Malkmus font partie du groupe. De la production lo-fi crade à la Mudhoney en passant par l’abus de Big Muff et l’hideuse pochette, Yuck nous replonge au début des années 90, là où le grunge n’existait pas encore, et où une poignée de musiciens décidèrent de faire oublier les excès du “rock” des années 80.

Les guitares sont donc grunge as fuck, comme sur le single Holing Out ou le Dinosaur (plus vraiment) Jr. Get Away, mais elles ne sacrifient jamais aux mélodies, qui forment toujours l’ossature de morceaux solides. Blumberg confiait à Pitchfork que sa vie a changé le jour où il a entendu Pavement, et ça s’entend : le ton slacker typiquement Malkmus fait quelques apparitions (Suck), mais l’album est bien plus varié qu’on pourrait le croire, le Beatlesque Suicide Policeman comprenant même un passage à la trompette tout à fait acceptable. Et pourtant, rendre la trompette acceptable, il faut le faire. La production est aussi bien crade : regardez les analyses spectrographiques des morceaux, tout est dans le rouge, ou presque. Le single Georgia (un sous-bock dédicacé par Cradle of Filth au premier qui me rappellera à quoi ressemble le refrain, pas moyen de retomber dessus. Idem pour Sunday) en est un bon exemple, et comprend même des backing vocals de la soeur du chanteur, par ailleurs vocaliste de leur projet parallèle Yu(c)k.

On pouvait s’en douter, la seconde moitié de l’album est un peu moins percutante, ce qui laisse à Yuck une possibilité de faire encore plus fort la prochaine fois. Heureusement, l’album se clôture très bien, avec leur premier single Rubble, qui est typiquement le genre de morceau qui finit les concerts, avec le guitariste qui cale sa guitare contre l’ampli, trafique ses pédales et se barre, en laissant un pauvre roadie couper le jus avant que l’acouphène soit irréversible.

L’album étant en écoute ci-dessous, je ne vais donc pas gloser infiniment sur les qualités de l’album. On dira juste qu’Elliott Smith pourrait être fier de Suicide Policeman, on oubliera que Operation a déjà été écrit voici quelques années sous le titre Teen Age Riot, et on profitera juste de cette fabuleuse madeleine, qui ne fait absolument rien avancer, mais tout ce qu’elle fait, elle le fait avec panache et plaisir.

Spotify : Yuck – Yuck

Yuck – Yuck by Yuck

Et un lien vers la face B de Holing Out, Coconut Bible, qui est peut-être encore meilleur que l’album. Si vous aimez Siamese Dream.

2 réflexions sur « Yuck – Yuck »

  1. Salut Denis,

    Ce groupe a l’air effectivement très prometteur. Le clip/interview sur Pitchfork m’avait laissé l’eau à la bouche.

    Que vaut le dernier REM? Et que penses_tu du dernier Beady Eye?

  2. J’irai voir l’interview, alors 🙂

    REM, pas encore entendu entièrement, juste quelques morceaux. Beady Eye, écouté distraitement, j’en ferai une chronique un de ces jours. A première vue (enfin, écoute), ça aurait pu être pire, et débarrassé de l’influence de Noel, le son est (un peu) différent. Mais si c’était le premier album d’un groupe inconnu, je pense qu’on ne s’en préoccuperait pas…

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